Mouvements sociaux et changements politiques récents en Bolivie

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Que se passerait-il si, un jour, les peuples autochtones du Canada formaient un parti politique et remportaient une élection générale, et que le Canada avait un premier ministre autochtone? Et qu’adviendrait-il si ce nouveau gouvernement cessait de brader les ressources naturelles du pays – pétrole, gaz, eau, bois et richesses minières – aux compagnies étrangères les plus offrantes, et intégrait dans ses relations internationales des valeurs appuyant des objectifs prioritaires comme la suppression de la pauvreté, la protection de l’environnement, le commerce équitable et le respect des peuples autochtones et de leurs terres?

Eh bien, voilà ce qui s’est passé en Bolivie, en décembre 2005, avec l’élection du président Evo Morales (à gauche), un producteur de feuilles de coca. Ayant remporté 54 % des voix, M. Morales est devenu le premier président autochtone du pays – un événement sans précédent dans l’histoire de la Bolivie.

Le 23 octobre, dans la salle du Sénat de Glendon, Alberto Camacho, l’un des grands syndicalistes de la Bolivie, a présenté les événements qui ont conduit à cette élection historique et les raisons profondes de la victoire de M. Morales. M. Camacho, un autochtone de la ville de Cochabamba, est aussi un conseiller du président Morales.

M. Camacho a parlé de la vie difficile des Boliviens dans les années 90 et au début des années 2000, alors que le pays était dirigé par une succession de gouvernements oligarchiques voués à la privatisation des ressources naturelles du pays. Cependant, lorsqu’une société espagnole affiliée à la Corporation Bechtel a tenté de privatiser le réseau d’eau de Cochabamba en 2000, la population a manifesté dans la rue et obligé le gouvernement à revenir sur sa décision. Evo Morales, qui était actif dans l’organisation du secteur de la production de feuilles de coca, est devenu le leader de la résistance populaire et a formé le parti politique MAS (Mouvement vers le socialisme) qui a remporté les élections en 2005. Le 1er mai 2006, le nouveau gouvernement a nationalisé les grands secteurs de l’économie pour redistribuer les richesses et le pouvoir du pays. En outre, des changements importants concernant les politiques linguistiques sont en cours, avec la désignation des langues autochtones, l’aymara et le quechua, comme langues officielles à la place de l’espagnol.




M. Camacho a été l’un des leaders d’une marche historique vers la capitale, La Paz, qui a contraint le gouvernement à négocier des ententes de commerce équitable avec les sociétés étrangères exploitant les ressources naturelles de la Bolivie. Son voyage au Canada, parrainé par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, visait à mieux faire comprendre aux Canadiens la situation de la Bolivie, par le biais de conférences à l’attention des syndicalistes, des jeunes et des groupes universitaires s’intéressant à l’Amérique latine. M. Camacho s’est dit particulièrement heureux de la grande participation des étudiants de Glendon. Il compte rapporter au président Morales l’affiche annonçant en espagnol sa conférence à Glendon, comme preuve de l’intérêt du Canada pour l’actualité en Bolivie.

Cet article a été écrit par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon.


Publié le 4 décembre 2006