Une dirigeante inuite presse les Canadiens de se pencher sur les problèmes de l’Arctique

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Après plus de 20 années de négociations entre les États-nations et les peuples autochtones, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté, le 13 septembre 2007, la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. 143 pays se sont prononcés pour l’adoption, 11 se sont abstenus, et quatre seulement ont voté contre : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et le Canada.

C’est l’une des déclarations de Mary Simon, lors de sa conférence donnée à la Chambre du Sénat de Glendon, le 18 octobre. Présidente de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisation nationale des Inuits du Canada, Mary Simon a entrepris une tournée de conférences pancanadienne dont la première escale était Glendon. Son objectif : informer la population des changements qui affectent en ce moment même la vie des autochtones dans les régions arctiques, et faire connaître à l’ensemble des Canadiens les questions les plus urgentes et les problèmes récurrents auxquels fait face la population de l’Arctique.


Mme Mary Simon (au centre à la table) donne sa lecture publique à Glendon

Elle a mentionné les quatre zones arctiques où vivent les Inuits du Canada : Le Nunavut (Nord de l’Ontario), le Nunavik (Nord du Québec), le Nunatsiavut (Terre-Neuve-et-Labrador) et l’Inuvialuit (Territoires du Nord-Ouest). « L’Arctique a un besoin urgent de la considération et de l’intérêt public, a-t-elle déclaré. L’heure de la reconnaissance a sonné pour cette région. En établissant des politiques pour aujourd’hui et pour demain, le Canada ne peut plus ignorer ces territoires, qui représentent le tiers des terres qui forment le pays. »

Les Inuits vivent dans des communautés (aujourd’hui au nombre de 53) et non dans des réserves. Leur culture séculaire est bien vivante et ils parlent une langue unique au monde. Ils paient les mêmes taxes que les autres Canadiens, mais les routes qui les relieraient au reste du pays sont inexistantes; l’approvisionnement et les déplacements se font par avion, ce qui rend la vie très chère au quotidien. Les Inuits possèdent des terres et des commerces, et ils éprouvent un grand désir d’autosuffisance.

« Les réalités sociales sont néanmoins choquantes, précise Mary Simon. Les logements surpeuplés sont la norme; la consommation de drogues et les mauvais traitements sont pratiques courantes, et le taux de suicide est très élevé. L’espérance de vie est plus courte de 13 ans que celle du reste de la population canadienne. » Comme plusieurs générations vivent habituellement dans le même espace réduit, les jeunes ont tendance à abandonner l’école très tôt. 46 % de la population inuite ne termine pas le secondaire, comparativement à 15 % du reste de la population canadienne.

« Le Canada est un pays arctique, affirme Mary Simon. Contrairement à ce que martèle le premier ministre Harper au sujet de “l’usage ou la perte” de l’Arctique, la région n’est pas un espace vide; elle a toujours été occupée et "utilisée" par les Inuits ». L’Arctique est au coeur de certaines questions parmi les plus importantes à l’heure actuelle. La région est l’épicentre des changements climatiques accélérés; la banquise qui fond trois fois plus vite que prévu fait monter le niveau de la mer partout sur la planète. C’est également une région riche en ressources naturelles qui ne demandent qu’à être exploitées.

« Nous sommes prêts à discuter de ces questions avec le reste du Canada, déclare Mary Simon. Et nous avons quelques suggestions sur la façon de procéder. » Parmi celles-ci : la mise au point d’une politique nationale en matière de changements climatiques comprenant des recommandations et des échéances précises; la nomination d’un vérificateur pour les changements climatiques; et l’élaboration d’une structure favorisant la participation des Inuits aux décisions qui concernent leur région et leurs moyens de subsistance. En tant que présidente de l’ITK, Mme Simon a déclaré que l’exploitation des ressources de l’Arctique doit se faire de façon durable, et qu’elle doit profiter aux communautés nordiques. Elle a indiqué que cela constitue la meilleure occasion d’améliorer les dimensions humaines et sociales de la vie dans l’Arctique, une occasion unique de renverser la situation dramatique engendrée par la drogue et le sentiment d’impuissance. Avec une éducation adéquate et de la formation en vue d’emplois nouveaux, les Inuits peuvent espérer atteindre une qualité de vie proche de la moyenne nationale.


De gauche à droite: professeur d'études anglaises à Glendon, Ian Martin, le principal Kenneth McRoberts, Mary Simon et professeure des beaux-arts au campus Keel, Anna Hudson

Mary Simon a d’importants messages à transmettre au gouvernement du Canada de la part de l’ITK : dans le renforcement de la souveraineté canadienne sur les régions arctiques, usez de créativité; prenez au sérieux la question des changements climatiques; mettez en oeuvre des ententes de revendications territoriales qui conviennent à notre époque; et respectez les engagements de l’Accord de Kelowna de 2005. « Nous sommes fiers d’être Canadiens autant que d’être Inuits, déclare Mary Simon. Tant au plan national qu’international, notre région occupe une place de plus en plus importante. Nous avons grand besoin d’investissements, mais la mission de l’Arctique doit être définie en collaboration avec les communautés inuites. »

Mary Simon a consacré, et consacre toujours, l’essentiel de sa carrière et de son énergie à la promotion des questions liées à l’Arctique et à la population qui l’habite. Un article de Y File intitulé Inuit Leader Lectures on Arctic Sovereignty, dans l’édition du 12 octobre, donne un aperçu détaillé de ses réalisations professionnelles.

Elle clôt sa conférence en encourageant l’auditoire à mieux s’informer des problèmes de l’Arctique. Elle lui suggère de poser des questions et de partager son intérêt pour l’Arctique. « Tâchons de solidifier notre confiance en l’avenir des communautés inuites. Il est de la responsabilité de tous les Canadiens de venir en aide à ces communautés. »

La conférence du 18 octobre était organisée et coprésidée par les professeurs Anna Hudson, de la Faculté des arts de York, et Ian Martin, du département d’Études anglaises de Glendon.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 24 octobre 2007