Kristen Thomson, invitée de la série de lectures bp Nichol à Glendon

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L’actrice et dramaturge canadienne Kristen Thomson était à Glendon le 6 avril pour la série de lectures bp Nichol à l’invitation de la professeure Cynthia Zimmerman du département d’Études anglaises, l’organisatrice de cette série de lectures. Thomson a parlé de son œuvre I Claudia (2001), une pièce qu’elle a écrite et jouée en solo. La pièce a connu un grand succès et lui a valu le prix Dora-Mavor-Moore de la meilleure nouvelle création et de la performance sur scène la plus remarquable.

I Claudia est une exploration brillante et amusante, profondément émouvante, de la vie intérieure d’une fillette de douze-ans-et-trois-quarts sur le point de basculer dans l’adolescence. Outre les incertitudes et crises d’identité habituelles auxquelles fait face tout adolescent, Claudia est aux prises également avec le divorce de ses parents et le remariage imminent de son père. Sa façon de comprendre le monde et le vacillement qui marque ses pas, entre la simplicité de l’enfance et la résignation désabusée à l’égard du monde comme il va, sont appréhendés avec beaucoup d’humour, et une douloureuse sensibilité. Le titre fait écho à celui d’un roman de l’écrivain anglais Robert Graves, Moi, Claude, empereur [traduction de I Claudius (1934), porté plus tard au petit écran dans la série du même nom], sur la vie d’un personnage à qui les relations familiales donnaient du fil à retordre, lui aussi.

À droite : Le poster de la production actuelle de I Claudia

I Claudia a connu de nombreuses transformations depuis 2001. Acclamée chaque fois, la pièce a été jouée partout au pays, par Kristen Thomson et par d’autres, y compris Liisa Ripo-Martell à la Great Canadian Theatre Company d’Ottawa et Michelle Polak au Centre Segal de Montréal, en 2008 dans les deux cas. Dans une adaptation pour le grand écran datant de 2004, K. Thomson tient encore une fois tous les rôles. Un panel pancanadien indépendant formé de réalisateurs, de programmateurs, de journalistes et de professionnels de l’industrie a classé ce film parmi les meilleurs de cette année-là.

Les quatre personnages de I Claudia sont représentés par quatre masques, qui accompagnaient K. Thomson à la causerie de Glendon. Elle a découvert le travail avec masques pendant ses études à l’École nationale de théâtre, dont elle est diplômée en interprétation. Pendant la formation, 26 masques de caoutchouc noir sont utilisés pour amener les futurs acteurs à développer leurs capacités d’interprétation. « On en arrive à modeler nos corps à partir de ces masques, et ce sont eux qui guident nos réactions; ils développent leur propre personnalité », explique Kristen Thomson. C’est pendant un exercice de ce genre qu’elle a découvert le masque de Claudia; puis elle lui a trouvé des vêtements, et a étoffé sa personnalité. « Mais c’est le personnage lui-même qui mène cette activité créative, avec une voix, un vocabulaire et des caractéristiques émotionnelles qui lui sont propres. »

À gauche : Kristen Thomson à Glendon avec le masque de Claudia

Native de Toronto, K. Thomson a voulu dès l’enfance devenir écrivaine. Comme actrice, elle a gagné un prix ACTRA pour son rôle dans I Shout Love (2001), un film bref réalisé par Sarah Polley, et trois prix Dora pour son travail sur scène. Ses performances remarquables, tant à l’écran que sur la scène, sont nombreuses.

« Trouver sa voix sur scène est un processus très demandant, dit-elle, et la nervosité en est une partie intégrante. » De fait, chaque représentation devant public la rend presque malade physiquement. Pourtant, quand Urjo Kareda, qui était à l’époque directeur artistique du théâtre Tarragon, l’a invitée à participer à la Spring Arts Fair, un tremplin pour les artistes en émergence (qui n’existe plus), elle s’est aperçue qu’elle adorait parler directement au public. Elle a commencé à travailler avec des copies de certains masques de la collection de l’ÉNT — « ceux qui acceptaient de collaborer avec moi à la pièce » — et en a trouvé plusieurs avec qui le courant passait. Au fil du temps, après des centaines d’improvisations avec chacun, quatre de ces masques ont pris les rôles des personnages qu’elle joue dans I, Claudia. « Chacun de ces personnages a éclos avec sa voix propre, son élocution particulière et sa personnalité, révèle l’actrice. Ils sont nés de la situation, plutôt que d’avoir été développés parallèlement à celle-ci. » Le texte final de vingt-cinq pages est le produit concentré de centaines de pages de notes et de dialogues. Le défi consistait à créer un univers entier, cohérent, puis à le distiller sans rien perdre de son essence.

À droite : Thomson expose les masques des quatre personnages dans la pièce

Kristen Thomson rend hommage à Chris Abraham, directeur artistique de la pièce, dont la contribution au processus de création s’est avérée cruciale et qui lui a appris à faire confiance à son instinct d’improvisatrice. « Je suis devenue Claudia, confirme-t-elle, celle dont la voix est immédiate : une petite fille anxieuse, blessée, avec une vision du monde indissociable de la voix brisée d’une enfant dont la vie s’est écroulée. »

L’actrice connaît d’expérience le sentiment de perte causé par la dissolution de la cellule familiale. Ses parents ont divorcé quand elle avait sept ans, et ce n’est que dans la vingtaine qu’elle a réalisé à quel point le processus l’avait fait vieillir. « Les enfants du divorce vivent un deuil assez semblable à celui qui résulte d’une mort, dit-elle. Ils développent une sagesse troublante, mais en même temps ils n’ont pas d’expérience, et ils n’ont pas les mots pour dire leurs sentiments et les comprendre. Dans un divorce, les problèmes des parents accaparent toute l’attention, alors que l’effet de ce divorce sur les enfants est souvent négligé. » Pour elle, prendre le divorce comme sujet d’écriture a été une thérapie, tout autant que l’occasion d’explorer ce qu’elle avait à en dire, son point de vue sur le sujet.

Sa nouvelle pièce, The Patient Hour, figurait en février dernier au programme du théâtre Tarragon, et elle a été accueillie avec enthousiasme par la critique. La vie de famille est le sujet de cette œuvre également, mais cette fois ce sont la maladie et la mort, ainsi que leur effet galvanisant sur les membres de la famille, qui sont au centre de l’expérience.

À gauche : Le poster de la production de 2001 de I Claudia

I Claudia est présentée, dans une nouvelle mise en scène, par la Crow Theatre Company au Young Centre for the Performing Arts de Toronto, du 24 avril au 23 mai 2009, avec Kristen Thomson elle-même dans le rôle titre. Après quelques années passées sans jouer le rôle, elle s’est demandé si elle saurait adhérer autant au personnage de Claudia. Mais les émotions profondes que véhicule la pièce, sa signification personnelle, ainsi que l’appui renouvelé de Chris Abraham, metteur en scène la nouvelle production, ont réaffirmé son attachement aux personnages et à la pièce dans son ensemble. « La nouvelle production fait ressortir des aspects différents de chaque personnage, dit Karen Thomson, et je suis plus à l’aise dans leur peau que je ne l’étais, je me soucie moins du texte exact. [La nouvelle Claudia] est plus pétillante, plus disponible, plus spontanée. »

Au sujet de la série de lectures bp Nichol
Le département d’anglais de Glendon, grâce au financement du Conseil des Arts du Canada, présente depuis le début des années 1970 une série de lectures publiques pour écrivains canadiens. Pendant les années 1980, le célèbre poète bp Nichol enseignait la création littéraire au département, et après son décès tragique et prématuré, en 1988, ses collègues ont donné son nom à la série de rencontres, qui accueille à Glendon des romanciers, des poètes, des nouvellistes et des dramaturges (plusieurs chaque année) venus donner lecture de leurs travaux. Ces lectures publiques sont très courues, tant par les étudiants que par les personnes de l’extérieur du Collège. Le déroulement habituel de la soirée prévoit la lecture, par l’auteur, d’une œuvre nouvelle ou non publiée, suivie d’une période de questions.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 22 avril 2009