Une conférence sur l’aide à l’Afrique offerte aux étudiants de maîtrise par un ancien de Glendon

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L’Afrique est l’endroit au monde qui a le plus clairement besoin d’aide. Mais nous nous faisons de l’Afrique une idée terriblement simpliste : un continent obscur et exotique, sur lequel nous conjecturons beaucoup, en plus de nous accorder un certain droit de regard. Voilà ce que soutient Larry Krotz, diplômé de Glendon (B.A. en sciences politiques et histoire, 1972) et auteur d’un récent ouvrage intitulé The Uncertain Business of Doing Good: Outsiders in Africa [« Pour le bien de l’Afrique : l’apport controversé de l’aide étrangère »] (University of Manitoba Press et Michigan State University Press, 2008).

À droite : (G-d) Le professeur Michael Barutciski, responsable du colloque hebdomadaire du MAPI avec Larry Krotz

Larry Krotz mène une brillante carrière d’écrivain, de journaliste et de documentariste indépendant. Le 26 février dernier, à l’occasion du colloque hebdomadaire « Le Canada et sa place dans le monde », organisé pour les étudiants du nouveau programme de maîtrise en affaires publiques et internationales (MAPI) de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, il a abordé le sujet de l’Afrique.

« Mon livre tend plus vers la réflexion que vers la polémique, a-t-il précisé, et il parle davantage de nous [l’Occident] que de l’Afrique. » Il a discuté des préjugés qu’entretiennent ceux qui veulent « faire le bien », et de leur vision souvent limitée des conséquences éventuelles de l’aide qu’ils apportent.

Que l’aide soit offerte spontanément ou en réponse à une demande, les relations subséquentes sont toujours très compliquées. Pour un pays autant que pour une personne, il est difficile de demander de l’aide tout en conservant sa dignité. Et quand l’aide arrive sans avoir été demandée, la situation qui engendre les besoins à combler n’est pas toujours évaluée de façon réaliste.

« Nous avons du mal à ignorer les gens dans le besoin, explique L. Krotz. Un instinct moral et un impératif historique sont enracinés au cœur de ce que nous cultivons comme le meilleur de nous-mêmes. » Parmi les relations que l’Afrique entretient avec d’autres sociétés, il juge l’exemple de la Chine fort intéressant. Les Chinois sont très présents en Afrique, mais contrairement aux Européens, ils n’ont pas de passé colonialiste, pas de mission à accomplir, pas de morale à imposer, pas de préjugés. Ils sont là pour conclure les meilleures affaires en matière de ressources naturelles parce qu’ils en ont un criant besoin.

Nombre d’organismes occidentaux installés dans des pays africains ont des règles et des attentes qui ne tiennent pas la route. Pour des étrangers aussi réfléchis que les Canadiens Stephen Lewis et Romeo Dallaire, l’Afrique est source de frustration, parce qu’ils constatent l’urgence des besoins mais trouvent nos actions timides et dispersées. L’une des nombreuses difficultés des pays africains est que leurs principales productions agricoles – le coton et le café – sont tenues à l’écart des marchés occidentaux par des lois protectionnistes.

« Nous perpétuons l’idée que l’Afrique est une victime sans ressource, qu’elle est sous l’emprise du chaos, dit-il. Et même s’il y a un noyau de vérité dans ces affirmations, c’est une erreur – très fréquente – de fondre un continent entier en une seule masse indifférenciée. Nous traitons l’Afrique comme un enfant dont on doit s’occuper, qui doit être surveillé, qui ne peut rien faire tout seul. »

Le colloque hebdomadaire « Le Canada et sa place dans le monde » de la MAPI a déjà accueilli plusieurs conférenciers de haut niveau, dont le consul général des États-Unis, John Nay, les anciens ministres fédéraux et membres du Cabinet libéral David Collenette et Pierre Pettigrew, Svetlana Ageeva, de la Société canadienne de la Croix-Rouge, les ambassadeurs James Bissett et Allan Gotlieb, ainsi que l’ancien secrétaire général adjoint d’Amnistie Internationale Vincent del Buono.

Un article proposé par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 18 mars 2009