Vincent Del Buono, collaborateur émérite du Collège Glendon, reçoit la plus haute distinction honorifique du Nigeria

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C’est le matin et je me prépare pour le travail en écoutant Andy Barrie sur Radio One, au réseau anglais de la SRC. La journée s’annonce bien remplie et son coup d’envoi sera une interview avec un ancien de Glendon, Vincent Del Buono, récent lauréat de la plus haute distinction honorifique du Nigeria, l’Ordre de la République fédérale du Nigeria (OFRN). Et voilà qu’il est là, à la radio, en train de discuter de l’honneur qui lui échoit avec Andy Barrie. Il donne l’impression d’une personne chaleureuse, accessible, passionnée et charmante, qui s’exprime avec beaucoup de conviction.

À droite : À la cérémonie de remise des prix (g-d): Vincent Del Buono; Dr. (Mme) S.I. Muhammed, OON, Secrétaire Permanente, Ministère de responsabilités spéciales (Ministry of Special Duties), gouvernement du Nigeria; et le cinéaste nigérien connu Yusufu Mohammed, nommé Officier de l'Ordre du Niger (OON) à la même occasion

Cette impression se confirme lorsque je le rencontre quelques heures plus tard. Je lui demande comment un enfant immigrant originaire d’Italie devenu citoyen canadien peut recevoir un tel honneur. La réponse est simple. Il y a six ans, il a répondu à une offre d’emploi parue dans The Economist pour le poste de chef d’un nouveau programme de développement créé pour soutenir la réforme des systèmes policier et judiciaire du Nigeria.

Et, comme on dit, le reste fait partie de l’histoire. Del Buono est devenu coordonnateur du Programme sécurité, justice et croissance (Access to Justice/Security, Justice and Growth program) au Nigeria, un programme d’une durée de sept ans, doté d’un budget de 60 millions de dollars, financé par le ministère britannique du Développement international et mis en œuvre par le British Council. Del Buono est donc déménagé à Abuja avec sa femme, Jennifer Pothier, une avocate ontarienne. Durant le séjour du couple en Afrique occidentale, elle a travaillé avec l’UNICEF à améliorer les services de justice aux mineurs et a aidé l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime à créer un programme anti-corruption pour le Nigeria. Del Buono tenait à être davantage qu’un conseiller extérieur et, pour prouver sa détermination à faire partie intégrante de la communauté, il s’est vêtu à l’africaine pendant tout le temps qu’il a vécu au Nigeria.

Depuis 2002, il a passé plus de cinq ans dans ce pays. Pendant cette période, son programme a travaillé, de concert avec le gouvernement fédéral et ceux des États du Nigeria ainsi qu’avec des organisations non gouvernementales et communautaires, à de nombreuses initiatives visant à assurer un traitement équitable à tous les pauvres cherchant à obtenir justice. Ces initiatives incluaient la modernisation des systèmes juridiques et judiciaires du pays, la réforme du système d’aide juridique et l’instauration d’un programme de formation de services de police communautaire destiné aux 320 000 membres de la Force de police du Nigeria, l’une des plus importantes au monde. Lui et ses collègues ont également soutenu la création de systèmes électroniques de gestion des cas, une percée cruciale dans la tenue des dossiers du gouvernement et de la police.

La citation du gouvernement nigérian lue lors de la cérémonie d’investiture à Abuja énumérait les réalisations de Del Buono en matière de réforme du secteur de la justice et de promotion des droits de la personne, en particulier pour les pauvres. Elle disait : « […] ces efforts ont représenté une contribution importante à la réalisation de notre objectif national d’améliorer la reconnaissance de la primauté du droit et le respect des droits de la personne. » La citation lui rendait également hommage pour ses contributions à « l’édification de l’humanité » lors de ses précédentes affectations à titre de conseiller interrégional pour la prévention du crime et la justice pénale des Nations Unies et de secrétaire général adjoint d’Amnistie internationale. En l’acceptant, Del Buono a souligné que ce prix ne rendait pas uniquement hommage à son travail, mais aussi aux réalisations des nombreux collègues avec lesquels il avait travaillé au Nigeria.

À gauche : G-d: Jennifer Pothier, épouse de Vincent Del Buono; Vincent Del Buono, Membre de l’Ordre de la République fédérale du Nigeria (OFRN); et Son Excellence, le Professeur Iyorwuese Hagher, Officier de l' Ordre du Niger (OON)

Del Buono était particulièrement déterminé à faire changer les choses en luttant contre la corruption généralisée au Nigeria et en soutenant les efforts des Nigérians souscrivant à des pratiques honnêtes. « Avec l’avènement de la démocratie [malgré plusieurs coups d’État entre les années 1960 et le début des années 1990], a déclaré Del Buono, certains gouvernements donateurs ont décidé de travailler directement avec le gouvernement fédéral et ceux des États [du Nigeria], plutôt que de continuer à canaliser tout leur argent vers les ONG. La démocratie a transformé le Nigeria dans bien des secteurs. C’est nul autre que le président Yar’Adua [lui-même] qui a indiqué que le système judiciaire devait être renforcé. »

Il est rare qu’un individu puisse à lui seul influencer d’une manière concrète les activités de l’ensemble d’un pays. Toutefois, c’est effectivement le cas avec Vincent Del Buono. Avant de lui mériter l’Ordre de la République fédérale du Nigeria, son influence lui avait valu deux titres nigérians traditionnels : Eze Oka Iwu (législateur du Roi), ville d’Abor, État d’Enugu, et Wakilin Sulhu (médiateur en chef de l’Émir), Émirat de Dutse, État de Jigawa. « Recevoir un tel honneur est très gratifiant », a déclaré Del Buono, qui habite maintenant Niagara-on-the-Lake, au sujet de l’OFRN lors d’une récente interview accordée à Eddie Chau, reporter pour l’hebdomadaire Niagara this Week.

En plus d’être diplômé de Glendon, Del Buono est également collaborateur émérite de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon (EAPIG) de création récente. Il a à son actif de nombreuses réalisations dans le domaine des droits de la personne et de la primauté du droit (voir la section « Pour en savoir plus sur Vincent Del Buono » ci-après). Lors de la conférence du Millénaire donnée dans le cadre des Retrouvailles 2000 à Glendon, il a déclaré « […] plus je vieillis, plus je me radicalise. Je suis de plus en plus indigné par le fait que les inégalités, qui étaient déjà profondes au départ, ne cessent de se creuser partout dans le monde. […] Constater que la pauvreté à travers le monde n’a pas diminué depuis 30 ans mais qu’elle a plutôt augmenté, malgré la prospérité sans précédent que connaissent certains pays, ajoute à cette indignation. »

Dans son allocution du Millénaire, Del Buono a également exprimé ses sentiments envers Glendon. « […] En repensant à mes années à Glendon, j’ai été d’abord surpris, puis renversé, de constater à quel point les souvenirs qui m’en restent me font chaud au cœur. » Son passage à Glendon et, en particulier, l’influence d’Escott Reid, premier principal de l’établissement, diplomate et éminent politicologue, ont été les déclencheurs de son intérêt pour la diplomatie, les droits de la personne et l’ordre international et l’on aidé à découvrir des façons de consacrer sa vie à la réalisation de ses idéaux.

À droite : La médaille de l’Ordre de la République fédérale du Nigeria

Depuis son retour au Canada l’an dernier, Del Buono s’est impliqué au sein de la communauté nigériane de Toronto qui est en pleine expansion. Il a également maintenu les liens étroits qu’il avait établis avec Glendon et York. « La filière nigériane est importante pour l’Université York, explique-t-il. Le campus Keele compte un nombre croissant de professeurs et d’étudiants d’origine nigériane. »

Quarante ans après y avoir étudié, Del Buono a exprimé son grand plaisir d’être de retour à Glendon. En tant que collaborateur émérite de la nouvelle École des affaires publiques et internationales, il agit à titre de conseiller auprès du principal McRoberts relativement au programme de perfectionnement des cadres supérieurs de l’École et y donne à l’occasion des conférences. « Ce campus est un point de départ idéal pour discuter plus en profondeur des affaires canadiennes et internationales, en français et en anglais », a déclaré Del Buono, qui explique que Glendon est l’endroit où il s’est initié au français. « Le bilinguisme de Glendon et sa communauté multiculturelle constituent un prisme culturel parfaitement représentatif de la société canadienne. Et c’est pourquoi mon retour à Glendon, puisqu’il me permet de participer à ce qui se fait à l’École au plan de l’étude des droits de la personne et des politiques d’immigration et d’examiner plus à fond la manière dont une culture dominante doit intégrer les minorités, me convient à la perfection. »

Del Buono avait un message pour les étudiants actuels : « Apprendre plusieurs langues ouvre des possibilités extraordinaires. Associées à des compétences dans le domaine des technologies de l’information, les capacités langagières sont les compétences les plus importantes et les plus recherchées pour réussir dans le monde d’aujourd’hui. »

Pendant que Vincent Del Buono se prépare à quitter à la fin de l’interview, je réfléchis au conseil qu’il a donné aux étudiants. Nous avons, à Glendon, la grande chance de pouvoir tirer profit de l’expérience, des connaissances et de l’humanité d’anciens étudiants d’un tel calibre. Et il a raison – notre campus bilingue et multiculturel est l’environnement tout désigné pour se préparer à des carrières qui auront une incidence positive tangible dans notre société et dans le monde en général.

Pour en savoir plus sur Vincent Del Buono

En plus de son baccalauréat de Glendon (1972), Vincent Del Buono est titulaire d’une maîtrise (Université de Toronto, 1974) et d’un doctorat en sciences juridiques (Université de Toronto, 1975). Il a été admis au Barreau de l’Alberta en 1976. Entre 1977 et 1994, il a été professeur à temps plein ou à temps partiel dans diverses universités, notamment l’Université McGill, l’Université d’Ottawa, l’Université de Colombie-Britannique et l’Université Southwestern de Los Angeles.

Del Buono a été secrétaire général adjoint (division politique) d’Amnistie internationale (1999-2001) et conseiller international en prévention du crime et justice pénale à l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime à Vienne (1994-1998). Il a aussi servi brièvement en Bosnie en 1998 pour le Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU. Il est le président fondateur du International Centre for Criminal Law Reform & Criminal Justice Policy de Vancouver (1991-1994) et président fondateur de la International Society for the Reform of Criminal Law (1988-1994). De 1982 à 1991, il a travaillé au ministère de la Justice du Canada, d’abord comme avocat, puis comme avocat principal. De 1980 à 1982, il a travaillé à la Commission de réforme du droit du Canada à la réforme du code criminel.

Del Buono a reçu plusieurs prix reconnaissant son importante contribution à la justice, à la primauté du droit et aux droits de la personne, incluant la médaille de la International Society of Criminal Law et le Rt. Hon. Adrienne Clarkson Laureateship in Public Service du Massey College (2004).

Publié le 17 octobre 2008