La Semaine de la francophonie à Glendon a été riche en événements culturels

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Le 20 mars marque la Journée internationale de la francophonie, une occasion pour le Canada de célébrer chaque année la langue et la culture françaises – l’une de ses deux premières entités linguistiques – grâce à une multitude d’événements culturels et communautaires organisés dans tout le pays. Cette date commémore la signature du Traité de Niamey (Nigeria) en 1970, qui avait conduit à la création de l’Agence de coopération culturelle et technique appelée aujourd’hui Organisation internationale de la Francophonie. Sur cinq continents, les francophones fêtent cette date en exprimant – à travers la musique, la littérature, les arts dramatiques et la gastronomie – la fierté qu’ils ressentent envers leur culture.

Au fil des ans, la fête a pris de l’ampleur et Les rendez-vous de la Francophonie 2006 au Canada ont duré 16 jours, soit du 10 mars au 26 mars. À Glendon, où la langue et la culture françaises sont au cœur du bilinguisme caractérisant le campus, la neuvième célébration annuelle de la Semaine de la francophonie, du 20 au 25 mars, a été riche en événements culturels – comprenant du théâtre, des arts visuels, des lectures d’oeuvres littéraires et des rencontres sociales – qui répondaient à tous les goûts.


Des scènes de "Les Mers rouges" avec Michèle Tredger et Geneviève Trilling

Les festivités à Glendon ont débuté le 20 mars, à midi, par une pièce de théâtre présentée par Léonard Rosmarin, professeur émérite de littérature française à l’Université Brock et spécialiste de la dramaturge Liliane Atlan. Les actrices Geneviève Trilling et Michèle Tredger ont joué des scènes profondément émouvantes de la pièce d’Atlan Les Mers rouges, dirigées par la metteuse en scène Kalli Paakspuu, récipiendaire d’un prix Génie. La pièce d’Atlan immortalise les victimes de l’Holocauste originaires de Thessalonique, en Grèce, la ville d’où vient sa famille. Sans aucun accessoire, et ayant uniquement recours à la superbe maîtrise de leurs voix, gestes et expressions, Trilling et Tredger se sont transformées en martyres d’Auschwitz, incarnant tour à tour une femme victime d’une stérilisation par des médecins nazis, la femme dans un couple de survivants incapable de retrouver une vie quotidienne normale et une femme dont l’enfant a été exterminé dans un camp. Les anciennes chansons d’amour, remplies de tendresse et de chagrin, et interprétées en ladino par Trilling, étaient particulièrement déchirantes. Un profond silence régnait parmi le public à la fin de ce spectacle très émouvant.


La caravane Boler

Le 20 mars a également eu lieu le vernissage d’une nouvelle exposition, Bolerama, présentant les œuvres de l’artiste franco-ontarienne Lise Beaudry, à la Galerie de Glendon. Le public, venu très nombreux, avait été convié à une réception et à un dîner buffet festif dans le nouvel emplacement de la galerie. Les somptueux vins roumains servis pour l’occasion avaient été offerts par le consul général de Roumanie à Toronto, M. Nicanor Teculescu, présent au vernissage. M. Teculescu a transmis l’invitation officielle de son gouvernement au Sommet de la Francophonie qui aura lieu cet été à Bucarest. Bolerama est une série de grandes photographies en couleur, accompagnées d’une installation sonore bilingue. Les photos explorent l’intérieur et l’extérieur de la roulotte Boler, une caravane aux allures d’œuf rond, fabriquée dans la ville natale de l’artiste, Earlton, en Ontario, jusqu’à la fin des années 70. Comme l’a expliqué Mme Beaudry, Bolerama « capture » une période de l’histoire de l’Ontario rural. Une authentique roulotte Boler, grandeur nature, se trouvait à l’extérieur de la galerie pour permettre aux visiteurs de découvrir cette icône ethnoculturelle.


De gauche à droite: Martine Rheault, directrice des affaires artistiques et culturelles
avec l'artiste Lise Beaudry, et Marc Audette, conservateur de la Galerie, au vernissage de
Bolérama

Au programme de la Semaine de la francophonie se trouvait aussi Terre rouge, une pièce d’Antonin Artaud, dramaturge français controversé du début du 20e siècle. Sous la direction de Guillaume Bernardi, professeur d’arts dramatiques à Glendon, des étudiants du Collège ont présenté, dans le cadre de cette ambitieuse production, une courte pièce d’Artaud racontant son voyage en 1936 dans le Nord du Mexique, au pays des Tarahumaras. Cette tribu indigène l’avait initié aux rites chamanistiques associés au peyotl, une plante hallucinogène dont la consommation provoque, pendant deux ou trois jours, des visions tour à tour terrifiantes et très drôles. Les acteurs, comprenant des étudiants anglophones et francophones, ont créé une ambiance existentialiste rehaussée par une excellente utilisation de la technologie vidéo, montrant des photos du Mexique à l’époque du voyage d’Artaud.

La programmation de la semaine comprenait aussi plusieurs autres événements littéraires, notamment une conférence le 22 mars sur les travaux de l’auteur suisse Charles-Ferdinand Ramuz, donnée par Doris Jakubec, professeure honoraire à l’Université de Lausanne et responsable de la publication des œuvres de Ramuz dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléïade. Parrainé par le Consulat général de Suisse et par le GREF, la maison d’édition en langue française de Glendon, l’événement comprenait aussi des lectures d’extraits des œuvres de Ramuz par Jacques Roman, écrivain et personnalité connue dans le monde du théâtre.


De gauche à droite: le professeur Eugène Roventa avec la principale adjointe,
Mme Louise Lewin et le consul-général de la Roumanie à Toronto, M. Nicanor Teculescu
au vernissage de
Bolérama

Le 23 mars, au cours d’un Midi-littéraire dans la galerie, Pierre Léon et Daniel Soha – deux écrivains locaux de renom dont les livres sont publiés par le GREF – ont lu des extraits de leurs oeuvres. Bien que le ton fut léger et humoristique, les sujets tournés en dérision étaient profonds et sérieux, particulièrement la description satirique par M. Léon d’une femme lapidée à mort pour avoir eu de « mauvaises pensées ». « Cela lui apprendra à vivre autrement! », a dit M. Léon. M. Soha, fasciné par les nombreux risques de la vie, a exprimé, par moments avec beaucoup de poésie, sa passion pour la vie. Le public a apprécié les rafraîchissements, ri jusqu’aux larmes et quitté la galerie en pensant à quelques-unes des grandes questions de la vie.


De gauche à droite: La principale adjointe, Mme Louise Lewin avec le principal
Kenneth McRoberts et Martine Rheault, directrice des affaires artistiques et culturelles,
à la récéption de
Bolérama

La Semaine de la francophonie à Glendon, qui a eu lieu pour la première fois en 1998, est une idée d’Alain Baudot, professeur aux départements d’Études françaises et d’Études multidisciplinaires, et directeur du GREF. Depuis lors, cet événement annuel est organisé sous la direction de Martine Rheault, directrice des affaires artistiques et culturelles, Bureau des services aux étudiants. « Nous avons tous tant de choses à fêter! », a déclaré Mme Rheault.

Cet article a été soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon.


Publié le 31 mars 2006