L’exposition de Vivian Gottheim à Glendon : florilège des formes humaines

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Et si le monde tel que nous le connaissons avait cessé d’exister au tournant du millénaire? S’il ne restait aucune preuve de l’existence d’êtres humains? Et si des êtres vivants débarquaient un jour sur Terre, en quête de l’histoire d’une vie intelligente antérieure sur notre planète?


Vivian Gottheim à la Galerie Glendon

À l’approche de l’an 2000, ces questions hantaient beaucoup de monde, et elles se sont traduites par une bordée de projets millénaristes. L’artiste Vivian Gottheim fait partie de ceux chez qui elles ont trouvé un écho, et sa réaction, en 1999, a été d’entreprendre un recensement des formes qui symbolisent l’existence de l’humanité. L’idée était de concevoir une sorte de dictionnaire visuel des « contours » représentatifs de la civilisation de l’artiste, une arche de Noé, pourrait-on dire, de formes proprement humaines. Ainsi naquit Soft Shapes Series [« Les formes tendres »], un ensemble de figures qui regroupe des œuvres créées par l’artiste entre 2002 et 2008.


Il y avait du monde au vernissage

Vivian Gottheim a donc recueilli près d’un millier de formes, avec une préférence marquée pour les formes douces, parce qu’elles sont les plus proches des formes humaines, par le contour comme par l’essence. Les vingt-deux dessins exposés à Glendon appartiennent à une collection qui en compte vingt-quatre (deux d’entre eux sont déjà vendus). Avec une compréhension très fine de la synergie qui les relie, le conservateur de la Galerie Glendon, Marc Audette, a réuni certaines des petites pièces en ensembles cohérents, tandis que les œuvres plus grandes sont présentées seules; toutes, elles attirent le spectateur dans une interaction unique, provoquant chez lui une réaction émotionnelle.

G-d : Kenneth McRoberts, Principal de Glendon ; Martine Rheault, Coordonnatrice des affaires artistiques et culturelles ; et l'artiste, au vernissage

« Au début, je pensais mettre ces formes en couleur, explique Vivian Gottheim, mais la couleur distrayait des symboles que je cherchais à représenter; elles les rendaient presque pornographiques. » Alors elle a choisi de réaliser des dessins au crayon sur papier texturé, ainsi que des dessins numérisés et agrandis sur papier photo. Elle a tracé le contour de différentes formes : une dent, un doigt, une partie quelconque du corps, ou encore des images abstraites. Puis, en utilisant des crayons toujours plus tendres, du B jusqu’au 6B, elle a empli les contours en brossant la mine sur le papier texturé. Les œuvres en noir et blanc qui en résultent sont abstraites, tridimensionnelles, et leur profondeur même invite chaque spectateur à participer au décodage de la forme et du sens. « Je voulais réaliser la synthèse des sens au moyen de signes, de formes et de symboles subjectifs et ouverts à l’interprétation », ajoute-t-elle. L’effet clair-obscur donne forme à l’essence qui habite ces contours, plutôt que de les représenter comme le ferait une photographie.


G-d : Louise Lewin, Principale adjointe (Services aux étudiants) ; Vivan Gottheim et Martine Rheault

La soirée inaugurale à la Galerie Glendon a vu défiler de nombreux étudiants et professeurs, qui ont manifesté un vif intérêt pour l’artiste et ses œuvres. La gigantesque représentation numérique d’un cœur, à l’entrée, a retenu plusieurs visiteurs, qui confirment le plaisir qu’ils auraient à le contempler… dans leur salon. Que représente ce cœur, pour eux? « [ll veut dire] vivre avec le cœur – c’est-à-dire passionnément, en ressentant les émotions, ce qui est un besoin vital pour les humains, répond Cécile Berodier, une étudiante de 3e année en linguistique, études internationales et éducation. J’ai envie de m’approcher de très près, pour examiner les textures et les détails [des images]. Et je vois que d’autres visiteurs font la même chose… »

Cécile Berodier, étudiante de Glendon devant Le coeur

Née à São Paulo, au Brésil, de parents allemands, Vivian Gottheim est titulaire d’un B.A. en arts visuels de la Fundação Armando Alvares Penteado (São Paulo), d’une maîtrise en beaux-arts de la Syracuse University (New York), et d’un doctorat en art (D.A.) de la New York University. Elle a reçu une formation artistique classique, mais travaille aussi bien aujourd’hui avec les nouvelles technologies. Depuis 2000, elle vit et travaille à Montréal, mais continue de nourrir ses travaux de son bagage multiculturel et d’une réflexion philosophique très perceptible (pour en savoir davantage au sujet de Vivian Gottheim, reportez-vous à l’annonce de l’exposition). Après Glendon, la série Soft Shapes part en tournée vers d’autres lieux, dont peut-être l’Université de Sherbrooke dans un avenir très proche. « Je travaille à plusieurs projets en même temps, parfois six ou sept à la fois », indique-t-elle. Elle enseigne au collège Marianopolis de Montréal et a donné des cours dans de nombreux autres établissements. « Les artistes actifs ont beaucoup à apporter aux étudiants; ceux-ci comprennent leurs techniques et profitent de leurs intuitions. C’est l’héritage que nous laissons à la prochaine génération. »

La prochaine exposition, dès le 10 février à la Galerie Glendon, s’intitule Un monde à raccommoder – A World in Need of Mending. Elle mettra en vedette les œuvres de l’artiste québécoise Josette Villeneuve. Pour des renseignements supplémentaires et les heures d’ouverture de la galerie, rendez-vous sur le site Web de la Galerie Glendon.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 22 janvier 2009