Avant-première à Glendon de Unicorn Horns, création primée de Melissa Major, une ancienne étudiante du Collège

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La salle silencieuse et sombre du Théâtre Glendon est comble. Une mince silhouette sobrement vêtue de noir et de blanc vient s’asseoir sur un tabouret qui est pratiquement le seul accessoire visible sur la scène. Melissa Major (à droite), une diplômée de Glendon, est de retour au Collège pour présenter sa création primée, une pièce absurde en un acte, et parler de ses expériences théâtrales. Celui qui est à la fois son ancien professeur d’art dramatique, son mentor et le metteur en scène de l’actuelle production, Aleksandar (Sasha) Lukac, l’accompagne pour formuler des commentaires et louanger son travail. Melissa, qui a profité d’une brève pause pour revêtir son « costume », émerge des coulisses sous les traits de Quiche, un personnage androgyne et débraillé, pour un court extrait de sa pièce, Unicorn Horns, qui est présentée au Theatre Passe Muraille de Toronto depuis le jeudi 8 novembre.

Écrite et interprétée par Melissa Major, Unicorn Horns est une pièce difficile à catégoriser. À la fois comique et tragique, avec des moments de réalité où domine le grotesque, la pièce est dominée par l’absurde, le clownesque, une forme de théâtre qui, d’après l’auteure « n’est pas pour les âmes sensibles et probablement pas pour la plupart des gens ».

Peut-être pas, mais ses thèmes sont universels, et elle est peut-être l’une des rares personnes à s’étonner du succès et de la reconnaissance récoltés par Unicorn Horns. Tout a commencé par un court monologue, un devoir donné par Sasha Lukac dans le cours « Approaches to Theatre ». Ce cours portait sur les dramaturges absurdes des années 1920 en Russie, des auteurs qui avaient choisi ce médium parce qu’il reflétait parfaitement l’absurdité de leur vie dans un environnement de peur et de terreur politique constantes. Major a été subjuguée par ces œuvres, en particulier par Elizabeth Bam de Daniil Kharms, fondateur de l’Oberiu, un mouvement littéraire russe d’avant-garde. Le fait d’obtenir un rôle dans la production de la pièce montée par les étudiants a réveillé sa passion pour ce médium et elle a commencé à écrire sérieusement pour le théâtre.

Après avoir remporté le prix de dramaturgie 2006 décerné par le recteur de l’Université York, Unicorn Horns a été présentée au public pour la première fois lors d’une représentation unique donnée dans le cadre du festival Nuit blanche 2006 à Toronto. Elle a ensuite connu un grand succès en juillet dernier à IDEA 2007, le festival international des arts de la scène de Hong Kong. Le numéro du 25 juillet 2007 de Y File retrace la trajectoire du succès de la pièce et recense les autres prix et pièces à succès de Melissa Major.

Qu’est-ce qui pousse un auteur à donner au principal personnage de sa pièce le nom de « Quiche »? « Pour un auteur, les noms sont une façon de jouer avec le langage, dit Major, et donner à un personnage le nom d’un aliment peut signifier qu’il est destiné à la consommation. Le public consomme Quiche. » Ce traitement ludique de la nourriture est manifeste dans la scène où Quiche s’empiffre de toutes sortes de fromages, à la fois personne qui mange et personne mangeable…


Sasha Lukac et Melissa Major

Unicorn Horns n’est pas une pièce linéaire. Sa structure et son récit sont circulaires et ballottent les spectateurs entre personnages et événements. Plus nous nous enfonçons dans la spirale de l’expérience, plus l’histoire devient tragique. L’amour de Quiche pour le personnage totalement plat d’Alexander Alexandrovich serait risible dans le monde réel, mais tout l’univers de Quiche est plat, et dans ce microcosme, rien n’a besoin d’être raisonnable.

Major joue beaucoup sur le grotesque, avec des scènes qui suggèrent le sexe d’une manière à la fois drôle et repoussante. À la fin, rien ne va plus : qui est Quiche, homme ou femme (sa lèvre supérieure est ornée d’une moustache dessinée au crayon), est-il ou est-elle fou ou folle ou est-ce le monde qui l’entoure qui est fou? Toutefois, au fil de la progression de la pièce, la vraie nature du personnage se dévoile.

Lukac établit des parallèles avec Tchekhov et d’autres dramaturges russes. « La tragédie est une constante importante des pièces de Tchekhov, déclare-t-il, et c’est vrai également de Unicorn Horns. Sans tragédie, la pièce basculerait dans le non-sens. » Lukac et Major forment désormais une équipe de création et confirment que leur relation de travail est à la fois positive et inventive. Bien qu’il soit un metteur en scène chevronné titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université York (MFA 1995) et qu’il ait à son actif de nombreux succès en Europe et au Canada, Lukac affirme l’indépendance de Major dans la création de sa propre voix. Ce qui était une relation professeur-étudiante s’est transformé en un partenariat égalitaire. « Je suis très chanceuse que Sasha travaille à mes projets un peu fou – nous avons jusqu’à maintenant collaboré à plusieurs reprises, explique Major. Il possède un instinct très poussé de la mise en scène, ce qui aide à donner forme à la production. Et il lui vient des idées de scènes ridicules et hilarantes qui, d’une façon ou d’une autre, finissent toujours par être intégrées à la pièce. Il est convaincu que si nous trouvons quelque chose drôle, les autres trouveront ça drôle eux aussi. »

Major présente cette avant-première de Unicorn Horns à Glendon pour plusieurs raisons. Elle souhaitait partager ses connaissances et sa technique avec les actuels étudiants et les encourager en leur prouvant qu’il est possible de travailler dans le monde du théâtre avec la formation qu’ils reçoivent à Glendon. Elle voulait également persuader son public de venir voir le spectacle intégral au Theatre Passe Muraille, où elle s’est arrangée pour que les étudiants de Glendon obtiennent des billets à prix réduit.

« Je me suis retrouvée à Glendon presque par erreur, la plus belle « erreur » que j’aie jamais faite, plaisante Major. Je cherchais à entrer dans une école de théâtre, mais mes parents me poussaient vers quelque chose de plus « réaliste ». Elle a donc étudié la psychologie et l’art dramatique à Glendon, a terminé un baccalauréat avec spécialisation en 2004 et, poursuivant ses études, a obtenu un baccalauréat en éducation en 2007. Dans la foulée, elle a également appris à parler français couramment. « Et côté théâtre, je ne pourrais pas avoir été plus chanceuse... J’ai dû travailler sur plus de 20 productions pendant mon séjour à Glendon, dont six que j’ai écrites et produites moi-même. Glendon m’a donné la chance de jouer, d’expérimenter sur la scène. C’est sûrement un exemple d’apprentissage sur le tas, ce qui est rare en milieu scolaire. »

Pour ce qui est de gagner sa vie avec le théâtre, l’histoire de Melissa Major est semblable à celle de tant d’autres dramaturges et comédiens. Elle travaille à de nombreux autres aspects du théâtre, faisant notamment de la régie de plateau pour la pièce d’Andrew Lloyd Webber Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat qui sera présentée en décembre prochain par le Bathurst Street Theatre. L’extrait de Unicorn Horns présenté par Major à Glendon avait pour but d’inciter le public à voir la pièce intégrale. Selon son expérience, le théâtre de l’absurde est plus difficile à mettre en marché que d’autres formes de théâtre. « Malgré tout, il est impossible de séparer l’art des affaires, parce que quand vous faites de la création artistique, c’est toujours pour que les gens voient vos œuvres. Si vous ratez la seconde partie, vous avez également raté la première », explique Major.

La performance et l’allocution de Melissa Major ont été commanditées par la Playwrights’ Guild of Canada et par le Conseil des Arts du Canada.

Unicorn Horns, écrite et interprétée par Melissa Major et mise en scène par Aleksandar Lukac, est présentée au Theatre Passe Muraille, 16, avenue Ryerson, du 8 au 18 novembre. Elle est présentée en programme double avec Joe:The Perfect Man, écrite et interprétée par Rachelle Elie et mise en scène par Adam Lazarus. (Admission : 25 $ ou payez ce que vous pouvez; 416-504-7529). Les étudiants de Glendon doivent fournir une preuve d’identité pour obtenir un billet à prix réduit. Pour information, visitez le site www.cheshireunicorn.com; pour les billets : www.artsboxoffice.ca.

Article soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 14 novembre 2007