Les institutions publiques et l’avenir du Canada : première conférence de l’École des affaires publiques de Glendon

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Les 3 et 4 avril dernier, la nouvelle École des affaires publiques de Glendon a ouvert ses portes pour la tenue de sa première grande conférence publique. Braquer les projecteurs sur les institutions publiques canadiennes est une initiative qui s’inscrit parfaitement dans le mandat de l’École, soit préparer les futurs leaders et hauts fonctionnaires dans un environnement bilingue.

Le principal de Glendon, Kenneth McRoberts, qui est aussi le directeur intérimaire de l’École, était l’hôte de la conférence de deux jours. Cet événement a réuni quelques-unes des personnalités les plus en vue des institutions publiques du pays, notamment Ruth Dantzer, présidente et chef de la direction de l’École de la fonction publique du Canada, Chaviva Hošek, présidente et chef de la direction de l’Institut canadien de recherches avancées, Mel Cappe, président de l’Institut de recherche en politiques publiques, André Dulude, sous-ministre adjoint, Politique, partenariats et affaires ministérielles, et Graham Fraser, commissaire aux langues officielles. Des journalistes, dont Chantal Hébert du Toronto Star, André Pratte de La Presse et Paul Wells du magazine Maclean’s, participaient également aux discussions. Plusieurs professeurs de la nouvelle école se sont joints à eux (pour une liste complète des participants, veuillez consulter le site Web de l’École des affaires publiques de Glendon). Parmi les experts qui étaient présents, plusieurs siègent également au Conseil consultatif de l’École des affaires publiques. Les séances se déroulaient en anglais, en français ou dans un mélange des deux langues, et des services d’interprétation simultanée étaient offerts.


G-d: Kenneth McRoberts, Alexander Himelfarb, John Manley et Mamdouh Shoukri

Le thème de la conférence, Les institutions publiques et l’avenir du Canada, a donné lieu à des critiques passionnées à l’égard du statu quo et à des éloges envers le Canada et la place qu’il occupe dans le monde. Les cinq débats d’experts ont abordé la compétence et la capacité des institutions publiques, donné un aperçu de la Commission de la fonction publique de demain, étudié le rôle du Canada dans la promotion du multilatéralisme et des droits de la personne et discuté de la nécessité d’une nouvelle fédération pour le Canada.

Il est surtout ressorti des discussions que les participants étaient en général préoccupés par la rigidité des institutions publiques canadiennes et par le fait qu’elles ne disposent pas des ressources humaines adéquates pour résoudre les problèmes complexes d’aujourd’hui et de demain. Parce que la procédure d’embauche pour accéder à la fonction publique est interminable et que les employés qualifiés nouvellement embauchés sont souvent laissés à eux-mêmes, les esprits les plus brillants de l’actuelle génération regardent ailleurs pour trouver des emplois gratifiants.

« Les institutions publiques traitent des problèmes de plus en plus complexes et ont besoin de personnel bien formé pour faire face aux défis de demain, comme les changements climatiques, la démographie, l’approvisionnement en eau et en produits alimentaires, la sécurité publique et autres problèmes », a déclaré Chaviva Hošek. Pour faire face à ces défis, il est nécessaire de moderniser des organismes comme la GRC, le bureau du coroner et le système de justice pénale. Selon Roger Gibbins, président et chef de la direction de la Canada West Foundation, il faut impérativement coordonner à l’échelle nationale les politiques sur les changements climatiques, l’union économique du pays, l’énergie et d’autres importants sujets de préoccupation.

Selon Ian Macdonald, président émérite de l’Université York, il est malavisé et inopportun que la fonction publique ait recours au modèle corporatif du secteur privé. « Les services gouvernementaux sont essentiels, a expliqué M. Macdonald. Ils ne doivent pas chercher à être rentables ou agir dans une optique commerciale. Les gouvernements doivent sélectionner avec soin les modèles de rôle dont ils s’inspirent et axer leurs efforts sur la bonne gouvernance, la responsabilisation, la sensibilité et la vigilance sociales. »


G-d: Ian Macdonald, Chaviva Hošek, Roger Gibbins, Michel Dorais et Ruth Dantzer

Puisque 70 % de tous les nouveaux emplois seront créés dans la catégorie des occupations spécialisées d’ici 2015, le Canada devra investir massivement dans la formation professionnelle et simplifier la politique en matière d’immigration s’il veut d’accroître sa compétitivité localement et sur le marché mondial. « Si nous voulons que les utilisateurs des services gouvernementaux soient plus satisfaits et aient une opinion plus favorable du gouvernement, nous devons simplifier et accélérer l’accès à ces services et les offrir d’un manière intégrée et simplifiée, avec une plus grande responsabilisation et des ressources accrues », a déclaré Joan Andrew (Glendon, B.A. 1972), sous-ministre ontarienne des Affaires civiques et de l’Immigration.

Les experts présents ont dit craindre que plusieurs facteurs n’affectent grandement la participation historique du Canada aux opérations multilatérales liées au maintien de la paix, à l’aide internationale, à la sécurité humaine, à la santé et à la protection des droits de la personne. Les nouvelles menaces à la sécurité depuis le 11 septembre 2001, les réductions budgétaires et la tendance mondiale au conservatisme ont incité notre pays à se concentrer davantage sur sa propre sécurité, sa souveraineté et la protection de l’environnement. Rétablir l’engagement des jeunes d’aujourd’hui, qui sont indifférents et déçus par rapport aux institutions publiques, constituera un défi de taille. « Chez les jeunes animés de l’esprit d’entreprise et soucieux de l’intérêt public, le développement est un attrait non négligeable, a souligné Willem Maas, professeur de science politique à Glendon. Mais les institutions privées, comme les organisations non gouvernementales [ONG] et les fondations, ont récupéré les pouvoirs et le statut abandonnés par les institutions publiques. Compte tenu de l’avantage comparatif du Canada en santé publique et en éducation ainsi que de son système de justice et de gouvernance, notre pays devrait avoir comme objectif de trouver des façons d’apporter la prospérité aux pays pauvres. Mais nous ne dépensons pas suffisamment pour faire une réelle différence. »

À gauche : Chaviva Hošek et Kenneth McRoberts

Sur la scène internationale, le Canada travaille sans relâche aux efforts de maintien de la paix de l’ONU et à l’établissement de doctrines et de responsabilités liées aux droits de la personne. Toutefois, les réductions budgétaires en matière d’affaires extérieures affectent grandement la capacité de notre pays à faire une différence dans ce domaine. Avec les yeux du monde entier tournés vers le Canada, donner l’exemple sur notre territoire a été jugé comme un moyen efficace de promouvoir les droits de la personne sur la scène internationale. Les participants estimaient important que le gouvernement investisse dans l’embauche d’analystes des politiques bien formés, de haut calibre, capables de conseiller les politiciens efficacement et rapidement.

Quant à une nouvelle fédération canadienne, le consensus général était qu’aussi longtemps que l’actuel format réussit à s’adapter aux contextes et paramètres en constante évolution, il nous sert bien. « Le fédéralisme est encore la réponse qui convient, a souligné l’éditorialiste de La Presse, André Pratte. C’est un système dynamique, moderne et souple. Toutefois [à l’intérieur de ce système politique], nous devons permettre à tous les groupes de travailler ensemble, tout en respectant leurs différences. Nous devons mieux comprendre ce qu’est une fédération et redéfinir la vision qu’ont les Québécois du Canada et de la confédération. » Le chroniqueur au magazine Maclean’s Paul Wells a souligné que nous avons besoin de définitions structurales du fédéralisme, sans lesquelles le processus fédéral peut devenir désordonné et contradictoire. « Une des façons de renforcer notre sentiment d’appartenance à un pays et à une nation est de mieux comprendre notre histoire et le grand pays dans lequel nous vivons – un pays qui, ailleurs dans le monde, est considéré comme un modèle et un rêve », a déclaré Paul Wells.


G-d: Paul Wells, André Pratte, Kenneth McRoberts, Chantal Hébert et Graham Fraser

Durant le déjeuner de clôture de la conférence, auquel assistait le président de l’Université York Mamdouh Shoukri, l’ancien vice-premier ministre et ex-ministre des Finances John Manley a prononcé une allocution sur l’évolution des institutions publiques canadiennes. C’est Alexander Himelfarb, ambassadeur du Canada en Italie et président du Conseil consultatif de l’École des affaires publiques, qui a présenté M. Manley.

M. Manley a exprimé sa confiance dans le rôle du gouvernement et son respect pour les personnes qui endossent des responsabilités dans le domaine public. « Il existe une méfiance croissante envers l’État et c’est dangereux; c’est la première étape de la disparition d’une nation », a averti le conférencier. Il a insisté sur la nécessité de créer un nouveau paradigme institutionnel qui soit souple, intelligent, innovateur et international, un paradigme qui attirera les meilleurs et les plus brillants de l’actuelle génération vers la fonction publique. « Nous avons besoin d’un gouvernement axé sur la croissance durable, la prospérité partagée et les droits de la personne, a-t-il dit. Notre gouvernement doit collaborer avec les autres nations, être fidèle à l’histoire d’ouverture au monde de notre pays. » Il a conclu en remerciant les étudiants de la nouvelle école pour leur intérêt à l’égard des affaires publiques. « Les étudiants qui s’inscrivent à cette nouvelle École des affaires publiques auront la possibilité d’acquérir les compétences qui leur permettront de servir au mieux les intérêts de leur pays », a déclaré M. Manley.

À droite : Edgar Bartolome et ses parents

Plusieurs étudiants inscrits pour le prochain semestre à l’École des affaires publiques assistaient à la conférence. « Quand j’ai appris l’existence de ce nouveau programme innovateur, j’ai été immédiatement conquis, a dit Edgar Bartolome, titulaire d’un B.A. en français et linguistique et d’un certificat en études internationales de l’Université Queen’s (Kingston). Parfaitement bilingue, Edgar Bartolome a été parmi les premiers étudiants admis pour le semestre inaugural de septembre prochain. Il est venu d’Ottawa avec ses parents pour assister à la conférence afin de découvrir par lui-même l’environnement et la vitalité du nouveau programme. « Je veux être partie prenante de ce nouveau début et étudier en compagnie d’étudiants brillants et talentueux. Mes projets d’avenir sont de travailler pour le Service extérieur et j’espère acquérir la meilleure préparation pour cette carrière ici, à Glendon », a-t-il conclu.

De nombreux commentaires formulés durant la conférence ont reconnu l’utilité et l’importance de la nouvelle École supérieure bilingue des affaires publiques de Glendon, qui offre une tribune pour des discussions essentielles et un lieu de formation où la prochaine génération de politiciens et de hauts fonctionnaires pourra acquérir des compétences spécialisées. « … Cette conférence représente le début de quelque chose de vraiment important et le véritable lancement de l’École », a ajouté le professeur de science politique à Glendon Ian Roberge.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 15 avril 2008