Pouvoir populaire et médias sociaux : y a-t-il moyen de mobiliser les Canadiens?

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<p>Le 7 avril dernier, le <a href="http://globalchallenges.ca/?lang=fr" target="_blank">Centre sur les d&eacute;fis mondiaux</a> (CDM) de Glendon et les &eacute;tudiants de ma&icirc;trise de l&rsquo;<a href="http://www.glendon.yorku.ca/gspia/francais/index.php" target="_blank">&Eacute;cole des&nbsp; affaires publiques et internationales</a> de Glendon (&Eacute;API) &eacute;taient les h&ocirc;tes d&rsquo;une rencontre d&rsquo;experts sur le r&ocirc;le des m&eacute;dias sociaux dans la politique et l&rsquo;action sociale, en particulier dans l&rsquo;&eacute;lection f&eacute;d&eacute;rale du 2 mai prochain.</p>
<p>Cet &eacute;v&eacute;nement qui cl&ocirc;turait l&rsquo;ann&eacute;e universitaire &eacute;tait pr&eacute;sid&eacute;e par une imminente dipl&ocirc;m&eacute;e, Alexandra Service. Tout au long de l&rsquo;avant-midi, le public attentif a profit&eacute; d&rsquo;une mise en perspective suivie de deux panels de discussion.</p>
<p style="text-align: center;"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://myglendon.yorku.ca/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/imagemanager/files/20110419/03_Miriam_Smith_Stuart_Schoenfeld_Jonathan_Rubin_Alexandra_Service_sm.jpg" alt="" width="500" height="309" /><span class="image_caption">Le premier panel, de gauche &agrave; droite : Miriam Smith, Stuart Schoenfeld,</span><br /><span class="image_caption">Jonathan Rubin et Alexandra Service</span></p>
<p>Les perspectives d&rsquo;ouverture ont &eacute;t&eacute; formul&eacute;es par Breza Race, directrice du programme d&rsquo;&eacute;ducation pour le <a href="http://www.canvasopedia.org/" target="_blank">CANVAS</a>, le Centre for Applied Non-Violent Action and Strategies, un r&eacute;seau international de formateurs et de consultants qui travaillent partout dans le monde &agrave; enseigner des techniques de r&eacute;sistance non violente. Fond&eacute; en 2002, l&rsquo;organisme est issu d&rsquo;un regroupement de jeunes Serbes qui sont parvenus, par leur combat pacifique, &agrave; renverser Slobodan Milo&scaron;evic. C&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re visite de Mme Race au Canada.</p>
<p>Breza Race a expliqu&eacute; qu&rsquo;apr&egrave;s la r&eacute;volution serbe, son &eacute;quipe a &eacute;t&eacute; approch&eacute;e par de nombreux groupes de diff&eacute;rentes r&eacute;gions du monde qui s&rsquo;int&eacute;ressaient &agrave; ses m&eacute;thodes d&rsquo;organisation et de r&eacute;sistance. CANVAS a &eacute;volu&eacute; en r&eacute;action &agrave; cette demande et compte maintenant douze formateurs qui enseignent partout dans le monde; chacun d&rsquo;entre eux a d&rsquo;abord &eacute;t&eacute; un activiste dans son pays. Dans leurs ateliers, ils pr&eacute;sentent des outils et des m&eacute;thodes qui permettent d&rsquo;obtenir des changements de fa&ccedil;on non violente. &laquo; En 2010, CANVAS a offert plus d&rsquo;une centaine d&rsquo;ateliers &agrave; quelque deux mille participants r&eacute;partis dans cinquante pays &raquo;, indique Mme Race. En plus des ateliers, CANVAS fournit dans un grand nombre de langues des livres et des films sur l&rsquo;action non violente.</p>
<p>&laquo; Les th&egrave;mes des ateliers sont nombreux et vari&eacute;s : formulation d&rsquo;une vision d&rsquo;avenir, analyse du pouvoir dans la soci&eacute;t&eacute;, art de trouver les piliers qui soutiendront le mouvement, discussion sur l&rsquo;ob&eacute;issance et la peur, m&eacute;thodes et tactiques d&rsquo;action non violente, analyse co&ucirc;ts-b&eacute;n&eacute;fices des activit&eacute;s, introduction &agrave; la propagande et &agrave; la communication cibl&eacute;e, outils pour valoriser son image et utilisation des nouveaux m&eacute;dias &raquo;, explique Mme Race. De fait, CANVAS offre maintenant des cours &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Belgrade sur les m&eacute;thodes du changement non violent et s&rsquo;enorgueillit de r&eacute;ussites remarquables dans plusieurs r&eacute;gions du monde, notamment en Ukraine, en G&eacute;orgie, aux &icirc;les Maldives, au Liban et tout r&eacute;cemment, en &Eacute;gypte.</p>
<p><img style="float: right;" src="http://myglendon.yorku.ca/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/imagemanager/files/20110419/05_Michelle_Collins_and_Alexandra_Service_sm.jpg" alt="" width="300" height="334" /><span class="image_caption">&Agrave; droite, de gauche &agrave; droite :<br />Michelle Collins et Alexandra Service</span></p>
<p>&laquo; Les strat&eacute;gies sont transf&eacute;rables, conclut l&rsquo;oratrice, et chaque nouveau groupe alimente de ses connaissances la banque de savoir commun [sur les pratiques pacifiques]. Mais les oppresseurs apprennent &eacute;galement, et il est &eacute;vident que les r&eacute;volutions, elles, ne s&rsquo;exportent pas. &raquo;</p>
<p>Le premier panel de discussion, pr&eacute;sid&eacute; par Alexandra Service, avait pour th&egrave;me &laquo; Le pouvoir du peuple et des r&eacute;seaux sociaux &raquo;. Les trois pan&eacute;listes &eacute;taient Jonathan Rubin, &eacute;tudiant &agrave; la MAPI; <a href="http://gl.yorku.ca/GlProfProfiles.nsf/Unique/GGAT-7NJQ9V?OpenDocument&amp;subnavigation=faculty" target="_blank">Stuart Schoenfeld</a>, directeur du d&eacute;partement de Sociologie de Glendon et membre du corps professoral de l&rsquo;&Eacute;API; et <a href="http://www.yorku.ca/mcsmith/" target="_blank">Miriam Smith</a>, du d&eacute;partement des Sciences sociales de York, qui enseigne &eacute;galement &agrave; l&rsquo;&Eacute;API. S. Schoenfeld a d&eacute;clar&eacute; que &laquo; les mouvements sociaux sont des r&eacute;seaux d&rsquo;organisations, qui ont des objectifs plus g&eacute;n&eacute;raux que le renversement d&rsquo;un r&eacute;gime ou la mise en place de nouveaux pouvoirs. Les mouvements sociaux supposent un changement dans les politiques, une transformation fondamentale de notre mode de vie qui engage des centaines d&rsquo;organisations et beaucoup de gens. &raquo;&nbsp; M. Smith a remarqu&eacute; que ces mouvements ne sont pas toujours progressistes, comme le montrent les cas du fascisme et des mouvements pour et contre les droits des femmes.</p>
<p>Au sujet du r&ocirc;le qui est en train de se dessiner pour les m&eacute;dias sociaux dans les mouvements actuels, elle rappelle l&rsquo;exemple du regroupement polonais <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Solidarno%C5%9B%C4%87" target="_blank">Solidarit&eacute;</a>. L&rsquo;utilisation de cam&eacute;ras vid&eacute;o, lors des manifestations de 1980, avait permis pour la premi&egrave;re fois aux gens ordinaires d&rsquo;assister en direct aux &eacute;v&eacute;nements, leur assurant du coup un public beaucoup plus vaste de participants et de t&eacute;moins. J. Rubin a soulign&eacute; quant &agrave; lui que l&rsquo;utilisation de m&eacute;dias sociaux comme Facebook &eacute;tait une importante source primaire de communication dans les situations de crise. &laquo; Il y a 21 millions de personnes qui utilisent Facebook dans le monde arabe, ce qui repr&eacute;sente une croissance de 45 pour cent par rapport aux 12 millions de l&rsquo;ann&eacute;e pr&eacute;c&eacute;dente, a-t-il indiqu&eacute;. Pendant la r&eacute;volution &eacute;gyptienne [de cet hiver], 75 pour cent des utilisateurs &eacute;taient &acirc;g&eacute;s de 15 &agrave; 35 ans. &raquo;</p>
<p>S. Schoenfeld a ajout&eacute; que les m&eacute;dias sociaux pouvaient servir de soupape dans les situations tr&egrave;s tendues et qu&rsquo;ils permettaient d&rsquo;&eacute;prouver le sentiment lib&eacute;rateur de faire partie d&rsquo;une communaut&eacute;. &laquo; Les jeunes sont les utilisateurs les plus &eacute;vidents, puisque c&rsquo;est leur avenir qui est en jeu, et ils sont pr&ecirc;ts pour la mobilisation. &raquo;</p>
<p>M. Smith a observ&eacute; que m&ecirc;me la non-violence pr&eacute;sente des enjeux li&eacute;s au pouvoir et que des messages envoy&eacute;s par cellulaire ou sur Facebook peuvent &ecirc;tre utilis&eacute;s pour contr&ocirc;ler, autant que pour construire et renforcer la collaboration. L&rsquo;interaction &eacute;lectronique peut faire l&rsquo;objet de surveillance par les r&eacute;gimes qui cherchent &agrave; conna&icirc;tre l&rsquo;identit&eacute; des fauteurs de troubles. &laquo; On s&rsquo;imagine que la pr&eacute;sence des nouveaux m&eacute;dias n&rsquo;apporte que du bon, mais, depuis les &eacute;v&eacute;nements du 11 septembre, il y a plus de filtrage et de surveillance que jamais. &raquo; Elle a cit&eacute; aussi l&rsquo;exemple de cette &eacute;tudiante chass&eacute;e d&rsquo;un rassemblement conservateur parce qu&rsquo;elle avait affich&eacute; sur sa page Facebook une photo d&rsquo;elle-m&ecirc;me en compagnie du chef lib&eacute;ral.</p>
<p>Les questions pos&eacute;es par l&rsquo;auditoire ont port&eacute; sur les voix concurrentes de la communication, qui peuvent constituer des occasions favorables aussi bien que des obstacles &agrave; la transmission des messages; et sur les moyens d&rsquo;obtenir la masse critique n&eacute;cessaire &agrave; l&rsquo;action &ndash; et de la conserver.</p>
<p>Le second panel, intitul&eacute; &laquo; Les m&eacute;dias sociaux : une arme pour l&rsquo;action sociale? &raquo; &eacute;tait pr&eacute;sid&eacute; aussi par Alexandra Service. Les pan&eacute;listes &eacute;taient Michelle Collins, ancienne journaliste et dipl&ocirc;m&eacute;e de la MAPI, Breza Race, de CANVAS, et <a href="http://twitter.com/ashedletzky" target="_blank">Adam Shedletzky</a>, cofondateur de <a href="http://www.leadnow.ca/fr/index" target="_blank">&Agrave; l'action</a>, un r&eacute;seau canadien multipartiste qui utilise la technologie pour aider les gens &agrave; s&rsquo;organiser et &agrave; raffermir leur voix.</p>
<p><img style="float: left;" src="http://myglendon.yorku.ca/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/imagemanager/files/20110419/04_Adam_Shedletzky_sm.jpg" alt="" width="200" height="323" /><span class="image_caption">&Agrave; gauche, Adam Shedletzky</span></p>
<p>Comme l&rsquo;a fait remarquer Mme Race, s&rsquo;il est vrai que les m&eacute;dias sociaux permettent &agrave; tout le monde de participer et qu&rsquo;ils sont un outil n&eacute;cessaire, ils ne suffisent pas, &agrave; eux seuls, &agrave; r&eacute;aliser le changement : pour que celui-ci se produise, il est imp&eacute;ratif que les gens passent &agrave; l&rsquo;action. &laquo; Dans mon pays [la Serbie], les jeunes sont renseign&eacute;s et engag&eacute;s dans le discours politique &agrave; cause des &eacute;v&eacute;nements historiques. Et les m&eacute;dias sociaux sont les outils d&rsquo;information les plus instantan&eacute;s. &raquo;</p>
<p>&laquo; Quand les choses vont assez bien [comme au Canada], m&ecirc;me si ce n&rsquo;est pas parfait, les gens ne sont pas motiv&eacute;s &agrave; combattre, a ajout&eacute; A. Shedletzky. Les &eacute;lecteurs n&rsquo;ont pas l&rsquo;impression de pouvoir changer les choses, alors ils se retirent, et la confiance des individus envers le syst&egrave;me politique s&rsquo;effrite. Malgr&eacute; cela, dans les faits, le nombre de jeunes qui votent aujourd&rsquo;hui est plus grand que jamais. &raquo;</p>
<p>&laquo; Les m&eacute;dias sociaux sont devenus des acteurs officiels de la politique, tout r&eacute;cemment dans le contexte de l&rsquo;&eacute;lection f&eacute;d&eacute;rale, a affirm&eacute; M. Collins. Il y a des risques, pourtant, car n&rsquo;importe qui peut afficher de l&rsquo;information et les voies d&eacute;mocratiques peuvent &ecirc;tre contourn&eacute;es. Quand les politiciens annoncent de nouvelles mesures lors de conf&eacute;rences de presse &ndash; on a vu cela r&eacute;cemment &ndash;, il n&rsquo;y a aucun d&eacute;bat officiel. &raquo;</p>
<p>A. Shedletzky affirme qu&rsquo;il est important de prot&eacute;ger les m&eacute;dias traditionnels, qui sont financ&eacute;s par des int&eacute;r&ecirc;ts publics et oblig&eacute;s de rendre des comptes, ce qui rend plus fiable l&rsquo;information qu&rsquo;ils transmettent. Certains collaborateurs qui ont des intentions ou des points de vue partisans et qui s&rsquo;expriment en fait pour le compte d&rsquo;organisations particuli&egrave;res ont la possibilit&eacute;, dans les m&eacute;dias sociaux, [de cacher ce r&ocirc;le et] d&rsquo;adopter celui de citoyen ordinaire.</p>
<p><a href="http://gl.yorku.ca/GlProfProfiles.nsf/Unique/GGAT-7NJQAM?OpenDocument&amp;subnavigation=faculty" target="_blank">Alexandre Brassard</a>, directeur de la recherche &agrave; Glendon et enseignant de sciences politiques, a r&eacute;sum&eacute; les principaux points &agrave; retenir de la rencontre. Les m&eacute;dias sociaux atteignent des pics d&rsquo;activit&eacute; quand la situation sociale le demande, par exemple lors d&rsquo;une &eacute;lection f&eacute;d&eacute;rale; les intervenants collectifs, comme un parti politique ou une ONG, sont n&eacute;cessaires &agrave; la mobilisation citoyenne au Canada; les ressources humaines, les moyens de communication et la diffusion du savoir-faire sont essentiels; la soci&eacute;t&eacute; a besoin d&rsquo;une vision et de valeurs communes, ainsi que de strat&eacute;gies et de tactiques non violentes comme la d&eacute;sob&eacute;issance civile et le boycottage.</p>
<p>&laquo; Le risque est que les m&eacute;dias sociaux soient mal employ&eacute;s, et qu&rsquo;ils supplantent les institutions de la d&eacute;mocratie ou les communicateurs professionnels, comme les journalistes. Mais ils ont le pouvoir de rassembler et de mobiliser la base, en plus d&rsquo;avoir un effet &eacute;galitaire en permettant &agrave; chaque personne de s&rsquo;exprimer. &raquo;</p>
<p><em>Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon</em></p>

Publié le 28 avril 2011