Glendon tient sa 2e conférence annuelle sur la gouvernance mondiale

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George W. Alexandrowicz, professeur à la Faculté de droit de l’Université Queen’s, était le conférencier invité de la Conférence Jean-Gabriel Castel 2006 qui s’est tenue le 6 février dernier à Glendon. Dans une allocution intitulée « Progrès dans la gouvernance mondiale », M. Alexandrowicz a exploré les questions abordées, et non abordées, dans le « Document final » adopté par l’ONU à l’automne 2005.

Le professeur Stanislav Kirschbaum du Département d’études internationales de Glendon a présenté M. Alexandrowicz comme un ami d’enfance. Il a fait ressortir les similitudes entre leur expérience formative respective en tant qu’immigrants d’Europe centrale venus au Canada après la guerre. Tous les deux ont, dès le départ, suivi le même cheminement scolaire avant de devenir, tous les deux également, professeurs d’université.


De gauche à droite: M. George Alexandrowicz, le principal de Glendon Kenneth McRoberts, M. Jean-Gabriel Castel, les professeurs Stanislav Kirschbaum et Michael Barutciski, à la conférence Jean-Gabriel Castel à Glendon

À son tour, M. Alexandrowicz a rendu hommage à Jean-Gabriel Castel, qui était présent à la conférence. Le qualifiant de « pionnier de l’étude du droit international au Canada et de "joyau" parmi nous », M. Alexandrowicz a déclaré qu’il considérait comme un grand honneur d’être choisi pour prononcer cette conférence. Il a également félicité Glendon pour sa reconnaissance de l’importance de l’étude du droit international, ce dont témoigne le récent engagement par le département d’études internationales du professeur Michael Barutciski, juriste et spécialiste dans ce domaine et co-hôte de la conférence.

Le professeur Alexandrowicz a examiné quelques-uns des grands défis auxquels l’ONU est confrontée de nos jours et il a exposé les étapes qui ont mené au « Document final du Sommet mondial de 2005 » de l’Assemblée générale des Nations Unies. Élaboré à l’automne dernier pour marquer le 60e anniversaire de l’organisme, ce document est axé sur la sécurité mondiale, les droits de la personne et, en particulier, la prévention des actes de terrorisme ayant des conséquences catastrophiques et la guerre chimique. Même si toutes les parties s’entendent sur l’urgent besoin de s’attaquer à ces problèmes, les discussions ont révélé un manque de volonté chez les leaders mondiaux de s’engager à prendre des moyens concrets pour le faire.

M. Alexandrowicz a donné un bref aperçu de l’histoire de l’ONU et des récentes catastrophes pour l’humanité : le génocide au Rwanda en 1994, le nettoyage ethnique au Kosovo en 1999, les événements du 11 septembre 2001 à New York et le génocide au Darfour en 2004. Reconnaissant que l’organisation avait besoin d’une réforme majeure, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a convoqué d’éminentes personnalités publiques en 2004 dans le but d’élaborer le « Document final du Sommet mondial de 2005 » pour le 60e anniversaire des Nations Unies le 16 septembre de la même année.

Selon M. Alexandrowicz, la résolution 60/1 – comme on a fini par l’appeler – sur la paix et la sécurité est toutefois « un document très édulcoré, une occasion manquée de s’occuper de ces pressants enjeux mondiaux ». Le conférencier a donné deux exemples des nombreux obstacles à son succès. Le premier est l’impossibilité d’arriver à une convention générale visant à criminaliser le terrorisme tant et aussi longtemps qu’il n’existera pas de définition adéquate du terrorisme. Le second a trait au droit des individus et des groupes de lutter contre l’oppression – droit qui est présentement déterminé au cas par cas, en fonction des « joueurs » en cause, et qui dépend beaucoup de l’opinion de la communauté mondiale sur l’identité des oppresseurs et des oppressés.

M. Alexandrowicz s’est également penché sur l’utilisation de la force et des contextes dans lesquels elle est jugée légitime. Il a souligné que les réponses passées du conseil de sécurité des Nations Unies variaient en fonction des auteurs des demandes urgentes. Il a ajouté que même si dans l’histoire récente, l’utilisation préventive de la force a peut-être empêché d’importants désastres humains, il n’est pas clairement établi dans quelles situations la force utilisée de façon préventive est considérée comme légale et si l’inaction est oui ou non un crime.

Même si le « Document final » condamne vigoureusement toutes les formes de terrorisme et insiste sur la nécessité de le définir, il n’a réussi qu’à recommander l’organisation d’une conférence de haut niveau pour en discuter. En outre, le document n’aborde pas les questions liées aux armes nucléaires, chimiques et biologiques, non plus que ce que le professeur Alexandrowicz a appelé l’autre importante menace actuelle, la menace de pandémies mondiales. « Ces menaces ne se laissent pas arrêter par les frontières et sont extrêmement dangereuses pour le monde entier. Par conséquent, la nécessité d’une gouvernance mondiale s’est considérablement accrue », a déclaré M. Alexandrowicz. Comme bien souvent par le passé, a-t-il ajouté, les intérêts exclusivement locaux et à court terme de chacun des États membres prennent le pas sur les intérêts mondiaux à long terme. Les États-Unis qui sabotent une grande occasion de progrès vers la gouvernance mondiale sont, à son avis, un des plus grands coupables à ce chapitre.

M. Alexandrowicz a exposé des idées pour la réforme structurelle des Nations Unies, pour améliorer son succès dans l’administration des lois et son aide en matière de maintien de la paix mondiale. Ces changements, dont certains sont déjà à l’étude, incluent le remaniement de la composition du conseil de sécurité et la révision de sa légitimité et de son autorité. Une proposition exigeant que les membres du conseil justifient leur utilisation du recours au droit de veto est également sur la table.

M. Alexandrowicz a conclu en disant que « nous avons raté une occasion, alors que les conditions étaient réunies pour clarifier les lois actuelles et faire du monde un endroit plus sûr. Nous devons maintenant renouveler nos efforts pour revoir ces processus. Mais même si nous avons laissé passer cette chance de faire le point et de réformer, [je crois que] fondamentalement, l’ONU est une organisation d’une grande importance qui fonctionne encore. »

Au cours de la période de questions qui a suivi, le professeur Castel a déclaré avoir, personnellement, des vues très pessimistes quant à l’avenir de l’ONU. « À mon avis, [l’ONU] est en voie d’obsolescence parce qu’elle est incapable de se réformer afin de pouvoir répondre aux besoins actuels. »


À propos de George W. Alexandrowicz:

George W. Alexandrowicz est titulaire d’un diplôme en droit de l’Université de Toronto (LL.B., 1964), d’une maîtrise (Université de Toronto, 1966) et d’une maîtrise en droit (Harvard, 1967). Il a été admis au Barreau en 1966 et il a fait un stage à l’ONU en 1969. Le professeur Alexandrowicz a donné des conférences sur le droit international dans diverses universités un peu partout dans le monde, incluant aux États-Unis, en Chine et en Inde. Il s’est également intéressé aux politiques du droit international lorsqu’il était au ministère canadien de l’Environnement. Il a siégé au comité mixte composé de représentants de l’Association du barreau du Canada, des États-Unis et du Mexique sur le règlement des différends. Il enseigne le droit à l’Université Queen’s depuis 38 ans, donnant des cours sur le droit public international, le droit de la mer et le droit environnemental international ainsi que dans le domaine du droit privé.

À propos de Jean-Gabriel Castel et de la conférence annuelle Jean-Gabriel Castel :

Jean-Gabriel Castel, c.r., est un éminent chercheur principal et un professeur de recherche émérite à l’École de droit Osgoode Hall de l’Université York. Il est également maître de conférence sur le droit international à Glendon. Il est également auteur, arbitre international et membre de la Société royale du Canada. M. Castel a reçu en 2004 la médaille David W. Mundell pour l’excellence en rédaction juridique. Il a été l’un des premiers boursiers étrangers Fullbright et il a étudié à l’Université Harvard où il a obtenu un doctorat en droit.

M. Castel enseigne depuis 51 ans, dont 46 à l’École de droit Osgoode Hall et une partie au Collège Glendon. Il est l’auteur de dizaines d’ouvrages et de traités en anglais et en français et de plus d’une centaine d’articles savants. Il a été rédacteur en chef de la Revue du Barreau canadien pendant 27 ans. Il est membre de la Société royale, officier de l’Ordre du Canada et chevalier de la Légion d'honneur française.

La Conférence annuelle Jean-Gabriel Castel de Glendon offre l’occasion de se pencher sur d’importantes questions juridiques d’intérêt général. Elle a été créée en 2005 pour honorer Jean-Gabriel Castel, un grand esprit du domaine du droit. M. Castel a lui-même donné la conférence inaugurale le 9 février de la même année. Le sujet de sa conférence était La légalité de l’intervention armée unilatérale, dans laquelle il se demandait si, dans une période de terrorisme, de néo-impérialisme et de graves violations des droits de la personne comme celle que nous vivons, le droit international évolue dans la bonne direction.

Article soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 15 mars 2006