« La littérature nous révèle les aspects les plus intimes d’une nation et de sa culture », selon Alejandro Zamora

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Le professeur adjoint Alejandro Zamora (à droite) s’est joint en 2007 au département d’Études hispaniques de Glendon, qu’il enrichit de sa vaste expérience en enseignement, en journalisme, en rédaction professionnelle et en création littéraire. Ses intérêts ajoutent au caractère multiculturel du département, puisqu’il est spécialiste de littérature comparée en langue espagnole et qu’il s’intéresse également à la littérature de langue française, polonaise et finnoise.

Son principal champ d’études est le roman moderne. Il y examine certaines questions philosophiques et sociales, comme la représentation du plaisir de jouer et de l’enfance. Alejandro Zamora donne également un cours d’espagnol où le français est la langue de référence, renforçant ainsi le trilinguisme du département.

Il vient tout juste de publier un ouvrage issu de sa thèse de doctorat (2006), intitulé Jugar por amor propio. Personajes lúdicos de la novela moderna (« Jouer par amour de soi. Personnages ludiques du roman moderne »), paru en septembre 2009 dans la prestigieuse collection « Publications universitaires européennes » (Berne : Peter Lang, 278 p.).

À partir des œuvres de certains des plus grands romanciers du XXe siècle, comme André Gide, Italo Calvino, Witold Gombrowitz, Julio Cortázar, Milan Kundera, entre autres, cette étude est une exploration littéraire du jeu en tant que moyen d’affirmer son authenticité et son estime de soi. Ces traits du caractère humain sont mis en rapport avec la dimension utilitaire, pragmatique et institutionnelle de la vie quotidienne et des relations interpersonnelles dans les sociétés contemporaines.

Jugar por amor propio est une contribution importante au développement de la littérature comparée en espagnol. « Il existe un potentiel cognitif de la littérature, explique A. Zamora. Elle représente un outil extraordinaire pour comprendre les cultures. Elle ouvre une perspective unique sur certaines questions problématiques de l’expérience humaine : sa complexité, son ambigüité, ses paradoxes. L’analyse littéraire qui emploie les méthodes comparatives est par nature multidisciplinaire; elle permet d’aborder les œuvres du point de vue de la psychologie, de la philosophie, de la sociologie, de l’histoire et de bien d’autres disciplines encore. »

Le projet qui occupe actuellement Alejandro Zamora est l’organisation d’un colloque comparatif interdisciplinaire trilingue, qui aura lieu à Glendon, du 30 septembre au 2 octobre 2010, sous le titre Le Mexique dans ses révolutions. La tenue de l’événement en 2010 commémore le bicentenaire de l’Indépendance (1810) et le centenaire de la Révolution (1910) au Mexique.

Comme l’explique le professeur dans son invitation au colloque, ce sera l’occasion de mettre en valeur les autres révolutions mexicaines, celles qui se sont déroulées ou qui se déroulent actuellement en marge des récits nationaux dominants, à la périphérie des discours nationalistes qui attribuent des identités précises à la mexicanité, aux frontières des systèmes de pouvoir visibles et bien définis.

Alejandro Zamora poursuit diverses recherches. Il a publié des articles sur l’enfance et la littérature et prépare la publication d’un livre sur le sujet. Les recherches en vue de ce travail l’ont conduit à la Filmoteca nacional de Madrid, à l’été 2008. Il a visionné de trois à quatre films chaque jour, afin de comparer l’idée de l’enfance en Espagne telle qu’elle était représentée à l’époque de Franco – une époque marquée par le catholicisme, le conservatisme et le patriarcat – par des films qui reflètent les valeurs du régime, et telle qu’elle a été représentée depuis, avec toutes les ambigüités, les questionnements et l’émerveillement que les enfants manifestent naturellement.

En ce qui concerne le fait d’enseigner à Glendon, A. Zamora aime beaucoup les petits groupes, qui permettent aux professeurs d’être en contact direct avec les étudiants. « Mes étudiants, à Glendon, sont extrêmement motivés et sont toujours prêts à aller un peu plus loin, dans leurs lectures comme dans leurs travaux, fait-il observer. Leur degré de compréhension m’impressionne beaucoup, pas seulement sur le plan linguistique, mais aussi sur le plan des idées complexes soulevées par leurs lectures. Leurs commentaires sont excellents et ils ont beaucoup d’intuition. » De fait, deux de ses étudiants de 4e année ont présenté des communications lors du colloque de l’automne dernier sur « L’image et le mot dans l’Espagne du XXIe siècle », coprésidé par leur professeur. Plusieurs autres ont manifesté l’intention de poursuivre aux cycles supérieurs l’étude de ce qu’ils ont appris dans leurs cours à Glendon.

Et pourquoi étudier la littérature et la langue espagnole? « Parce que la littérature est beaucoup plus qu’un ensemble d’histoires, répond Alejandro Zamora. Elle révèle en fait certains des aspects les plus intimes d’une nation et de sa société, de sa culture, de son histoire et de son peuple. » Quant à la langue espagnole, « c’est la troisième langue la plus parlée dans le monde, elle est donc très utile sur le marché mondial de l’emploi. C’est également la clé nécessaire pour accéder réellement à une culture extraordinaire. »

Au sujet d’Alejandro Zamora

Alejandro Zamora est titulaire d’une licence en langue et littérature hispaniques de l’Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) et d’un doctorat en littérature comparée de l’Université de Montréal. Ses domaines de spécialité sont le roman et le cinéma modernes dans leurs rapports avec certaines questions sociales et philosophiques, ainsi que la littérature francophone. Il a enseigné le roman espagnol et latino-américain à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, la littérature universelle à l’Université de Montréal et la littérature latino-américaine à l’UNAM, à Mexico. Il a signé plusieurs chapitres de livres et des articles parus dans des revues internationales spécialisées avec comité de lecture, au Canada, aux États-Unis, au Mexique, à Cuba, en France, en Pologne, en Suisse et en Espagne.

Alejandro Zamora a travaillé comme journaliste pour différents journaux mexicains. De 1996 à 2000, il a tenu une chronique hebdomadaire, La ciudad y los libros (« La ville et les livres »), qui lui a valu le Premio Estatal de Periodismo (le prix de journalisme de la province de Michoacán). Il a aussi publié des œuvres de fiction et a reçu, en 1998, le prix Jóvenes Creadores (Jeunes Créateurs) décerné par le gouvernement du Mexique.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 16 mars 2010