Glendon accueille Hannah Moscovitch à l’occasion d’une lecture bp nichol

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Elle a l’air fragile, mais ne vous y trompez pas : à Glendon, le 1er mars, à titre d’invitée de la plus récente lecture de la série bp nichol, Hannah Moscovitch a pris brusquement son envol en lisant des extraits de son œuvre, The Russian Play [« L’œuvre russe »].

Hannah Moscovitch prête un accent délicieusement exagéré à Aebovka, l’observatrice sarcastique de la Russie stalinienne – « un pays de merde » – qui raconte ses déboires avec deux amants : le premier l’exile en Sibérie, où elle retrouve, ironiquement, le second.

The Russian Play, une pièce en un acte présentée en programme double avec Essay, a triomphé lors du festival SummerWorks de 2006, avant d’être montée à nouveau au Factory Theatre en 2008. C’est toutefois la production de 2005 de Essay qui a valu à Hannah Moscovitch son premier succès. Cette pièce jette un regard impitoyable sur la perte d’idéal et les jeux de pouvoir sexistes du milieu universitaire.

Le second extrait lu par l’auteure à Glendon était tiré de What a Young Wife Ought to Know [« Ce que toute jeune mariée devrait savoir »], où elle empruntait cette fois l’accent irlandais de sa protagoniste, une jeune femme de la classe ouvrière mère de trop d’enfants, qui n'a aucun moyen de contraception, et encore moins de contrôle sur sa vie.

À ce jour, le succès le plus important d’Hannah Moscovitch est sa première longue pièce, East of Berlin, qui en est maintenant à sa troisième saison d’un succès qui ne dérougit pas, à l’Extra Space du théâtre Tarragon. East of Berlin, comme toutes les pièces de la jeune auteure, attaque de front et sans compromis un sujet difficile et controversé.  

Quand elle avait 18 ans, Hannah Moscovitch a vécu quatre mois dans un kibboutz israélien, où elle fait la connaissance d’un petit-fils d’officier nazi qui vivait une relation avec la petite-fille d’un survivant de l’Holocauste. La culpabilité monstre qui fondait cette relation a servi de point de départ à l’écriture de East of Berlin.

Chez la dramaturge, le sens aigu du dialogue et la compréhension fine des motivations psychologiques les plus secrètes sont d’autant plus frappants qu’elle a à peine passé le cap de la trentaine. Lors de la lecture à Glendon, elle a parlé du milieu d’où elle vient : une famille de la classe moyenne d’Ottawa, dont le père, juif non pratiquant originaire de ce qui est aujourd’hui en partie la Roumanie et en partie l’Ukraine, est professeur à l’Université Carleton, et la mère, catholique anglo-irlandaise, est une chercheuse qui s’intéresse au travail et à la main-d’œuvre. De toute évidence, la dynamique du foyer familial a bien préparé la jeune femme à la pensée critique et à l’examen des problèmes politiques et sociaux.  

Hannah Moscovitch est diplômée de la section anglophone de l’École nationale de théâtre de Montréal, où elle a passé trois ans dans le programme d’interprétation avant de se rendre aux observations de ses professeurs et d’accepter le fait qu’elle est avant tout dramaturge.

Depuis, elle n’a jamais regardé en arrière. Elle constate qu’elle a énormément de travail devant elle et que la seule chose qui lui manque, c’est le temps. La réussite lui a toujours souri, depuis son œuvre d’étudiante, Cigarettes and Tricia Truman, montée à Ottawa par la Great Canadian Theatre Company. Elle a écrit des textes pour l’émission radio de la CBC, Afghanada, et une pièce pour jeune public, en 2009, intitulée In This World. Elle est actuellement auteure en résidence au théâtre Tarragon.

Ses meilleurs moments pour écrire sont très tôt le matin ou très tard le soir, quand il n’y pas de risque de distractions, et elle est portée vers la fiction davantage que vers l’autobiographie. Son intérêt pour les accents est la forme prise par sa tentative de mieux comprendre les autres cultures et les autres lieux et de s’y plonger entièrement. Elle affirme que l’inspiration lui vient de son subconscient, plutôt que de l’expérience directe.

À ceux et celles qui voudraient devenir dramaturges, elle conseille « de toujours écrire, et de se joindre au plus grand nombre de troupes de théâtre possible. Les dénicheurs de talents assistent aux festivals, et votre travail doit être offert au public. »

« Le jeu ne me manque pas, ajoute-t-elle. L’écriture est très gratifiante. Elle permet de trouver sa propre voix, et c’est un sentiment fabuleux de voir les personnages que vous avez créés prendre vie. J’adore être une artiste de première ligne et donner forme à mes propres idées, au lieu d’exprimer celles des autres. » 

Dans ses pièces, elle s’adresse directement au public et construit avec lui une relation souvent amicale, mais qui peut adopter le ton de la confrontation.

Malgré l’ampleur de sa réussite, Hannah Moscovitch est toujours en train de se remettre en question. « Je me demande sans cesse si mes textes sont bons, si ce que je dis signifie vraiment quelque chose. » Eh! bien, dans la mesure où les réactions de la critique et de son public permettent d’en juger, la réponse à ces questions est un oui! retentissant…

Au sujet d’Hannah Moscovitch

Jeune écrivaine douée d’une voix puissante et bien à elle, Hannah Moscovitch est une étoile montante du théâtre canadien, dont le nom trouve déjà un écho tant chez les critiques que dans le public. Voici une liste de ses réalisations professionnelles à ce jour.

Productions théâtrales

2005       Essay. Festival SummerWorks

2006       The Russian Play. Festival SummerWorks

2007       East of Berlin. Toronto : Tarragon Theatre. La production a joué en tournée au Touchstone Theatre de Vancouver et à l’Edmonton’s Theatre Network. La pièce a également été mise en scène par l’ATP de Calgary.

2008       Le théâtre Tarragon monte sa propre production de East of Berlin.

                Essay et The Russian Play sont présentées au Factory Theatre.

2009       In This World. Youtheatre, Montréal (une pièce pour adolescents)

En cours : de nouvelles pièces commandées par le Prairie Theatre Exchange, la Great Canadian Theatre Company, le Banff Centre, ainsi que le Manhattan Theatre Club de New York

Publications

East of Berlin. Playwrights Canada Press, 2009

Five Hot Plays. Dave Carley (dir.), Playwrights Canada Press, 2008. Cette anthologie comprend The Russian Play.

The Russian Play and Other Short Works. Playwrights Canada Press, 2008.

L’ouvrage comprend The Russian Play, Essay, USSR, Mexico City.

Au sujet de la série de lectures bp nichol

Le département d’Anglais de Glendon, grâce au financement du Conseil des Arts du Canada, présente depuis le début des années 1970 une série de lectures publiques pour écrivains canadiens. Pendant les années 1980, le célèbre poète bp nichol enseignait la création littéraire au département, et après son décès tragique et prématuré, en 1988, ses collègues ont donné son nom à la série de rencontres où des romanciers, des poètes, des nouvellistes et des dramaturges (plusieurs chaque année) viennent à Glendon donner lecture de leurs travaux. Ces lectures publiques sont très courues, tant par les étudiants que par le grand public. Le déroulement habituel de la soirée prévoit la lecture, par l’auteur, d’une œuvre nouvelle ou non publiée, suivie d’une période de questions. On peut habituellement se procurer les œuvres de l’auteur sur place, ou à la libraire de Glendon.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon 


Publié le 10 mars 2010