Le point sur quarante années de bilinguisme officiel

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Les 29 et 30 mars dernier avait lieu à Glendon une conférence sur l’état du bilinguisme officiel au Canada, 40 ans après la publication du rapport de la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. C’est dans ce contexte que le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a pris la parole lors de la conférence Avie Bennett Historica en histoire canadienne.

La carrière de journaliste, d’écrivain et de haut fonctionnaire de M. Fraser est un long et remarquable parcours du clivage linguistique. Dans la liste de ses nombreuses publications et de ses livres se trouve Sorry I Don't Speak French, un ouvrage paru en 2006 qui a contribué à relancer le débat sur la politique linguistique au Canada. Avant d’être nommé commissaire aux langues officielles en 2006, M. Fraser collaborait au Toronto Star comme analyste de la politique nationale. Il a été le premier récipiendaire du prix Hyman Solomon, remis par le Forum des politiques publiques pour récompenser l'excellence journalistique dans le domaine des politiques publiques.

Après le mot de bienvenue du principal de Glendon, Kenneth McRoberts, qui a évoqué ses 40 années d’amitié et de liens professionnels avec M. Fraser, celui-ci a rappelé le contexte historique qui a mené à la création de « la bibi » par le gouvernement fédéral, en 1963. Il a souligné le fait que le premier rapport de la commission avait été publié à un moment historique, 1967 étant l’année du centenaire de la Confédération canadienne. C’était aussi l’année de l’Expo, qui a mis le Canada « sur la carte », l’année où de Gaulle a lancé son fameux « Vive le Québec libre! », et celle de la création du Parti québécois.

Le mandat de la Commision royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme consistait à évaluer la situation de la langue française au Canada, et de formuler des recommandations afin d’offrir aux anglophones et aux francophones, les deux groupes fondateurs du pays, les mêmes droits linguistiques. Parmi ceux-ci, le droit pour tous les Canadiens de recevoir les services du gouvernement dans la langue de leur choix, l'anglais ou le français, et le droit pour les fonctionnaires fédéraux de travailler dans la langue officielle de leur choix. Il a été recommandé également de mettre en place un système d’enseignement en immersion française afin d’augmenter le bilinguisme fonctionnel au pays, et de créer la Commission sur les langues officielles. Après le rapport de 1967, la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme a publié plusieurs autres rapports, qui recommandaient notamment que les gouvernements provinciaux offrent leurs services dans les deux langues officielles si le nombre d’anglophones et de francophones dans leur population le justifiait, une recommandation que l’Ontario et plusieurs autres provinces allaient éventuellement adopter.

M. Fraser a fait observer que si « la bibi » avait eu un effet réel sur la situation des langues officielles, le fait même qu'une telle commission ait été créée à ce moment précis indique clairement que le Canada se préoccupait de la question, et que son intention de rendre égaux les statuts de l’anglais et du français était sérieuse.

La deuxième journée de la conférence a été consacrée à trois séances mettant en présence de brillants panélistes du milieu universitaire et des domaines de la recherche politique, des services publics, de la linguistique et du droit. Ils ont offert notamment un aperçu de l’évolution des politiques linguistiques, un examen de l’effet des groupes de pression sur les politiques linguistiques et un bilan des résultats. Au nombre des participants : Normand Labrie, vice-doyen à la recherche et aux études supérieures de l’Ontario Institute for Studies in Education; Don Stevenson, ancien haut fonctionnaire ontarien; Julius Grey, professeur de droit à l’Université McGill; Gérard Lévesque, président fondateur de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario; et Dyane Adam, ancienne commissaire aux langues officielles et principale de Glendon de 1994 à 1999. Le principal actuel de Glendon, Kenneth McRoberts, interlocuteur éminent et de longue date du dialogue sur les langues officielles, a également pris part au débat.

L-r: Prof. Michel Bock (History Dept. Ottawa University, and Research Chair, History of Canadian Francophonie); Glendon Principal Kenneth McRoberts; Dyane Adam, former Commissioner of Official Languages and former Principal of Glendon; André Braën, Professor of the Faculty of Law, Ottawa University; Raymond Mougeon, Chair of the discussion panel and Director of the Centre for Research on Language Contact (CRLC) at Glendon.

Une idée intéressante a été lancée par une personne de l’auditoire, qui a demandé s’il n’était pas temps pour le Canada de repenser le bilinguisme officiel, étant donné la nature largement multiculturelle du pays aujourd’hui et l’importance de plus en plus manifeste de langues internationales comme le chinois.

La conférence de M. Fraser a soulevé beaucoup d’intérêt, tout comme les séances du deuxième jour. Les membres de la communauté de Glendon et les autres personnes présentes ont participé activement aux discussions. Cette rencontre de personnalités était une initiative de Marcel Martel, professeur d’histoire à la Faculté des arts de York, et de Martin Paquet, professeur d’histoire à l’Université Laval. Ils ont travaillé en étroite collaboration avec le comité organisateur de Glendon, sous la direction d’Alexandre Brassard, responsable du Service de la recherche.

Cet article a été proposé par l’agente des communications de Glendon, Marika Kemeny.


Publié le 30 avril 2007