« Le conflit est pour l’art dramatique ce que la pesanteur est pour l’univers » - déclare Andrew Moodie au Théâtre Glendon

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Des étudiants enthousiastes, venus nombreux, ont pris place dans le Théâtre Glendon le 25 février pour écouter le dramaturge et acteur canadien Andrew Moodie, le dernier invité de la série de lectures bp nichol à Glendon. Salué par la critique pour ses pièces Riot, A Common Man’s Guide to Loving Women et Toronto the Good, parmi d’autres, Moodie a parlé de son histoire personnelle, de ses difficultés à devenir acteur et de ses stratégies d’écriture pour créer certaines de ces pièces les plus connues.

À gauche : Andrew Moodie (photo: copyright Chris Frampton)

Lorsqu’elle a présenté Moodie, la professeure d’anglais de Glendon Cynthia Zimmerman a souligné qu’il apporte une nouvelle voix et une nouvelle perspective sur la scène théâtrale. Zimmerman a parlé de la première fois qu’elle a vu la pièce Riot il y a quinze ans, de la visite de Moodie au campus Keele à l’occasion du lancement de A Common Man’s Guide to Loving Women, et du projet actuel du dramaturge, une comédie musicale intitulée The Language of the Heart, qui se passe dans les années 1920. « Et je n’ai pas encore dit un mot sur Moodie, l’acteur », a lancé d’un air malicieux Zimmerman, laissant alors la scène à Moodie.

« J’ai toujours voulu être acteur », a expliqué Moodie en se souvenant de ses humbles débuts. Décrivant comme typique le début de sa carrière, il a dit au public : « J’idéalisais Marlon Brando, James Dean et bien d’autres... » Quand il était en sixième année, Moodie a vécu un moment d’épiphanie qui lui a fait réaliser « qu’il est possible de gagner sa vie en faisant ce métier ». Il s’est ensuite intéressé aux arts, a travaillé sur une pièce pour enfants, dans un spectacle de la Canadian Theatre Company, dans un film adapté pour la télévision, etc. Indiquant chacune de ses déconvenues par le son de la frustration « errrrrr », Moodie a raconté, de manière expressive, comment l’École nationale de théâtre a refusé plusieurs fois sa demande d’admission. On lui disait qu’il « n’avait pas ce qu’il fallait pour réussir ». Finalement, un ami l’a convaincu qu’il était déjà un acteur talentueux.

Devenu acteur, Moodie a voulu élargir ses horizons. Il a donc quitté Ottawa, sa ville natale, pour s’établir à Vancouver puis à Toronto, où il a également eu du mal à trouver du travail. Moodie a raconté que sa petite amie de l’époque lui avait alors donné un bon conseil : « Fais tout simplement quelque chose ». « Je me suis alors dit : je vais écrire une pièce de théâtre. Oui, c’est ça. Je vais écrire une pièce », a-t-il expliqué aux étudiants de Glendon, retenant particulièrement l’attention des futurs dramaturges dans la salle.

Moodie a décrit le processus d’écriture de ses pièces de théâtre en commençant par son approche pour écrire Riot. Il a ensuite parlé de pièces plus récentes pour lesquelles il a utilisé une stratégie d’écriture légèrement différente. Devant un public très attentif, il a expliqué qu’il a commencé par écrire ce qu’il voulait dire. Ensuite, il a décrit ses personnages sur des cartes, puis a structuré les relations entre eux, s’assurant que dans chaque relation il y avait une forme de conflit car, de l’avis de Moodie, « le conflit est pour l’art dramatique ce que la pesanteur est pour l’univers ». En ce qui concerne l’intrigue, il a expliqué qu’il avait noté des éléments de conflit et d’autres éléments sur des cartes, avant de les organiser et de conclure : « Bon, voilà, la pièce sera comme ça. » Riot a remporté un grand succès, tout comme d’autres pièces telles que Toronto the Good pour laquelle il a utilisé la même stratégie d’écriture.

Moodie a aussi parlé de la pièce qu’il écrit actuellement, en s’inspirant du roman Infants of the Spring de Wallace Thurman datant de 1932. Ce roman est pour lui une exploration fascinante de la communauté des jeunes artistes noirs dans les années 1920. Situé à la même époque, The Language of the Heart raconte le déménagement d’un « petit canadien ringard » à New York et ses expériences pendant la Renaissance d’Harlem. Moodie a dit au public que cette œuvre lui « avait fait perdre la tête », en faisant référence au nombre d’acteurs et de musiciens qui y participent, avant d’ajouter que créer sa propre œuvre peut être à la fois extrêmement frustrant et très satisfaisant.

Moodie a encouragé les étudiants du public à faire le meilleur travail possible et à ne pas se préoccuper de l’avis des critiques. « N’oubliez jamais que Rodin a été ridiculisé à Paris », a-t-il dit aux écrivains en herbe. Un grand nombre de questions pertinentes sur son processus d’écriture ont suivi sa présentation.

Au sujet d’Andrew Moodie
Né à Ottawa, l’acteur, metteur en scène et écrivain Andrew Moodie a débuté sa carrière sur scène. Il a joué son premier rôle en tant qu’acteur professionnel dans la pièce Nothing to Lose de David Fennario, produite et mise en scène par Zack Crane. La pièce a été présentée au célèbre théâtre Lafayette House. Cette représentation a été le tremplin de sa carrière et lui a permis de jouer dans un grand nombre des théâtres les plus réputés du Canada comme The Great Canadian Theatre Company, le Factory Theatre, le Theatre Passe Muraille, LKTYP, Second City et le Canadian Stage Company. Moodie a été mis en nomination pour la meilleure performance d’un acteur pour son interprétation d’Othello. Il a remporté un prix Dora pour son rôle dans la mise en scène de Health Class de David Craig au Roseneath Theatre. En 1995, sa carrière de dramaturge a été lancée avec la mise en scène de sa pièce Riot par le Factory Theatre. La pièce a remporté le prestigieux prix Chalmers dans la catégorie Meilleure nouvelle production. Depuis, il a écrit plusieurs autres pièces notamment A Common Man's Guide to Loving Women, Oui, The Lady Smith, The Real McCoy et Toronto the Good. En 2006, il a fait partie de l’équipe ayant créé la dramatique radio Afghanada sur CBC, qui a remporté un prix de la Writers Guild of Canada en 2007. En janvier 2006, il est devenu l’animateur de la série Big Ideas sur TVO.

Au sujet de la série de lectures bp nichol
Le département d’anglais de Glendon, grâce au financement du Conseil des Arts du Canada, présente depuis le début des années 1970 une série de lectures publiques pour écrivains canadiens. Pendant les années 1980, le célèbre poète bp Nichol enseignait la création littéraire au département, et après son décès tragique et prématuré en 1988, ses collègues ont donné son nom à la série de rencontres, qui accueille à Glendon des romanciers, des poètes, des nouvellistes et des dramaturges canadiens (plusieurs chaque année) venant lire leurs œuvres. Ces lectures publiques sont très courues, tant par les étudiants que par les personnes de l’extérieur du Collège. Le déroulement habituel de la soirée prévoit la lecture, par l’auteur, d’une œuvre nouvelle ou non publiée, suivie d’une période de questions. Des exemplaires des livres de l’auteur sont généralement en vente pendant la soirée et à la librairie de Glendon.

Un article de Kathleen Dodd-Moher, étudiante en traduction à Glendon


Publié le 9 mars 2010