Gil Courtemanche – le parcours d’un écrivain politiquement engagé

Share

par Marika Kemeny

Lors de sa première visite à Glendon le mardi 9 mars dernier, Gil Courtemanche a capté l’attention de son public dès ses tout premiers mots : « … Écrire est un geste politique : vous vous positionnez, soit à l’intérieur de la société, soit à l’extérieur. [Par l’écriture], vous dites à la société où vous vous situez par rapport à elle. »

Gauche: Gil Courtemanche

Conférencier invité de la série de conférences « Creative Writers’ » présentée conjointement par Michael Ondaatje, professeur à Glendon, et le Département d'anglais du Collège, Courtemanche occupe la scène journalistique québécoise depuis le début des années soixante et n’a cessé depuis de faire de l’activisme politique au moyen de ses écrits. Le but déclaré de sa visite était de lire des extraits de son roman salué par la critique Un dimanche à la piscine à Kigali, (Boréal 2000), paru récemment en anglais sous le titre A Sunday at the Pool in Kigali (Knopf Canada 2003) ainsi que de son plus récent titre publié La seconde révolution tranquille (Boréal 2003). Dès le départ toutefois, il apparut évident qu’il s’agissait avant tout d’une introduction à une exploration philosophique approfondie des événements mis en scène dans ses livres, de la situation politique mondiale et du rôle de l’écrivain.

Un dimanche à la piscine à Kigali a été traduit en anglais par Patricia Claxton, traductrice canadienne bien connue qui a reçu à deux reprises le prix du Gouverneur général en traduction. La version originale française a figuré sur les listes des best-sellers au Québec pendant plus d’un an et un film est présentement en cours de production. Lauréat du Prix des Libraires du Québec en 2000, Un dimanche à la piscine à Kigali a été qualifié de « roman de l’année » par le quotidien montréalais La Presse.

À Glendon, Courtemanche a parachuté son public sur le bord d’une piscine en lisant le premier paragraphe de son livre, dans lequel il porte sur la scène un regard ironique, la décrivant avec une admirable économie de mots :

« Au centre de Kigali, il y a une piscine entourée d’une vingtaine de tables et de transats en résine de synthèse. Puis formant un grand L qui surplombe cette tache bleue, l’hôtel des Mille-Collines avec sa clientèle de coopérants, d’experts internationaux, de bourgeois rwandais, d'expatriés retors et tristes et de prostituées. Tout autour de la piscine et de l’hôtel se déploie dans un désordre lascif la ville qui compte, celle qui décide, qui vole, qui tue et qui vit très bien merci. »

Courtemanche est à la fois un journaliste spécialisé en politique internationale et tiers-mondiste, l’auteur de plusieurs ouvrages non romanesques et un romancier. Il a passé plusieurs années en Afrique et a perdu de nombreux amis lors du génocide des Tutsis par les Hutus qui a ravagé le Rwanda en 1994. Écrire ce livre est la façon qu’il a choisie pour préserver le souvenir de ces gens, ne pas laisser les victimes tomber dans l’oubli et dénoncer les auteurs du massacre et l’apathie du reste du monde. Il a opté pour le roman parce que c’était le meilleur moyen, peut-être le seul, de présenter cette vie, ce lieu, ces gens et d’en donner un portrait qui marque l’imagination. Car, soutient-il, un romancier a la liberté d’inventer, même à partir d’événements précis et de personnages réels, tandis qu’un reporter observe uniquement les faits et peut souvent mal évaluer une situation donnée sans être capable de présenter l’entière réalité. Dans un fascinant aperçu du processus d’écriture du romancier, Gil Courtemanche a décrit comment l’écrivain recueille et emmagasine toutes sortes de détails dans sa tête, comment ces détails refont surface et prennent forme lorsqu’il commence le processus d’écriture, chaque personnage représentant un mélange de différentes personnalités du monde réel.

1. “A Sunday at the Pool in Kigali”, de Gil Courtemanche, © 2003, traduction de Patricia Claxton


Publié le 12 mars 2004