Le cinéma en tant que véhicule médiatique – Une importante subvention du CRSH pour Suzanne Langlois, professeur d’histoire à Glendon

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Quel rôle joue le cinéma dans la formation des opinions, la construction de l’identité et la création d’une conscience historique? Ces questions intéressent Suzanne Langlois, professeur d’histoire à Glendon, et orientent ses recherches depuis le début de sa carrière universitaire. La subvention qu’elle a reçue récemment du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) lui permet de poursuivre ses recherches sur l’effet des films et des bandes d’images produits par l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur la compréhension qu’avait le public des événements historiques en Europe entre 1943 et 1950.

Les films étaient des véhicules médiatiques très efficaces durant la période précédant la Seconde Guerre mondiale, pendant la guerre, et dans l’après-guerre. L’appétit du public pour l’information et le divertissement étant très grand, les films gagnèrent en popularité et s’avérèrent très utiles pour diffuser la propagande et former l’opinion publique. À la fin de la guerre, les images présentées par les films continuèrent à être très efficaces pour informer et éduquer les populations nouvellement libérées.

Le projet de recherche actuel du professeur Langlois examine comment les films ont servi d’agents d’information sur les activités de l’ONU au cours de la période de transition qui suivit la guerre. Il était à ce moment essentiel de “gagner la paix” et d’affirmer la nature multilatérale et la pluralité des voix de l’ONU afin que l’organisme soit plus efficace que la Société des Nations, que l’ONU a remplacée en 1945.


Mme Langlois, qui est aussi à l’aise en anglais qu’en français et qui publie des articles dans les deux langues, a concentré son étude sur les documents produits directement par l’ONU ou commandités par l’ONU. Les archives de l’ONU renferment des collections considérables de documents imprimés et audiovisuels : documentaires, voix hors champ, bandes d’images et autres types de documents, créés principalement par l’UNRRA (Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction) et la section Film du Département de l’information de l’ONU.

« Ma thèse de doctorat portait sur la représentation de la Résistance française dans le cinéma français entre 1944 et 1994, explique Mme Langlois. Étant donné que les films n’ont été reconnus que très récemment comme sources primaires pour la recherche historique, c’est un médium qui peut certainement être exploré plus en détail par les historiens. Je voulais me plonger dans cette étude, et le corpus de documents d’archives est très important : les collections des organismes internationaux sont grandes ouvertes pour la recherche. » Le travail de doctorat du professeur Langlois s’est terminé par la publication en 2001 de son livre La Résistance dans le cinéma français : 1944-1994 aux éditions L’Harmattan. Ses recherches lui ont fait connaître le travail de certains des cinéastes les plus connus de l’époque, notamment celui du documentariste français Jean-Benoit Lévy, un pionnier des films éducatifs qui croyait fermement à la mission historique et sociale du cinéma. Il fait le lien entre les deux projets de recherche, ayant œuvré au sein de la Société des Nations pendant l’entre-deux-guerres et à l’ONU après la guerre.

Mme Langlois est ravie d’avoir reçu un financement triennal, ce qui lui permettra de planifier à long terme en vue des prochaines étapes de son projet de recherche. « J’aurai aussi besoin de l’aide de plusieurs étudiants des cycles supérieurs, ajoute-t-elle. Je veux soulever leur intérêt envers le sujet tout en leur donnant la formation relative aux concepts et à la méthodologie de recherche spécifiques à l’utilisation de ces sources dans la recherche historique. » Le sujet d’étude de Mme Langlois la passionne et elle a hâte de poursuivre son travail débuté en 2000 et qui l’a déjà menée à Québec, Paris, New York et ailleurs pour examiner des documents d’archives. Elle sonne l’alarme concernant le besoin urgent de développer une expertise pour protéger ce patrimoine filmique. « Pour être utiles, ces films historiques doivent être sauvegardés, copiés, réparés et diffusés, affirme-t-elle. Les archives de l’ONU en sont à l’étape de la conservation. » Mme Langlois confirme que ce médium a aussi été employé pour consigner et définir les questions liées aux droits de la personne, au génocide, au racisme, aux personnes handicapées, et bien d’autres. Il est à espérer que ces documents seront plus facilement disponibles pour les chercheurs et le grand public.

« Le besoin est grand de réfléchir davantage et de comprendre les conséquences des résultats de ces recherches, de conclure Mme Langlois. Nous devons être en mesure de distinguer les faits historiques des techniques utilisées dans ces films pour représenter ces mêmes faits de façons appuyant la philosophie et l’intention du cinéaste. Ce projet relate l’histoire des initiatives d’éducation publique de l’ONU. Ces collections représentent beaucoup plus que trois ans de travail. J’ai l’intention de poursuivre mes recherches dans ce domaine pendant encore plusieurs années. »

Au sujet de Suzanne Langlois :

Suzanne Langlois détient un baccalauréat et une maîtrise de l’Université de Montréal et un doctorat de l’Université McGill. Elle enseigne l’histoire au niveau du baccaulauréat à Glendon, et à la Faculté des études supérieures au campus de Keele. Mme Langlois est spécialiste de l’histoire de l’Europe moderne, et plus particulièrement des conflits mondiaux au XXe siècle et de l’histoire du cinéma. En plus de son livre sur la Résistance dans le cinéma français, elle a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées et a signé plusieurs articles dans l’ouvrage Encyclopedia of the Documentary Film (Ian Aitken, ed., New York et Londres, Routledge, 2006). Elle donne aussi régulièrement des entrevues sur l’histoire du XXe siècle pour des stations de radio communautaires partout en province et pour la Société Radio-Canada à Toronto.

Article rédigé par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 14 mai 2007