Une politique étrangère du Canada envers le Moyen-Orient qui tiendrait compte des changements climatiques…

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Ça ressemblerait à quoi? Telle a été la question abordée par Stuart Schoenfeld (à droite), professeur de sociologie à Glendon, lors de sa récente conférence publique du 26 février. Dans cette allocution, dernière en date d’une série de fascinants exposés de recherche organisée par le Groupe de recherche de Glendon sur les affaires publiques et internationales (GRGAPI), M. Schoenfeld s’est penché sur les grands enjeux à résoudre au Moyen-Orient, se concentrant non pas sur les thèmes maintes fois abordés des frontières et des réfugiés, mais sur les questions de plus en plus urgentes que sont l’approvisionnement en eau et le bouleversement des conditions de vie imputable aux changements climatiques.

M. Schoenfeld fait de la recherche sur les questions environnementales depuis dix ans, mais ce n’est que récemment qu’il a commencé à s’y intéresser sous l’angle de la politique étrangère canadienne. « Avec la notable intensification des changements climatiques, ces questions se font de plus en plus urgentes et ne peuvent plus être ignorées », a expliqué le professeur Schoenfeld. Les données nécessaires à son projet de recherche proviennent du 4e Rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), rédigé à la suite de la conférence de Bali en 2007. Ce rapport confirmait que la Méditerranée est déjà l’une des régions les plus sèches au monde. On s’attend à ce que le réchauffement et la rareté des précipitations s’y intensifient au cours des prochaines années.

La recherche de Stuart Schoenfeld examine quatre questions : les projections des changements climatiques pour la région, les plans mis en place pour faire face à ce problème, définir les raisons pour lesquelles ces plans sont inadéquats et formuler, en tenant compte de cette situation, des recommandations aux artisans de la politique étrangère du Canada. Selon le chercheur, les gouvernements des secteurs les plus touchés – Israël, Jordanie et Territoires palestiniens – sont parfaitement au courant que les projections laissent prévoir une diminution appréciable des précipitations et une importante augmentation des sécheresses estivales.

Ces pays font de réels efforts pour relever les défis que leur posent ces changements. Israël travaille à différentes initiatives : plans d’usines de dessalement, projets de plantation d’arbres, propositions visant la mise sur le marché de véhicules électriques (pour réduire les émissions nocives) et développement de l’énergie solaire. Le gouvernement propose également des plans pour pomper de l’eau dans la mer Morte, en train de disparaître lentement, et de pomper l’eau des sources souterraines qui alimentent la mer de Galilée et le Jourdain. Bon nombre de ces projets, toutefois, en sont encore au stade de la planification et non à celui de la mise en œuvre, et ces pays ont besoin d’aide et de ressources afin d’accélérer la cadence de leurs efforts.

Les problèmes de la région sont complexes aux plans écologique et politique. Les sources d’eau de la Jordanie sont à l’extérieur des limites de son territoire, ce qui en fait un pays soumis à des stress hydriques. Le pays compte beaucoup sur la pluie pour constituer ses réserves d’eau, mais le réchauffement climatique pourrait réduire considérablement cette source. Malgré tout, on voit des signes encourageants de collaboration. Les plans de paix entre Israël et la Jordanie affirment qu’Israël transférera de l’eau vers la Jordanie lors des périodes de sécheresse. Israël et les Territoires palestiniens travaillent également à des plans en vue de la création d’une commission mixte de l’eau afin d’assurer une meilleure distribution des approvisionnements en eau.

Pourquoi donc M. Schoenfeld est-il si convaincu que ces plans sont inadéquats? Il souligne la très rapide croissance des populations jordanienne et palestinienne, croissance qui entraînera probablement l’intensification des revendications liées à l’eau et au territoire. Parallèlement, avec une population plus nombreuse, il faudra un territoire plus vaste pour construire des habitations et des infrastructures, ce qui entraînera une ponction plus grande dans des ressources déjà limitées. La population à revenu moyen d’Israël, qui exige un niveau de vie comparable à celui des Européens, consomme davantage de ressources (incluant l’eau) que ses voisines. Une consommation plus élevée génère des taux de pollution plus élevés, ce qui a une incidence sur la qualité de l’eau. Des secteurs comme Gaza ne disposant pas de stations adéquates pour le traitement des eaux usées, il s’ensuit de graves problèmes environnementaux. En outre, les nombreuses guerres qui ont touché la région ont dégradé l’environnement. Les tirs de roquettes ont détruit une bonne partie des forêts de la région et en raison des combats en cours, il est difficile de mettre en œuvre des plans de gestion ou de restauration des ressources.

M. Schoenfeld a fait remarquer que les programmes politiques ne semblent pas accorder une priorité très élevée aux questions liées à l’eau. La communauté internationale s’intéresse davantage aux frontières, aux réfugiés, aux Palestiniens déplacés et à la ville de Jérusalem. Ayant fait partie d’un groupe de travail international sur l’eau pendant plusieurs années, Stuart Schoenfeld est en mesure de formuler un certain nombre de recommandations en vue d’une sensibilisation active du Canada aux questions environnementales connexes. Celles-ci incluent une présence accrue dans le secteur diplomatique avec Israël et les Palestiniens concernant l’amélioration des infrastructures et des conditions de vie, par l’intermédiaire de l’ACDI (Agence canadienne de développement international) et du CRDI (Centre de recherches pour le développement international).



« L’un des principaux obstacles auxquels se heurtent ceux qui cherchent à résoudre les problèmes liés aux changements climatiques est l’absence d’approche régionale unifiée et le manque d’intégration des projets nationaux, a déclaré M. Schoenfeld. Les politiques internationales du Canada devraient reconnaître l’importance de ces problèmes et promouvoir une approche régionale : le partage des plans, des ressources, de la technologie et de l’expertise. »

Plusieurs organisations existantes collaborent déjà à des activités transfrontalières de recherche sur les questions liées à l’eau. L’une d’entre elles est le Centre israélo-palestinien pour la recherche et l'information (Israel-Palestine Center for Research and Information – IPCRI) qui, avec son département pour les questions relatives à l’eau et à l’environnement, met en commun l’expertise sur les questions liées à l’eau. Les Amis de la Terre Moyen-Orient ont lancé le projet « La bonne eau fait les bons voisins » en 2001 pour accroître la sensibilisation aux problèmes qu’ont en commun les Palestiniens, les Jordaniens et les Israéliens en ce qui concerne l’eau. L’Institut Arava d’études environnementales, un centre régional situé au kibboutz Ketura, dans la partie sud de la vallée de l’Arava en Israël, prend diverses mesures (programmes d’études, recherches, participation du public) pour garantir le développement durable à l’échelle régionale et mondiale. Un rayon d’espoir : des Juifs, des Arabes, des Canadiens et des participants de tous les coins du monde se réunissent à Arava pour étudier, faire de la recherche et apprendre à mieux se connaître les uns les autres. Avec ses politiques internationales, le Canada pourrait jouer un rôle de chef de file en s’efforçant de promouvoir et d’appuyer ces organisations et leurs activités.

« La pénurie d’eau est dangereuse pour la sécurité publique, a dit le professeur Schoenfeld. La gestion des ressources par chaque État est risquée. Une approche régionale est plus gérable et plus équitable. » Selon lui, le Canada a un rôle important à jouer sur ces questions, parce qu’il jouit d’une plus grande confiance sur la scène internationale que la plupart des pays, y compris les États-Unis. « Les politiques de notre pays doivent refléter l’évolution du programme d'action international qui était autrefois axé sur la guerre froide et d’autres préoccupations politiques et qui porte maintenant sur les nouveaux risques environnementaux auxquels le monde est confronté, la pénurie d’eau étant l’un des plus importants. »

À propos de Stuart Schoenfeld

Stuart Schoenfeld est professeur agrégé de sociologie aux Départements de sociologie et d’études canadiennes de Glendon. Il est titulaire d’une M.A. et d’un Ph.D. de la Case Western Reserve University (Cleveland, Ohio), et d’un B.A. de la Loyola University (Chicago, Illinois). Il se spécialise en environnement, religion, mondialisation, théorie sociale, sociologie de la religion, changement socioculturel et projections socioculturelles et diversité canadienne. Pour plus d’information sur la participation du professeur Schoenfeld à des recherches et sur ses publications, veuillez consulter son site Web : http://glendon.yorku.ca/stuartschoenfeld.

Pour plus d’information sur le Groupe de recherche de Glendon sur les affaires publiques et internationales (GRGAPI) et ses activités, visitez le site Web du groupe : http://www.glendon.yorku.ca/francais/faculte/centresderecherche/api/index.html.

Article soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 6 mars 2008