Un diplômé de Glendon à la tête des traducteurs pour Haïti

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Des Haïtiens fouillent les décombres à la suite du tremblement de terre du 12 janvier; les nombreux textos envoyés doivent être traduits pour les organisations humanitaires (photo du Programme des Nations Unies pour le développement)

Les photos, les vidéos et les récits de la destruction d’Haïti à la suite du tremblement de terre d’amplitude 7 qui a plongé le pays dans la tourmente, le 12 janvier, ont horrifié Nicholas Ferreira. Il a su très vite qu’il devait faire quelque chose.

Nicholas FerreiraÀ droite : Nicholas Ferreira

Cet étudiant de York, inscrit au programme de maîtrise en traduction de Glendon et traducteur professionnel, a décidé de rassembler sur Facebook un réseau de collègues traducteurs et d’interprètes de partout autour du monde, sous le nom Together we can find 100,000 translators and interpreters [« Ensemble nous pouvons trouver 100 000 traducteurs et interprètes »]. Les membres du réseau offrent leurs services aux gens qui sont sur le terrain à Haïti et qui doivent déchiffrer les milliers d’appels et de textos envoyés par les victimes et demandant du secours – dont certains proviennent de sous les décombres.

Dans les cinq premiers jours, plus de 550 professionnels de la langue et étudiants ont rallié le groupe pour offrir des services d’interprétation au téléphone ou d’autres formes d’aide linguistique à Haïti même. Depuis, le nombre de membres a grimpé à 837. La plupart offrent de l’aide à la traduction du créole, du français, de l’espagnol ou de l’anglais.

Mais ce n’est toujours pas suffisant. « Il y a des millions de gens qui ont besoin d’aide en Haïti, explique N. Ferreira. Le personnel médical arrive de tous les coins de la planète et a désespérément besoin de l’aide des interprètes pour donner des soins adéquats à la communauté haïtienne.

Au début, nous recevions des appels de personnes encore prisonnières des décombres. » Maintenant, dit-il, les messages viennent des familles haïtiennes qui tentent d’entrer en contact avec leur famille à l’étranger, ou qui cherchent de l’aide pour leurs parents des régions les plus durement touchées ou des alentours. « Nous avons traduit environ 15 000 messages.

Même si des traducteurs sont en route en ce moment vers Haïti pour offrir leur aide aux organisations humanitaires, nous avons absolument besoin de gens en ligne pour aider à traiter les milliers de textos envoyés par les Haïtiens grâce au service SMS gratuit d’information sur l’aide mis sur pied par le gouvernement et les entreprises de téléphonie numérique.

Nicholas Ferreira raconte qu’un message en particulier lui a brisé le cœur. « C’était d’un type qui essayait de contacter sa famille aux États-Unis. Il disait qu’il avait perdu tous les siens et que lui-même se mourrait, et qu’il voulait raconter à quelqu’un ce qui s’était passé. » Une autre fois, N. Ferreira a dirigé les secouristes vers une femme coincée dans un hôpital effondré qui avait pu envoyer un message disant qu’elle était vivante et qu’elle avait besoin d’aide.


À gauche : N. Ferreira visite des victimes de l’ouragan Katrina à l’Astrodome de Houston, au Texas

Les traducteurs bénévoles du réseau Facebook sont orientés vers un site Web où ils peuvent s’inscrire et avoir accès à des messages textes en créole. Si le message contient suffisamment de renseignements pouvant servir aux travailleurs des organisations humanitaires, il leur est transmis afin qu’ils interviennent. N. Ferreira indique également que certains membres se sont sans doute portés volontaires pour travailler sur le USNS Comfort, un bateau-hôpital de la marine états-unienne qui a besoin de 34 nouveaux traducteurs chaque mois.

Le besoin de traducteurs persistera même après que le plus fort de la crise se sera résorbé et que la reconstruction d’Haïti aura commencé. « À titre de professionnels de la langue, nous devons veiller à ce que [les Haïtiens] disposent de toutes les ressources nécessaires. Je n’arrêterai pas tant que nous n’aurons pas 100 000 traducteurs et interprètes prêts à aider, pas seulement pour la crise actuelle, mais dans de nombreuses autres situations comme celle-ci, partout sur la planète », déclare N. Ferreira.

Ce n’est pas la première fois qu’il participe à un mouvement de solidarité. À l’époque de l’ouragan Katrina, il vivait en Louisiane, où il travaillait comme ministre du culte auprès des jeunes. Après l’ouragan et l’inondation, il a consacré 12 mois au recrutement de 1 000 bénévoles pour l’aide humanitaire.

Article paru dans l’édition du 8 février de YFile


Publié le 9 février 2010