Conférence annuelle John Holmes : Thomas R. Berger parle des défis nordiques

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Défenseur de longue date des droits des minorités et des droits des Autochtones au Canada, Thomas R. Berger, O.C., c.r., O.B.C., avocat et ancien juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, a prononcé, le 31 mars, à Glendon, la 17e conférence commémorative annuelle John Holmes.

Le sujet choisi, « From the Mackenzie Valley to Nunavut: Northern Challenges » [« De la vallée du Mackenzie au Nunavut : défis nordiques »], n’avait rien d’étonnant, puisque Thomas R. Berger a consacré une grande part de sa carrière aux problèmes environnementaux, sociaux et politiques des Autochtones du Nord canadien. Dans sa présentation, le professeur Stanislav Kirschbaum, du département d’Études internationales de Glendon, a fait un survol de la carrière remarquable de T. R. Berger. Il a rappelé le travail réalisé par celui-ci dans l’Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie, l’une des trois commissions royales d’enquête qu’il a présidées et celle qui l’a fait connaître aux Canadiens.


G-d : Le principal de Glendon, Kenneth McRoberts, Thomas Berger et Stanislav Kirschbaum

L’enquête avait révélé nombre de problèmes sérieux soulevés par le projet de pipeline, comme la menace qu’il constituait pour l’habitat fragile qu’est la toundra nordique et pour sa faune, et les revendications territoriales des Autochtones du territoire. Dans une langue accessible aux citoyens ordinaires, le rapport de T. R. Berger s’opposait au pipeline, ce qui a conduit le gouvernement canadien à imposer un moratoire de 10 ans sur le projet.

« Les recommandations que nous avons formulées ont été adoptées progressivement sur une période de 30 ans, plutôt que sur les 10 années prévues initialement », a précisé le conférencier. Quand il est retourné dans la région récemment, les gens se souvenaient du poids qu’avait eu l’enquête et du rôle qu’il y avait joué. Un grand nombre de revendications territoriales autochtones ont été réglées depuis, et de vastes superficies ont été réservées à la protection des espèces sauvages et du mode de vie ancestral des habitants autochtones. Une entente a également été conclue afin de garantir qu’advenant la construction d’un pipeline, le tiers des profits reviendrait aux peuples des Premières nations qui vivent sur le territoire. « Il reste encore de nombreux problèmes à régler dans la vallée du Mackenzie, mais des progrès majeurs ont été réalisés quant aux mesures visant l’autonomie gouvernementale, la protection de la langue des Autochtones et la sauvegarde des hardes de caribous de la toundra », ajoute-t-il. Il a manifesté l’espoir d’assister un jour à l’établissement de lois qui protégeraient définitivement le territoire, dernier endroit sur terre où vivent encore ces animaux : « Nous, au Canada et aux États-Unis, sommes les gardiens de cet héritage. »

À la demande du gouvernement canadien, T. R. Berger s’est rendu au Nunavut en 2005, et a déposé l’année suivante un rapport sur les problèmes liés à l’éducation et à l’emploi dans le territoire. Rappelons qu’en 1993, le Canada signait la Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. Le 1er avril 1999 marquait la naissance du territoire du Nunavut, dirigé par un gouvernement formé d’Inuits et de personnes d’autres appartenances ethniques. « Au Nunavut, 30 000 personnes vivent sur un territoire aussi grand que l’Inde, a expliqué le conférencier. Bien que 85 % de la population soit inuite, 50 % seulement des employés gouvernementaux sont de cette origine, et ils occupent en général les emplois les moins bien payés. La source du problème est l’éducation, puisqu’il n’y a pas assez de travailleurs inuits qualifiés pour les emplois de niveaux supérieurs. »

Il décrit les conditions de vie de la population inuite, la grave pénurie de logements qui se traduit par l’entassement extrême des familles. 75 % des jeunes Inuits abandonnent l’école avant la fin du secondaire, et se replient souvent vers la drogue et l’alcool, parfois vers le crime. « Ils n’ont pas l’espace ou les conditions nécessaires pour faire leurs devoirs, a-t-il expliqué, et passent de nombreux mois de l’année dans des maisons surchauffées, pleines de fumée. » Il est clair que les politiques sociales doivent être revues afin de résoudre cette situation.


G-d : Kenneth McRoberts; ancien président de l'Université York, H. Ian McDonald; avec ancien sous-ministre du gouvernement de l'Ontario et professeur de sciences politiques [en retraite] de Glendon, Donald Stevenson

La langue des Inuits du Nunavut, l’inuktitut, se porte bien : elle est parlée dans 83 % des foyers inuits et par 70 % de l’ensemble de la population. En fait, 15 % des Inuits vivant sur le territoire ne connaissent pas d’autre langue – ce qui les empêche d’occuper bon nombre des emplois disponibles.

Le rapport de T. R. Berger, intitulé The Nunavut Project [« Le Projet Nunavut »], prenait acte de cet écart et recommandait l’implantation du bilinguisme en éducation, ce qui s’est fait, mais d’une façon qui n’a pas eu les résultats escomptés. Après avoir été scolarisés exclusivement en inuktitut pendant les quatre premières années de leur scolarité, puis exclusivement en anglais par la suite, les élèves ne pouvaient lire ni écrire aucune des deux langues de façon satisfaisante. Frustrés, ils abandonnaient l’école de toute façon.

En collaboration avec des spécialistes de l’apprentissage et de l’enseignement des langues, dont Ian Martin, professeur d’anglais langue seconde et coordonnateur du certificat en enseignement de l’anglais, langue internationale [Certificate in the Discipline of Teaching English as an International Language] de Glendon, on a essayé de mettre sur pied un système d’enseignement bilingue cohérent, c’est-à-dire un système permettant l’immersion dans les deux langues, de la maternelle à la 12e année. L’un des problèmes majeurs d’un tel système est son coût, alors que les fonds supplémentaires disponibles sont rares. T. R. Berger a présenté Glendon comme un excellent exemple de réussite en matière d’éducation bilingue. « Le Canada a l’obligation d’aider les Inuits à améliorer leur sort et à prendre la place qui leur revient dans la gestion des affaires qui les concernent. »

Il a également lancé un avertissement : avec le réchauffement climatique et la navigation commerciale prolongée à travers le passage du Nord-Ouest, l’exploitation du pétrole et du gaz dans le Grand Nord est presque assurée. Les changements climatiques pourraient affecter l’habitat et les parcours migratoires des ours polaires et des caribous, avec pour résultat la perte des ressources ancestrales. De tels développements amèneraient aussi vers le Nord des migrants non inuits, dont la présence aurait un effet sur la capacité de la population locale actuelle à conserver ses terres et ses activités traditionnelles. « Nous devons former les jeunes Inuits de telle sorte qu’ils puissent profiter des emplois qui seront créés. C’est notre devoir de veiller à ce qu’ils ne soient pas de simples spectateurs du développement de leur territoire, mais bien des participants compétents. »

M. Berger a souligné le grand raffinement de la culture inuite, admirée par l’ensemble des Canadiens : la sculpture et les autres formes d’art, les films reconnus par de nombreux prix, comme Atanarjuat, la légende de l’homme rapide et The White Swan, et une littérature en pleine ébullition. « Les sociétés trouvent leur force dans la diversité, conclut-il. Nous sommes tenus à notre promesse de les aider à réaliser leur potentiel. »

À droite : G-d : Thomas Berger avec Stanislav Kirschbaum

La Conférence commémorative John Holmes 2009 comptait dans son auditoire d’illustres personnalités, y compris trois de ses anciens conférenciers : John Ralston Saul, écrivain de renom et figure éminente de la vie publique; Jean-Louis Roy, secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie; et Helen Sinclair, diplômée de Glendon et ancienne présidente de l’Association des banquiers canadiens. Étaient également présents H. Ian McDonald, ancien recteur de l’Université York; David Collenette, ancien ministre fédéral des Transports et membre d’honneur de Glendon; Jean-Gabriel Castel, c.r., professeur éminent et chercheur émérite (à la retraite) à la Faculté de droit Osgoode Hall de l’Université York, ainsi que Robert Drummond, doyen de la Faculté des arts de l’Université York.

Au sujet de Thomas R. Berger

Thomas Berger, qui exerce en ce moment la pratique privée du droit, a joué par le passé un rôle de premier plan dans la défense des droits des minorités et dans la reconnaissance des droits des Autochtones du Canada. Juge à la Cour suprême de la Colombie-Britannique de 1971 à 1983, il a été pendant cette période président de la Royal Commission on Family and Children’s Law de la Colombie-Britannique (1973-1974) et, pour le gouvernement du Canada, commissaire de l’Enquête sur le pipeline de la vallée du Mackenzie (1974-1977) et de la Commission consultative sur la consultation sanitaire avec les Indiens et les Inuit (1979-1980). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : Le nord : terre lointaine, terre ancestrale (1977); Village Journey: a Long and Terrible Shadow (1985); Fragile Freedoms: Human Rights and Dissent in Canada (1981) et One Man’s Justice: A Life in the Law (2002). De 2005 à 2006, il est intervenu à titre de conciliateur dans divers conflits opposant le gouvernement du Canada et le gouvernement du Nunavut; son rapport s’intitule The Nunavut Project.


Au sujet de la conférence commémorative John Holmes 2009

La conférence annuelle John Holmes de Glendon commémore feu John W. Holmes, O.C., diplomate canadien, écrivain, administrateur et professeur de relations internationales à Glendon de 1971 à 1981. John Holmes fut l’infatigable champion du Canada, au pays comme à l’étranger, dans les milieux politiques, diplomatiques et éducatifs. Il prit part à la fondation des Nations Unies et assista à la première Assemblée générale de l’organisme en 1945.

Peu après sa mort, en 1988, un fonds a été doté à Glendon, grâce à l’initiative du professeur Albert Tucker, principal du collège de 1970 à 1975 et directeur du département d’histoire à cette date, afin d’organiser à la mémoire de Holmes une série annuelle de conférences parrainées par le programme d’Études Internationales de Glendon.

La première conférence commémorative John Holmes a été prononcée par Sir Brian Urquhart, secrétaire général adjoint des Nations Unies (à la retraite), en 1989. Au rang des prestigieux conférenciers figurent également l’ancienne Première ministre du Canada, Kim Campbell; l’ancienne vice-secrétaire générale des Nations Unies, Louise Fréchette; les ambassadeurs canadiens Geoffrey Pearson et Anne Leahy; John Ralston Saul, auteur renommé et figure importante de la vie publique; Peter deCarteret Cory, juge de la Cour suprême (à la retraite); ainsi que l’ancien secrétaire général adjoint d’Amnesty International (et diplômé de Glendon), Vincent del Buono.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 8 avril 2009