Dom Juan en visite à Glendon

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La traversée mystérieuse d’un tunnel qui débouche dans un château... C’est la demeure de Dom Juan, où les spectateurs sont menés par ses nombreuses amantes, chacune clamant être aimée de lui, elle seule.

C’est ainsi que le public est accueilli au Théâtre Glendon pour assister à sa plus récente production, Dom Juan, une pièce de M. Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière. Des acteurs sont déjà sur la scène, en train de discuter, de se battre, de s’exercer à diverses cabrioles : une reconstitution d’autant plus fidèle de l’espace de la représentation au 17e siècle (moins les poules, les chevaux et les vendeurs ambulants) que les spectateurs y déambulent également.

À droite : Molière

Dom Juan ou le Festin de pierre est une pièce inspirée du légendaire libertin espagnol, transposée sans ambages en territoire français. Après L’École des femmes et Tartuffe, elle constitue la dernière partie de la trilogie de Molière ayant pour thème l’hypocrisie. Destinée inconstante que celle de cette œuvre, qui fut l’objet des critiques passionnées des contemporains parce qu’on la considérait comme offensante à la fois pour l’Église et pour le roi, et qui fut retirée de l’affiche après seulement quelques représentations. Remaniée, édulcorée, versifiée, la pièce connut un second souffle après la mort de Molière. La version originale en prose, que l’on peut entendre du 17 au 20 mars à Glendon, a dû attendre la fin du 19e siècle pour être rejouée.

La mise en scène sobre et élégante est un coup de génie, le support idéal pour chacune des scènes. La tenue de soirée moderne des « messieurs » est une façon habile de recréer le 17e siècle sans investir dans des costumes d’époque recherchés. N’oublions pas que la production s’inscrit dans le contexte d’un cours d’art dramatique de Glendon (le GL/DRST 2615), et que pour cette raison, de nombreux rôles masculins sont tenus, de façon tout à fait convaincante d’ailleurs, par des femmes. Jouant d’astuce, le metteur en scène a réussi à donner un rôle à chaque étudiant du groupe, en doublant certains rôles mineurs – deux Charlotte et deux Pierrot, par exemple. Quant aux acteurs, le travail ardu et l’énorme concentration qu’ils ont manifestement investis dans la pièce portent leurs fruits. Chacun connaît son texte sur le bout des doigts. Chacun habite son personnage et véhicule clairement le sens de la pièce, avec humour. La trame sonore obsédante, exaltée, et les battements de coeur palpitants qui présagent le danger appuient l’action de manière extrêmement efficace.

Le metteur en scène de cette production est le magistral Guillaume Bernardi (à gauche), professeur d’art dramatique à Glendon, mais aussi metteur en scène talentueux et très acclamé dans le monde du théâtre (lire l’article). « Au début des cours, en septembre, j’ai annoncé aux étudiants que nous jouerions du Molière, une pièce en un acte, peut-être en trois, écrit-il dans le programme. Ça me semblait déjà assez ambitieux. Six mois plus tard, nous voici devant vous, spectateurs, avec une pièce en cinq actes qui a la réputation d’être l’une des plus difficiles de l’auteur. »

Porté par les idées et les encouragements de G. Bernardi, ce groupe d’étudiants majoritairement anglophones, à l’enthousiasme vertigineux, a réussi à raviver encore une fois la légende de Don Juan, dans un français très clair, piqué en temps opportun d’accents régionaux. Tout y est : combats à l’épée, moments comiques, et les frissons attendus au moment où la statue de pierre du Commandeur entraîne l’athée impénitent en enfer.



Un article proposé par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 20 mars 2008