Conversazione fait découvrir les recherches des membres du corps professoral de Glendon

Share

Conversazione, la série de présentations données le midi par des membres du corps professoral de Glendon, a récemment porté sur deux sujets de recherche très différents : l’historique de l’Hispanisme et « Le monde de Ralph ».

Le 7 mars, le professeur Jerzy Kowal, directeur par intérim du Département d’études hispaniques de Glendon, a présenté une vue d’ensemble de l’histoire des Études hispaniques au Canada. Tout d’abord, il a défini l’Hispanisme comme « l’étude de la langue, de la littérature et de l’histoire de l’Espagne par des étrangers ». L’utilisation de ce terme prend depuis peu de l’ampleur en raison de l’expansion extrêmement rapide des Études hispaniques en Amérique du Nord. M. Kowal a donné un aperçu des programmes d’études portant sur la langue et la culture espagnoles dans le monde, s’arrêtant brièvement sur la situation en France, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux États-Unis, avant de parler en détail des activités dans ce domaine au Canada.

Après avoir indiqué que l’Université de Toronto a été la première au Canada à inclure les Études hispaniques dans ses programmes en 1853, M. Kowal a divisé l’évolution de l’Hispanisme en quatre périodes allant de 1853 à nos jours. Chacune de ces périodes a été le résultat d’importants événements politiques – comme les deux guerres mondiales et l’arrivée des
baby-boomers – ayant parfois eu des conséquences intéressantes. M. Kowal a expliqué que les événements de la Première guerre mondiale ont causé des préjudices à l’égard de tout ce qui concernait l’Allemagne, d’où un déclin important de l’étude de l’allemand et de la culture allemande dans les universités canadiennes. Les Études hispaniques ont profité de ce déclin et le nombre d’étudiants et de cours offerts dans cette discipline a augmenté.

M. Kowal a rapporté des anecdotes pittoresques concernant des figures marquantes de l’Hispanisme, comme l’histoire de James (Giaccomo) Forneri et de son parcours détourné avant d’être nommé premier directeur du Département de langues modernes à University College (U. of T.) en 1853. Originaire d’un village situé près de Turin (Nord de l’Italie), M. Forneri était avocat de formation; il avait fait la guerre avec l’armée de Napoléon en Allemagne, avait échappé à l’exil en Sibérie, avait été membre d’une société secrète qui luttait pour la libération de Barcelone, et avait fui en Grande-Bretagne où il était devenu professeur d’italien. Il était venu en Nouvelle-Écosse dans le cadre d’un contrat d’enseignement et avait décidé d’aller en Australie une fois son contrat terminé. C’est à ce moment-là que Lord Elgin lui a proposé d’établir le premier Département de langues modernes à l’Université de Toronto. On connaît la suite de l’histoire… M. Kowal a décrit les contributions d’autres personnages éminents de l’Hispanisme, dont Milton Buchanan, qui a assumé la direction du Département de langues modernes de l’U. de T. à partir de 1917 et Emilio Goggio qui a repris son approche en 1964. La création de l’ACH (Association of Canadian Hispanists), la même année, a fourni à la communauté de chercheurs et d’universitaires un cadre de fonctionnement très précieux.

Après avoir présenté sa vision de l’avenir des Études hispaniques au Canada, M. Kowal a décrit le projet sur lequel il travaille actuellement, à savoir la compilation d’une histoire détaillée des Études hispaniques au Canada et dans le monde. Cette compilation portera aussi sur la naissance, les divers champs d’études, les réalisations, les défis et l’avenir de cette discipline. « La première vague de professeurs qui a établi le programme moderne [au milieu des années 60] est sur le point de prendre sa retraite, a dit M. Kowal. Comme dans tous les domaines, il est important de garder des traces de l’évolution de ce champ d’études pour que les générations à venir aient des informations sur le passé. » M. Kowal souhaite publier un livre de cours qui pourrait être utilisé non seulement au Canada, mais aussi en Espagne et ailleurs dans le monde.

Le 22 mars Conversazione a accueilli Josée Bergeron, professeure adjointe au Département de science politique. Celle-ci a présenté une analyse de la situation politique actuelle en Alberta portant le titre humoristique « Ralph et moi ». Avant de se joindre à Glendon où elle enseigne les sciences politiques depuis trois ans, Mme Bergeron a fait partie du corps professoral de l’Université de l’Alberta pendant sept ans. Spécialisée dans les médias et la politique, ainsi que dans la restructuration sociopolitique de l’état, elle est particulièrement bien placée pour discuter de ce sujet.

Mme Bergeron a décrit l’énorme victoire des Conservateurs aux élections provinciales de mars 2001, où ils ont remporté 74 sièges sur 83 sièges. Immédiatement après cette élection, Ralph Klein s’est dit très satisfait que son mandat, obtenu avec une écrasante majorité, soit reconduit, précisant que ce sera le plus long mandat – plus de onze ans – d’un premier ministre dans toute l’histoire du Canada. Le soir même, il a fait une déclaration époustouflante à ses partisans dans laquelle il a répété trois fois : « Bienvenue dans le monde de Raph! ». L’arrogance de cette phrase a incité Mme Bergeron à étudier ce « monde » pour pouvoir le définir et déterminer quel sera l’héritage laissé par M. Klein quand il prendra sa retraite en 2007.

Comme on entend beaucoup parler de l’énorme richesse de l’Alberta, Mme Bergeron a voulu fait découvrir au public la manière dont le gouvernement de M. Klein dépense cette richesse et quels segments de la société albertaine en profitent. Elle a expliqué que la population de l’Alberta a plus que quadruplé depuis le début des années 40 et que la société, auparavant largement agricole, est aujourd’hui essentiellement urbaine. Elle a précisé que les circonscriptions électorales favorisent considérablement la population rurale, un facteur important pour expliquer le succès durable de M. Klein et de son parti, étant donné l’insatisfaction générale de la population urbaine face aux services sociaux et de santé, aux transports locaux et au système d’écoles publiques.

Tout au long de l’histoire du Canada, l’Alberta, ainsi que les autres provinces des Prairies et de l’Ouest, se sont senties éloignées du centre du pouvoir au Canada. Les Albertains se sentent encore exclus des décisions d’Ottawa et demandent une plus grande représentation dans les institutions fédérales ainsi que davantage d’autonomie dans les décisions concernant leur province. Que ces plaintes soient fondées ou non, il ne fait aucun doute que M. Klein et son gouvernement ont attisé ces sentiments d’hostilité pour se donner un avantage politique.

À la suite de la baisse des réserves de pétrole causée par la crise de l’OPEP et la révolution iranienne dans les années 70, le gouvernement canadien a commencé à explorer les ressources du pays dont l’exploitation était jugée jusque là non rentable. L’Alberta possède 70 % des gisements de houille du Canada et a des gisements de sables bitumeux – une importante ressource qui n’avait pas encore être exploitée. Le gouvernement fédéral a pris des mesures pour contrôler l’exportation du pétrole afin que le Canada dispose de réserves suffisantes pour satisfaire ses besoins; en 1973, il a créé la société PetroCan chargée d’explorer et d’exploiter les sables bitumeux de l’Alberta. Ces mesures ont été fortement critiquées par le gouvernement provincial de l’Alberta qui accuse Ottawa de se mêler de questions provinciales.

Mme Bergeron a parlé d’un autre grand sujet de contestation en Alberta, à savoir la restructuration du rôle du gouvernement provincial dans les services de santé. S’inspirant du modèle américain pour « réinventer le gouvernement », le gouvernement de M. Klein a réduit les coûts de fonctionnement du gouvernement en diminuant considérablement sa taille, son rôle et son influence. En outre, M. Klein a entrepris de supprimer l’impôt sur le revenu, d’accroître la privatisation dans le secteur de la santé et dans d’autres services, et de transférer des pouvoirs – notamment l’autorité de prendre des décisions – à de hauts fonctionnaires comme les ministres du cabinet, sans qu’il y ait de contrôle de la part du public.

Mme Bergeron a donné un aperçu des conséquences désastreuses de quelques unes des actions de M. Klein, comme la réduction de 21 % de la contribution financière du gouvernement aux services de santé, laquelle nuit gravement au bon fonctionnement du système. Puis après avoir déterminé que le système de services de santé coûte trop cher et est inefficace, M. Klein a entrepris de le privatiser. Son gouvernement a aussi fermé les écoles maternelles publiques et réduit le salaire des médecins et des fonctionnaires. On se demande donc comment sont dépensés les revenus provenant du pétrole.

Selon la conclusion de Mme Bergeron, le « monde de Ralph » n’est pas le même pour tous les Albertains et ceux qui ont le plus besoin d’aide et de services sont les moins bien servis. Au nom de sa « nouvelle idéologie », M. Klein a artificiellement créé une crise au sein du secteur public en sous finançant celui-ci, ce qui a entraîné des conséquences tragiques. « Il prêche ‘une réduction de l’intervention de l’état’, mais ironiquement il a besoin d’un grand pouvoir centralisé pour soutenir les changements qu’il a apportés, a dit Mme Bergeron. M. Klein contrôle si fermement toutes les structures publiques de sa province que l’opposition dispose de peu de moyens officiels pour protester et exiger des changements. »

Conversazione, qui présente les travaux de recherche universitaire de professeurs de Glendon, est une excellente occasion pour ceux-ci de partager leurs connaissances et de susciter un intérêt parmi le public pour des sujets peu familiers. « C’est moi qui ai pensé au titre Conversazione, confirme M. Kowal. Je trouvais que ce nom traduisait bien l’esprit de cette série de présentations qui permet de discuter avec des pairs et de vaincre l’isolement parfois associé aux recherches universitaires. »

Cet article a été soumis par Marika Kemeny, agente de communication au Collège Glendon.


Publié le 24 mars 2006