Les séances de la conférence de l’ACSUS tenues à Glendon jettent un nouvel éclairage sur les relations Ontario-Québec-États-Unis

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La 19e conférence biennale de l’ACSUS (Association des études canadiennes aux États-Unis) s’est tenue du 14 au 18 novembre 2007 à l’Hôtel Westin Harbour Castle de Toronto, sous le titre Toronto, Ontario, Canada : Un exemple pour le 21e siècle. La majorité des séances ont eu lieu à l’Hôtel Westin, sauf deux qui se sont tenues le 15 novembre sur le campus Glendon. Les thèmes abordés lors de ces séances présentaient un lien direct avec le caractère bilingue de Glendon et les relations qu’entretient l’établissement avec les études canadiennes et québécoises.

L’hôte de l’après-midi était le principal du Collège, M. Kenneth McRoberts, politologue qui a consacré sa carrière à l’étude du bilinguisme et de l’unité canadienne et membre du panel de la première séance. « L’ACSUS étudie les relations provinciales et intergouvernementales, a noté M. McRoberts. La conférence de cette année, qui a lieu à Toronto, ajoute une dimension nouvelle aux discussions, en permettant un examen plus attentif des relations Ontario-Québec et des interactions entre le Canada et les États-Unis. »

Intitulée Les relations interprovinciales Ontario-Québec, la première séance était modérée par Diddy R. M. Hitchins, MBE, présidente de l’ACSUS, professeure de science politique et directrice des Études internationales et canadiennes à la University of Alaska, Anchorage.

Le principal McRoberts a ouvert la discussion en faisant un bref survol de Glendon, son approche unique du bilinguisme et la mission que s’est donnée l’établissement de préparer les futurs leaders de la société canadienne. Pour souligner l’intérêt historique de Glendon pour les questions touchant les deux provinces, il a mentionné la création en 2001 de la première chaire d’études québécoises au Canada anglophone.

Dans un aperçu plus large, M. McRoberts a exposé à grands traits la relation entre les deux provinces, leurs intérêts communs au plan des politiques commerciales et tarifaires et leur position historique en tant que piliers de la Confédération. Il a parlé de « l’âge d’or » de leur collaboration, dans les années soixante, et d’une entente officielle qui a mené, en 1969, à la création d’une commission permanente de coopération culturelle. Soulignant un détail à caractère local, M. McRoberts a fait remarquer qu’en 1989, cette commission avait célébré son 20e anniversaire à Glendon. « Toutefois, au milieu des années 1990, l’Accord de libre-échange a changé l’économie du pays, et les intérêts des deux provinces ont divergé », a indiqué M. McRoberts. Avec l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois en 1994 et le référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, le climat politique a changé, entraînant une dissolution générale de la collaboration interprovinciale. « Même s’il se dessine graduellement un certain mouvement de rapprochement entre les deux provinces, il manque l’infrastructure des débuts et le sentiment que le Québec et l’Ontario sont les piliers de notre pays », a conclu M. McRoberts.

Le deuxième panéliste était Jean-Marc Lalonde, député de la circonscription ontarienne de Glengarry-Prescott-Russell, qui siège à l’assemblée législative provinciale depuis 1995. M. Lalonde est un ardent défenseur des droits des francophones en Ontario et de l’équité dans les pratiques commerciales interprovinciales.

M. Lalonde a décrit brièvement le déséquilibre historique en matière de droit au travail entre les ouvriers de la construction du Québec et de l’Ontario : les travailleurs québécois, qui étaient syndiqués, étaient libres de chercher de l’emploi en Ontario, alors que leurs homologues ontariens, non syndiqués, n’étaient pas autorisés à travailler au Québec. Menant campagne sous le slogan La justice n'est pas à sens unique, M. Lalonde a considérablement contribué à l’élaboration d’une entente signée en juin 2006 par le premier ministre québécois, Jean Charest, et le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, permettant le libre mouvement des travailleurs de la construction dans les deux directions.

Jean-Marc Lalonde a souligné qu’il restait encore de nombreuses questions non résolues entre les deux provinces. Il a donné l’exemple de la non-transférabilité de la couverture des soins de santé, qui entraîne une période d’attente de trois mois pour les personnes qui déménagent d’une province à l’autre. Il a également donné l’exemple du respect rigide des districts scolaires. Dans les régions rurales, cette obligation force des élèves qui vivent à proximité d’une école de la province voisine à fréquenter l’école dont ils relèvent officiellement et à parcourir, pour ce faire, de très longues distances chaque jour.

« Malgré tout, il y a également eu des progrès significatifs dans les ententes interprovinciales sur certaines questions », a déclaré M. Lalonde. Présentement, le Québec et l’Ontario se communiquent l’une à l’autre les infractions routières et autres infractions criminelles et font exécuter les condamnations qui en découlent. Dans l’industrie de la construction, les deux provinces échangent dorénavant les rapports sur les accidents, les malfaçons et les travaux inachevés, une pratique qui, finalement, contribue à la protection des consommateurs.

Le deuxième panel était constitué d’Yves Castonguay, secrétaire adjoint aux affaires intergouvernementales au gouvernement du Québec, et de Wendy Noble, sous-ministre adjointe à la coordination des politiques intergouvernementales, ministère des Affaires intergouvernementales de l’Ontario.

Selon M. Castonguay, la relation entre les deux provinces a toujours été très importante et, contrairement à l’image publique qui les présente davantage comme des adversaires et des compétiteurs, l’Ontario et le Québec ont beaucoup en commun et peuvent faire fond sur un long passé de collaboration. « Même si elles n’ont pas toujours les mêmes objectifs, il y a toujours eu des liens étroits entre les deux provinces, a déclaré Yves Castonguay, et on peut faire état de nombreux exemples de coopération bilatérale et multilatérale. » Parmi ces exemples, mentionnons l’exploitation des ressources naturelles et les affaires francophones. L’Ontario et les É.-U. ont toujours été les principaux partenaires économiques du Québec, ce que confirment les nombreux partenariats commerciaux existants. « De plus, l’Ontario et le Québec toutes les deux face à des problèmes de population vieillissante et de diminution de la main-d’oeuvre, qui entraînent des pénuries d’effectifs dans de nombreux secteurs », a ajouté M. Castonguay. En outre, l’Ontario a la plus importante minorité francophone au pays, d’où un grand nombre d’échanges et de discussions officielles sur des sujets comme les garderies, l’éducation et les soins de santé. Il a conclu en déclarant que même si « … nous avons parfois eu des différends, notre histoire est en très grande partie faite de coopération, de partenariats et d’alliances. »

Dans ses fonctions de sous-ministre adjointe à la coordination des politiques intergouvernementales, Wendy Noble est chargée d’officialiser les relations de travail entre l’Ontario et le Québec, aux niveaux ministériel et administratif. « Du fait que les deux provinces partagent une frontière et une histoire, elles partagent aussi plusieurs problèmes, a expliqué Mme Noble, et il est dans leur intérêt de raviver et de redéfinir les ententes antérieures. » En 2004, le gouvernement McGuinty, en Ontario, et le gouvernement Charest, au Québec, ont annoncé leur intention de collaborer à des initiatives bilatérales visant les populations. Depuis, un protocole a été produit en vue d’établir un cadre de coopération. En plus de l’Entente entre l’Ontario et le Québec sur la mobilité de la main-d’œuvre, des ententes de coopération ont été conclues dans neuf secteurs : transport, environnement, foresterie, tourisme, assistance mutuelle en situation d’urgence, soins de santé, technologie, art et culture et affaires francophones. De nouveaux secteurs de coopération sont en discussion, notamment les services sociaux et aux jeunes et l’immigration.

La deuxième séance de l’après-midi, intitulée Les relations économiques Ontario-Québec-États-Unis, était modérée par Charles Doran de la School of Advanced International Studies (Johns Hopkins University). M. Doran a présenté les quatre membres du panel, en commençant par Louis Balthazar, professeur émérite au Département de science politique de l’Université Laval et président de l’Observatoire sur les États-Unis, Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Université du Québec à Montréal.

M. Balthazar a parlé de l’effritement, au Québec comme dans le reste du monde, de l’immense vague d’empathie envers les É.-U. qui a suivi la tragédie du 11 septembre 2001, effritement qui est le fruit de l’obsession des Américains pour la sécurité et de l’intensification de leurs tendances isolationnistes et bellicistes. Alors qu’avant le 11 septembre, le Québec souhaitait vivement faire du commerce avec les États-Unis, plusieurs problèmes importantes ont modifié cette attitude positive, notamment la question du bois d’œuvre résineux, les difficultés au passage de la frontière, l’éclatement de la bulle de la haute technologie et le ralentissement de l’économie américaine. Aujourd’hui, le Québec a plus d’échanges commerciaux avec le reste du Canada qu’avec les É.-U., et son principal partenaire commercial est l’Ontario. « Même si certaines ententes existent avec l’Europe et le Mexique, le Québec demeure fortement défini par sa géographie et fermement positionné en Amérique du Nord pour le commerce dans ses domaines d’excellence : information et biotechnologie, produits pharmaceutiques et aérotechnologie », a expliqué M. Balthazar.


Daniel Schwanen, directeur de l'exploitation et directeur à la recherche au Centre for International Governance Innovation de Waterloo, en Ontario, a ensuite abordé certains problèmes commerciaux qui opposent les É.-U., l’Ontario et le Québec. « Les effets du libre-échange et les changements dans les communications et l’infrastructure de transport canadienne ont considérablement favorisé le commerce nord-sud par rapport au commerce est-ouest », a expliqué M. Schwanen. Pourtant, de nombreux problèmes liés à la mobilité transfrontalière de la main-d’œuvre se posent, des problèmes comme la couverture des soins de santé, la réglementation du travail, la reconnaissance professionnelle, la réinstallation des familles et l’éducation. Le resserrement de la mobilité transfrontalière vers les États-Unis a suscité une prise de conscience : nous partageons beaucoup de points communs à l’intérieur même du Canada : notre interdépendance économique, notre devise, nos institutions, notre idée de la concurrence loyale, nos politiques sur les investissements à l’étranger, notre code criminel et notre citoyenneté. « Ces principes communs nous unissent en tant qu’entités politiques et nos échanges commerciaux avec les États-Unis ne mettent pas en danger notre statut en tant que pays », a conclu M. Schwanen.

Selon Malika Dehraoui, directrice des affaires économiques au Bureau du Québec à Toronto (gouvernement du Québec) et spécialiste des questions concernant le secteur privé, les principaux partenaires commerciaux du Québec sont les É.-U., le reste du Canada, en particulier l’Ontario, et, sur une échelle beaucoup plus modeste, l’Europe, l’Amérique du Sud, l’Afrique et le Moyen-Orient. Une grande partie des exportations québécoises concernent l’industrie de la haute technologie. « Les défis que doivent relever les exportateurs canadiens vers les États-Unis sont les rigoureuses mesures de sécurité instaurées par notre voisin du sud, la relation entre le dollar canadien et le dollar américain, la diversification des marchés et les barrières commerciales », a déclaré Mme Dehraoui. Quant aux importations vers les Québec, les principaux fournisseurs de la province sont l’Ontario, les É.-U. et l’Europe.

Le dernier panéliste de l’après-midi a été Michael Kergin, ancien conseiller spécial pour le premier ministre de l’Ontario sur les questions frontalières et ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis. « La prospérité de l’Ontario dépend de la réussite économique future de l’Amérique du Nord et de la façon dont les Nord-Américains traitent les uns avec les autres et font face aux défis en rapide évolution, a dit M. Kergin. Il a confirmé la difficulté de composer avec la mobilité des biens et de la main-d’œuvre depuis le 11 septembre 2001, reconnaissant l’importance de protéger notre sécurité et nos frontières – y compris dans l’Arctique. Il a déclaré qu’en raison de sa présence militaire en Afghanistan, le Canada pourrait être une cible pour le terrorisme. « Les mesures de sécurité et le commence ne sont pas incompatibles, a-t-il commenté. Nous devons trouver un équilibre entre des frontières sûres et une économie efficace. » Il a parlé de la nécessité d’améliorer les infrastructures de transport, tout en faisant l’éloge de certaines nouvelles initiatives mises en œuvre, comme les corridors commerciaux de Detroit et Niagara. « L’Ontario et les autres provinces ont des rôles importants à jouer dans l’élaboration de mesures de sécurité et de collaboration avec les autorités américaines, a ajouté M. Kergin. Rendre le passage des frontières plus fluide pour le commerce et la fabrication est d’une importante cruciale pour la réussite économique. »

Comment l’Amérique du Nord compose-t-elle avec un marché mondial en rapide évolution? « Pas en renforçant les frontières, a-t-il répondu. L’Ontario – et le reste du Canada – ont beaucoup à offrir au commerce mondial. Nous avons la technologie, les ressources, une main-d’œuvre éduquée, ce qui nous fournit les outils nécessaires pour compétitionner sur les marchés émergents en Asie et en Amérique du Nord. »

À propos de l’ACSUS

L’Association des études canadiennes aux États-Unis (ACSUS), une association pluridisciplinaire d’universitaires, de professionnels et d’établissements d’enseignement, s’efforce d’améliorer la compréhension du Canada aux États-Unis. Fondée en 1971, elle encourage les activités académiques en études canadiennes, facilite les échanges d’idées entre canadianistes aux États-Unis, au Canada et dans d'autres pays, fait la promotion de l’enseignement du Canada aux États-Unis et du Canada comme sujet d'intérêt académique. La conférence biennale de l’Association se veut une tribune de discussions scientifiques pluridisciplinaires et un lieu de réseautage entre collègues des États-Unis, du Canada et des autres pays du monde.

Les séances de la conférence de l’ACSUS tenues cette année à Glendon ont été rendues possibles grâce aux généreuses contributions du ministère des Affaires intergouvernementales (gouvernement du Québec), du Bureau du Québec à Toronto, de l’ACSUS, de l’Université York et de l’École des affaires publiques de Glendon.

Article soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 29 novembre 2007