La soif d’apprendre conduit un orphelin à Glendon

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Matthew Nguyen a commencé sa première année d’Études françaises à Glendon, cet automne, à l’âge de 22 ans. Mais la voie qui l’a mené à l’université a été encombrée d’obstacles et, pour le moins, inhabituelle.

Né à Paris d’une mère vietnamienne et devenu orphelin à 10 ans, Nguyen a été envoyé chez un oncle et sa famille à Toronto. Il n’avait pas de statut juridique au Canada et sa famille ne l’a pas scolarisé, le gardant à la maison pour faire des travaux domestiques et être à son service.

À seize ans, il a pris les choses en main et s’est enfui de chez son oncle, trouvant refuge dans un centre d’hébergement pour jeunes. Il espérait enfin pouvoir aller à l’école. « Je rêvais d’être comme les autres jeunes, explique Nguyen. J’ai toujours su que l’éducation est la voie qui permet d’accéder à une meilleure vie. »

Mais, les obstacles ont continué de se succéder. Ayant seulement fréquenté l’école jusqu’à la 5e année en France, Nguyen était trop âgé, à 16 ans, pour retourner à l’école élémentaire et trop jeune pour suivre des cours pour adultes. Il a finalement été admis au Eastdale Collegiate and Vocational School, où il a fait des progrès en anglais et dans les autres matières étudiées. Il est ensuite allé au Jarvis Collegiate, où il a obtenu son diplôme d’études secondaires.

« J’étais très déprimé le jour de la remise des diplômes, se souvient Nguyen. Tous les autres jeunes étaient entourés de leurs parents qui les félicitaient et prenaient des photos. Et ma famille, où était-elle? »

En 2006, la question de son statut d’immigration a refait surface et sa déportation a été ordonnée. Mais, certaines personnes, qui se souciaient de son sort, l’ont aidé. Son ancien enseignant d’anglais à Eastdale, Bruce Lyne, a continué de l’encourager dans ses efforts pour réussir à l’école et rester au Canada. Lyne a créé un site Web et fait circuler une pétition adressée au gouvernement du Canada dans l’espoir que Nguyen puisse rester au Canada et obtenir un statut officiel. « En deux semaines, plus de 70 000 lettres de soutien sont arrivées sur le site, explique Nguyen. J’ai enfin su que je n’étais pas seul. » Alors que sa famille biologique se désintéressait de lui, des étrangers ont proposé de l’accueillir chez eux, et même de l’adopter. Finalement, l’automne dernier, il a reçu son statut de résident permanent, mais il était trop tard pour qu’il s’inscrive à l’université.

La communauté vietnamienne de Toronto l’a aussi aidé, en lui fournissant du travail et un soutien. « Je suis très reconnaissant de toute cette aide », dit-il.

En parlant avec Nguyen, on découvre son extrême motivation et sa détermination à réussir. Il reconnaît que, bien qu’il n’ait aucune difficulté pour s’exprimer en anglais, lire des textes complexes et rédiger des essais lui demande des efforts, car il a manqué de nombreuses années d’école. Son ancien enseignant d’anglais est de nouveau là pour l’aider, ce qui fait toute la différence. Lyne et deux autres enseignants d’Eastdale se sont même entraidés pour lui offrir un ordinateur portable, un cadeau pour avoir été admis à l’université.

Au fil des ans, Nguyen a bénévolement aidé des enfants, leur donnant des leçons particulières d’art ou leur lisant des histoires. Ses objectifs pour l’avenir? Il veut travailler avec des enfants, devenir enseignant et aider les enfants avec qui il aura des contacts à vivre la véritable enfance qu’il n’a jamais eue. « J’ai vécu de nombreux moments difficiles, mais beaucoup de gens très gentils m’ont aidé. »

Cet automne, alors qu’il commence ses études universitaires à Glendon, Nguyen suit le maximum de cours, mais il travaille aussi à Starbucks 30 heures par semaine pour compléter sa bourse du RAFÉO et avoir un petit appartement. « J’ai enfin mon premier chez moi et j’en suis très fier», dit-il. Il apprécie la nature bilingue du campus et profite de sa connaissance du français.

Déterminé à réussir, Nguyen entend consacrer toute son énergie à ses études. Et personne ne doute de cette réussite, vu les efforts et l’attention qu’il accorde à ce projet. Il fait l’éloge des services aux étudiants de Glendon, où tout le monde fait son possible pour l’aider. « À Glendon, je me sens enfin égal aux autres et je sais que je peux réussir en travaillant fort. Je pense sincèrement que mes rêves pourront devenir réalité. »

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 30 septembre 2010