Un avant-goût du Sommet de l’OTAN à la conférence Holmes

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Ci-dessus, dans l’ordre habituel : Kenneth McRoberts, principal du collège Glendon; David Wright, ancien ambassadeur canadien auprès de l’OTAN; James Appathurai, porte-parole de l’OTAN; Stanislav Kirschbaum, directeur du département d’Études internationales de Glendon

Les personnes qui ont assisté à la conférence annuelle John W. Holmes de Glendon ont eu droit à un aperçu fascinant de ce qui s’annonçait au Sommet de l’OTAN, qui avait lieu à Lisbonne le week-end du 6 novembre.

À l’occasion d’une conférence donnée le 4 novembre au pavillon Glendon, le porte-parole officiel de l’OTAN, James Appathurai, a présenté un survol des défis actuels que doivent relever les alliances politiques et militaires internationales. Il a annoncé « une époque de réelle transition en ce qui concerne nos rapports à la sécurité internationale », à l’égard de la Russie notamment et d’un éventuel système de défense antimissile comme solution à l’une des menaces qu’il a décrites.

À droite : James Appathurai

James Appathurai a défini trois des principaux défis qui attendent le monde occidental dans ce qu’il a nommé « l’après-après-Guerre froide » : l’instabilité des États, les cyberattaques lancées contre les systèmes informatiques nationaux, ainsi que les dangers qui guettent l’économie et la sécurité mondiales, comme la concurrence pour les ressources les plus limitées – l’eau et le pétrole, surtout.

S’il considère que la menace d’une guerre militaire conventionnelle contre les États membres de l’OTAN est de moins en moins probable, J. Appathurai a mis le public en garde contre l’instabilité des États qui, causée par les dissensions internes de certains pays, comme le Pakistan et l’Afghanistan, constitue une menace à la sécurité mondiale. Bon nombre de pays instables (32, au dernier décompte) s’affairent à mettre au point des missiles balistiques qui pourraient devenir une menace pour l’Europe, selon lui.

À droite : Stanislav Kirschbaum montre au public la pochette d’un disque sur laquelle on peut voir le conférencier, James Appathurai, dans ses jeunes années, alors qu’il était choriste.

Le conférencier a parlé également des nouveaux dangers qui guettent les systèmes informatiques de la planète. « Avant, les cyberattaques étaient des histoires qui relevaient de la science-fiction; elles sont désormais courantes, organisées et coûteuses. On en compte des millions – littéralement – contre les gouvernements occidentaux chaque semaine. Elles peuvent toucher les réseaux d’alimentation en électricité ou le contrôle du trafic aérien, elles peuvent paralyser les banques et les services gouvernementaux et bien sûr, elles peuvent affecter l’industrie privée et par conséquent, l’économie. »

L’Estonie a été victime d’une attaque soutenue en 2007, a-t-il indiqué, et depuis, des millions ont été dépensés pour mettre au point un système de défense contre de tels assauts, lancés par des ennemis difficiles à identifier.

Il a poursuivi en disant que la demande mondiale croissante pour l’énergie, qui voyage par des réseaux internationaux de plus en plus vulnérables, représente un autre écueil pour l’économie et la sécurité mondiales. « De quatre-vingts à quatre-vingt-dix pour cent des marchandises voyagent par bateau et leur itinéraire doit souvent emprunter des goulots très dangereux », où le piratage est un problème d’envergure.

« L’OTAN en est arrivée à ce constat essentiel que la plupart de ces problèmes ne connaissent aucune solution militaire, a-t-il ajouté. Nous devons favoriser une approche globale, à la fois civile et militaire… Nous devons tout à la fois participer à la bataille et imposer la paix, ce qui demande un changement radical dans nos façons de faire. »

Le conférencier a annoncé par ailleurs des progrès en vue d’un nouvel accord avec la Russie lors du Sommet de l’OTAN. « Je crois qu’on peut le dire, à ce point : l’OTAN va décider de se donner la capacité de défendre les populations et les territoires de l’Europe contre les attaques de missiles. Mais nous ferons aussi à la Russie une offre formelle de collaboration.

À droite : Kenneth McRoberts en train de se remémorer le petit garçon qui venait visiter Glendon avec son papa, le professeur Edward Appathurai

Si cela se réalise – et cela va se réaliser tôt ou tard, selon moi –, nous aurons pour la première fois le même filet de sécurité au-dessus de la tête. La Russie et le reste de l’Europe auront enfin un projet commun en matière de sécurité, chose qui ne s’est pas produite depuis fort, fort longtemps dans le domaine de la sécurité européenne. Les avantages politiques d’une telle solution sont très sérieux. »

J. Appathurai a abordé dans la foulée la question des budgets de la défense qui diminuent en Europe et la question de plus en plus centrale de savoir à qui reviendra le fardeau de la dépense. Au sujet de l’accroissement de la puissance militaire de pays comme l’Inde et la Chine, il a indiqué que « leur puissance grandissante est une opportunité, et non un danger – du point de vue de l’OTAN, en tout cas. Les autres régions du monde qui peuvent et qui souhaitent apporter leur contribution... pourraient accepter une part plus importante de la charge. Pour nous, c’est bien… mais ça annonce, en définitive, un transfert du pouvoir politique. »

Pendant son allocution d’ouverture, le professeur Stanislav Kirschbaum, directeur du département d’Études internationales de Glendon, a révélé les noms des gagnants des bourses d’études 2010 Edward R. et Caroline Appathurai : il s’agit de Joëlle Rondeau et Jamie Broad, étudiants à Glendon.

James Appathurai est le fils de feu Edward Appathurai, ancien diplomate ceylanais arrivé en 1968 à l’Université York, où il a enseigné les relations internationales et la diplomatie et créé le programme d’Études internationales de Glendon.

Dans son introduction, James Appathurai, qui prendra bientôt ses nouvelles fonctions de secrétaire général adjoint délégué aux affaires politiques et à la politique de sécurité et de représentant spécial du secrétaire général de l’OTAN pour le Caucase et l’Asie Centrale, a évoqué son père et la façon dont celui-ci aurait sans doute perçu le travail actuel de son fils. « Mon père était un pur produit du mouvement des pays non alignés et du désarmement pour le développement. Il cherchait des moyens d’entretenir la paix et de prendre l’argent des armes pour l’investir dans le développement. Je pense qu’il aurait été étonné et content que j’aie un emploi… mais pas vraiment ravi de l’emploi que j’ai. »

Au sujet de la conférence commémorative Holmes

La Conférence annuelle John W. Holmes à Glendon commémore feu John W. Holmes, diplomate canadien, écrivain, administrateur et professeur de relations internationales à Glendon de 1971 à 1981. John Holmes fut l’infatigable champion du Canada, au pays comme à l’étranger, dans les milieux de la politique, de la diplomatie et de l’éducation. Il prit part à la fondation des Nations Unies et assista à la première Assemblée générale de l’organisme en 1945.

Un article de David Fuller, collaborateur du YFile


Publié le 22 novembre 2010