Un monde à raccommoder

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Une fascination pour les textiles, les textures, et leur lieu de fabrication – voilà les motivations initiales qui ont poussé l’artiste québécoise Josette Villeneuve à collectionner les étiquettes de vêtements usagés. Les œuvres qu’elle a créées à partir de ces objets ordinaires, exposées en ce moment à la Galerie Glendon sous le titre Un monde à raccommoder / A World in Need of Mending, sont toutefois loin d’être banales; elles regorgent plutôt de couleur, de symbolisme et d’imagination.


Josette Villeneuve devant sa Carte du monde

« Je me suis découvert un intérêt pour les étiquettes de vêtements en 2003, de dire Mme Villeneuve. Leurs textures, leurs origines exotiques m’ont séduite et ont fait naître en moi des questions quant à leur contexte géographique et social. Où ont-elles été fabriquées, par qui, dans quelles conditions? » Étant donné que chaque étiquette mentionne son lieu de fabrication, le « fait au… », les collectionner était aussi un moyen de voyager virtuellement et de comprendre les effets de la mondialisation.

L’artiste a tout d’abord retiré, une par une, les étiquettes de vêtements invendables dans des dépôts de vêtements usagés. Bientôt, des organismes comme l’Armée du Salut et d’autres lieux de collecte ont commencé à mettre de côté des sacs de vêtements pour elle et, quelquefois, enlevaient même les étiquettes qu’ils jugeaient susceptibles de l’intéresser. « Plus j’en recueillais, plus j’en voulais », confesse-t-elle.


Les drapeaux du Canada et Vietnam

Elle voulait tout d’abord créer une très grande oeuvre – une carte du monde, formée de petits morceaux cousus de partout dans le monde. L’exposition en cours, en plus de présenter 15 de ses créations, comprend aussi cette œuvre majeure de 9 pieds par 17 pieds qui témoigne de la patience et du souci du détail de Josette Villeneuve : chaque petite pièce a été épinglée individuellement à la toile de fond.

Mme Villeneuve a débuté par des items représentatifs : cartes, drapeaux de divers pays. Son sens de l’humour espiègle a pris le dessus lorsqu’elle a créé un drapeau américain formé d’étiquettes de Cuba et de Thaïlande – prises sur des produits qui ne se retrouveraient jamais dans des boutiques américaines.

Sa carte du monde, installée directement en face de l’entrée de la Galerie, domine l’exposition en cours. Plusieurs autres drapeaux facilement reconnaissables sont aussi exposés, notamment ceux de l’Inde, du Vietnam et du Canada. L’imagination de l’artiste l’a toutefois poussée plus loin. Dans un clin d’œil à l’artiste néo-dadaïste américain Jasper Johns, dont les œuvres les plus connues comprennent des drapeaux et des cartes reconstruits avec des couleurs et des caractéristiques inattendues et enjouées, Josette Villeneuve a aussi ajouté de nouvelles particularités à ses drapeaux.

À gauche : Les visiteurs s'intéressaient beaucoup aux pièces d'art

« Je me suis rendu compte que lorsqu’on regarde de vrais drapeaux sur un mât, on voit aussi le ciel et les nuages au-dessus. J’ai donc décidé de les incorporer dans mes œuvres – après tout, une artiste créative peut tout faire », dit-elle, les yeux pétillants. En fait, elle voit les nuages comme une métaphore de la transformation constante, un changement cyclique semblable à celui qui se produit au sein de la population mondiale.

De sa fascination pour les nuages est née une série de nuages-drapeaux – des drapeaux tout d’abord conçus comme des représentations fidèles des drapeaux officiels, mais qui se sont transformés en nuages portant des détails tels que des étoiles ou des bandes en d’autres couleurs que les couleurs officielles. Le nuage-drapeau le plus impressionnant exposé à Glendon est le grand drapeau bleu qui accueille les visiteurs à leur entrée. Son fond bleu saphir et son centre rêveur de nuage blanc transporte ceux qui le regardent vers le haut, jusqu’au ciel.

La combinaison de cartes, de drapeaux et de nuages-drapeaux, présentée pour la première fois dans le cadre de l’exposition à Glendon, suscite énormément d’intérêt et d’admiration de la part du public en raison du travail méticuleux et de l’imagination investis dans chaque œuvre. Josette Villeneuve fait l’éloge du commissaire de la Galerie Glendon, Marc Audette, et de son équipe. « Ils avaient un grand nombre de perspectives et d’idées novatrices pour monter ces œuvres insolites. Travailler avec eux a été un plaisir et l’installation est dynamique et harmonieuse. »

À droite : Gros plan des étiquettes

« Nous sommes en présence d’un véritable mélange de nombreuses origines, où les “fait au Bangladesh” côtoient un éventail de provenances, rappelle le commissaire Marc Audette. Les drapeaux de Josette Villeneuve ouvrent le débat sur les problématiques identitaires de nos sociétés en mutation à l’heure de la mondialisation et trouvent une résonance troublante dans la réalité géopolitique actuelle en ces périodes continues de conflit dans le monde. »

Un monde à raccommoder - A World in Need of Mending est présenté à la Galerie Glendon jusqu’au 21 mars. La prochaine exposition de la Galerie présentera les œuvres de Stephanie Reynolds, étudiante à la maîtrise en beaux-arts de l’Université York, du 18 au 30 avril. Pour plus de renseignements et pour connaître les heures d’ouverture de la Galerie, veuillez visiter son site Web.

Le drapeau-nuage bleu avec (d-g :) l'artiste et Martine Rheault, Coordonnatrice des affaires artistiques et culturelles de Glendon


À propos de Josette Villeneuve

Originaire de Shawinigan (Québec), Josette Villeneuve est titulaire d'un baccalauréat en arts visuels de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Elle a participé à près d'une vingtaine d'expositions individuelles et de groupe et ses œuvres font partie de nombreuses collections, dont celles du Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, de Loto-Québec, de la Bibliothèque nationale du Canada, du Musée d'art de Saint-Hilaire et de la Ville de Trois-Rivières. Récipiendaire de la bourse Loto-Québec en 2006, elle a aussi reçu le Prix Audace Télé-Québec remis par le Conseil de la culture de la Mauricie. En novembre 2008, Josette Villeneuve était lauréate du Prix à la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec pour la région de la Mauricie.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 9 mars 2009