La Galerie Glendon rouvre ses portes avec l’exposition « Eye Candy 3 » de Colwyn Griffith

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Après avoir emménagé dans un nouveau local et subi d’importantes rénovations, la nouvelle Galerie Glendon – située dans le Manoir Glendon, face à la roseraie – a été officiellement inaugurée le 27 septembre. La nouvelle exposition au titre fascinant « Eye Candy 3 », qui y est présentée, s’inscrit parfaitement dans le mandat de soutien à l’art contemporain de la Galerie.


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Commissaire à la galerie Marc Audette; coordonnatrice artistique Martine Rheault; l'artiste, Colwyn Griffith; et l'assistante à la galerie Cristina Raimondo.

« Eye Candy 3 » est une collection de treize grandes photographies sur papier glacé représentant des paysages canadiens familiers, facilement reconnaissables par les gens du pays et les touristes. On y voit notamment les Chutes du Niagara, Peggy’s Cove, l’hôtel Banff Springs, le lac Louise, le Rocher Percé et la cabane de Tom Thomson. Cependant ces clichés ont une particularité : ce ne sont pas des photos des lieux réels, mais des images de modèles aux couleurs très vives qui ont été créés puis photographiés. Et il y a une autre originalité : les modèles ont été fabriqués avec des aliments transformés couramment utilisés, comme les bâtonnets de pretzel, les Tic-tacs, les gaufrettes, la viande en conserve, le Cheez-Whiz, les roulés aux fruits et la barbe à papa.

Le créateur de ces œuvres est le photographe/sculpteur canadien d’une trentaine d’années – Colwyn Griffith – dont le C.V. énumère une liste impressionnante de projets présentés dans des expositions canadiennes, japonaises et américaines, notamment à Ottawa, Toronto, Montréal, Winnipeg, Halifax, Tokyo et New York. Dans les années 1990, Griffith a suivi une formation de photographe commercial au Collège Dawson de Montréal, où il a beaucoup appris sur les techniques de photographie de la nourriture pour les magazines et les livres. Ces techniques comprenant l’utilisation de lentilles, de filtres et d’éclairages spéciaux, une nouvelle idée lui est venue : utiliser d’autres types de matériaux – plus précisément des aliments comme le jello et le fromage fondu – pour traiter ses sujets. L’utilisation d’aliments de ce genre éliminait le besoin de lentilles et de filtres, car ces matériaux étaient brillants, avaient des couleurs vives et certains étaient particulièrement pliables et faciles à utiliser. De plus, on les trouvait facilement et ils ne coûtaient pas chers pour un artiste en début de carrière.


G à d : Les roches Hopewell, Les chutes du Niagara et Aurore boréale

Mais au-delà de ces considérations pratiques, Griffith était devenu fasciné par notre retrait, en tant que société, des expériences réelles, qu’elles soient liées aux aliments que nous consommons ou au tourisme auquel nous participons. Ses photos représentent plusieurs niveaux d’abstraction de la réalité. Tout d’abord, il a décidé de ne pas visiter les sites qu’il voulait représenter, mais de se procurer des brochures auprès des bureaux de tourisme provinciaux. Ainsi, son premier contact avec ces lieux a été semblable à la première expérience des touristes en général, c’est-à-dire par l’intermédiaire de photos publiées dans des brochures promotionnelles. Ces photos lui ont servi de base pour construire des modèles de chaque site – modèles composés d’aliments transformés eux aussi « éloignés » de la nature de par leur consistance et leurs ingrédients. « J’ai été très étonné de découvrir que lorsque je laissais ces modèles de côté pendant une ou deux semaines, je les retrouvais tel quel; ils n’étaient ni gâtés ni décomposés, a dit Griffith. Après deux semaines dans mon sous-sol, la viande en conserve avait gardé sa ‘fraîcheur’. Ce n’est pas du tout rassurant. De quoi sont donc faits ces produits? Pourquoi en consommons-nous et quels sont leurs effets sur notre santé? »

Une fois le modèle d’un lieu terminé, Griffith le photographiait et produisait de grandes images aux couleurs vives. « C’était amusant de travailler avec ces matériaux. Il y en a que je préfère, comme les roulés aux fruits car ils sont souples et faciles à modeler. Je m’en suis servi pour faire les Aurores boréales et j’ai été vraiment satisfait du résultat. La barbe à papa est un autre matériau facile à utiliser et parfait pour créer des nuages et des effets de brume. Les bâtonnets de pretzel étaient idéals pour représenter la cabane de Tom Thomson et j’ai utilisé de la viande en conserve pour les rochers Hopewell : je pouvais la modeler comme je voulais. »

Griffith s’est aussi servi de ses autres expériences de formation pour choisir ses matériaux et ses techniques. Lors d’un séjour de deux ans au Japon où il enseignait l’anglais, il a beaucoup appris, grâce aux jardins japonais, sur les techniques de miniaturisation et l’utilisation de matériaux comme les galets et le sable. Il vit actuellement à Harlem, dans la ville de New York, et travaille dans un coin de sa maison qui lui sert de studio. « Eye Candy 3 » n’est pas son projet le plus récent; après avoir traité le thème de la mal bouffe, il est passé à de nouveaux sujets présentés dans ses expositions intitulées « Empire », « Reclamation » et « Dollar Store ». Alors pourquoi revenir à une collection d’œuvres dont la première exposition remonte à 2003? « C’est la première fois que j’ai la possibilité de présenter toute la collection dans une même exposition, a dit Griffith. J’espère qu’elle sera remarquée, car Toronto est un lieu important pour les expositions d’art. »

Il est certain que cette exposition sera remarquée, car elle révèle bien plus que les talents de photographe et de sculpteur de Griffith. « Eye Candy 3 », comme ses collections plus récentes, montre le côté espiègle, l’imagination et la vivacité d’esprit de l’artiste. L’œuvre révèle aussi sa profondeur intellectuelle et ses préoccupations face à des questions importantes de notre société, comme notre éloignement de la nature et notre consommateurisme.

Lors de la soirée de vernissage à Glendon, le jeune artiste prometteur et ses œuvres ont été accueillis par un public très nombreux composé de membres de la communauté et de personnes de l’extérieur intéressées par l’art contemporain. La soirée s’est déroulée dans une ambiance élégante autour de hors d’œuvres délicieux, de vins savoureux et au son de superbes morceaux de jazz joués par le pianiste Paulo Bittencourt (Glendon 06).

L’exposition « Eye Candy 3 » se poursuit à la Galerie Glendon jusqu’au 27 octobre. La Galerie est ouverte du mardi au vendredi de 12 h à 15 h, et le samedi de 13 h à 16 h. Tous les mardis, de 12 h à 13 h, une visite guidée est assurée par le conservateur de la Galerie.

Cet article a été soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon.


Publié le 28 septembre 2006