Wayson Choy à Glendon : une leçon de vie et de littérature

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<p>Le 16 mars dernier, &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une lecture publique de la s&eacute;rie bp nichol, Glendon accueillait l&rsquo;&eacute;crivain <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Wayson_Choy" target="_blank">Wayson Choy</a>.</p>
<p>Plut&ocirc;t que de lire des extraits de son &oelig;uvre, l&rsquo;auteur &ndash; un homme discret et &eacute;l&eacute;gant, au sourire tr&egrave;s doux &ndash; a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; en parler, et nous d&eacute;voiler sa vision de l&rsquo;&eacute;criture et de la vie. Il a exprim&eacute; sa croyance profonde dans l&rsquo;id&eacute;e que chaque personne, que ce soit pour &eacute;crire ou simplement pour vivre, doit trouver son fil conducteur.</p>
<p>Wayson Choy na&icirc;t en 1939 dans le quartier chinois de Vancouver. Lors de la c&eacute;r&eacute;monie traditionnelle du bapt&ecirc;me, son grand-p&egrave;re d&eacute;clare que l&rsquo;enfant aura de la chance dans la vie. L&rsquo;&eacute;crivain estime que ce message, &laquo; tu auras de la chance &raquo;, est son fil conducteur, que chaque tournant de son existence, bon ou mauvais, a renforc&eacute;.</p>
<p><img style="float: right;" src="http://myglendon.yorku.ca/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/imagemanager/files/20110324/Wayson_Choy_att.jpg" alt="" width="300" height="225" /></p>
<p><span class="image_caption">&Agrave; droite : Wayson Choy</span></p>
<p>Le jeune Wayson fr&eacute;quente l&rsquo;Universit&eacute; de la Colombie-Britannique (UBC) &agrave; la fin des ann&eacute;es 1950, o&ugrave; il a pour mentor <a href="http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0000778" target="_blank">Earle Birney</a>, po&egrave;te c&eacute;l&egrave;bre et &eacute;ducateur de talent. Tout va tr&egrave;s bien pour lui, il a le sentiment de r&eacute;ussir ses &eacute;tudes, et en particulier les cours de cr&eacute;ation litt&eacute;raire d&rsquo;E. Birney.</p>
<p>Mais, comme le veut le dicton chinois, &laquo; quand tout va bien, jette un coup d&rsquo;&oelig;il derri&egrave;re toi &raquo;&hellip; Avec dans les yeux une petite &eacute;tincelle, l&rsquo;&eacute;crivain aujourd&rsquo;hui adul&eacute; rapporte cette anecdote : E. Birney le fait venir dans son bureau et brandit sous ses yeux un travail que le jeune homme vient de lui remettre. &laquo; Vous voulez devenir &eacute;crivain? &raquo; Le c&oelig;ur de l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve chavire, tandis que la voix du ma&icirc;tre lui ass&egrave;ne : &laquo; Alors il faut ponctuer. &raquo; Ce moment s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute; &ecirc;tre un tournant crucial pour Wayson Choy, dont la confiance en soi a certes &eacute;t&eacute; &eacute;branl&eacute;e, mais qui a su tirer profit de la remarque &ndash; et s&rsquo;est mis &agrave; travailler sa technique.</p>
<p>Son int&eacute;r&ecirc;t pour les r&eacute;cits remonte aux histoires racont&eacute;es par les vieux Chinois de son quartier, des gens sans formation ni instruction, mais qui suivaient en contant une tradition s&eacute;culaire. &Agrave; l&rsquo;adolescence, il d&eacute;couvre <em>Bonjour tristesse</em>, le roman d&rsquo;une jeune fille qui a presque son &acirc;ge, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_Sagan" target="_blank">Fran&ccedil;oise Sagan</a>. L&rsquo;&eacute;criture limpide et le sujet m&eacute;lodramatique le bouleversent et lui insufflent l&rsquo;urgence d&rsquo;&eacute;crire, ce qu&rsquo;il fait avec un certain succ&egrave;s, publiant des nouvelles dans des revues &agrave; petit tirage.</p>
<p>Apr&egrave;s avoir obtenu son dipl&ocirc;me, Wayson Choy enseigne l&rsquo;anglais au coll&egrave;ge Humber de Toronto; et ce n&rsquo;est que dix ans plus tard, pendant un cong&eacute; sabbatique, qu&rsquo;il s&rsquo;inscrit dans le programme de cr&eacute;ation litt&eacute;raire de l&rsquo;UBC et se met &agrave; &eacute;crire avec assiduit&eacute;.</p>
<p>Le r&eacute;cit de sa vie et de sa carri&egrave;re litt&eacute;raire a l&rsquo;allure des histoires d&rsquo;autrefois, truff&eacute;es d&rsquo;anecdotes et tiss&eacute;es d&rsquo;aller-retour dans le temps, mais dont la trame est pourtant fluide. <em>The Jade Peony / La Pivoine de jade</em> est une nouvelle qu&rsquo;il avait &eacute;crite pour un cours de cr&eacute;ation &agrave; l&rsquo;UBC, pour une professeure dont le nom &agrave; l&rsquo;&eacute;poque ne lui disait rien, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Carol_Shields" target="_blank">Carol Shields</a>... Le titre provient d&rsquo;une conversation surprise par hasard entre ses tantes &ndash; encore une co&iuml;ncidence heureuse. <em>La Pivoine de jade</em> a &eacute;t&eacute; publi&eacute;e en 1977 dans la revue des anciens de l&rsquo;UBC, tir&eacute;e &agrave; 25 000 exemplaires, et lui a valu un prix de 100 $.</p>
<p>&laquo; Toutes mes &oelig;uvres ont &eacute;t&eacute; des commandes &raquo;, r&eacute;sume l&rsquo;auteur, ce qui est une chance assez incroyable quand on pense que la plupart des &eacute;crivains donneraient tout pour &ecirc;tre publi&eacute;s, sans m&ecirc;me parler de gagner de l&rsquo;argent...</p>
<p>En 1992, on lui a demand&eacute; d&rsquo;&eacute;toffer <em>La Pivoine de jade</em> pour en faire un roman &agrave; part enti&egrave;re, paru en 1995 chez Douglas and MacIntyre. &laquo; C&rsquo;&eacute;tait le moment o&ugrave; les histoires qui parlaient d&rsquo;autres cultures sont devenues une composante importante du multiculturalisme canadien &raquo;, explique-t-il. Il &eacute;tait r&eacute;ticent, mais la signature d&rsquo;un contrat et une avance l&rsquo;ont convaincu d&rsquo;&eacute;crire ce qui &eacute;tait, &agrave; l&rsquo;origine, un agr&eacute;gat de nouvelles ayant peu de rapport entre elles, sinon le d&eacute;cor du quartier chinois qu&rsquo;il conna&icirc;t si bien. Et puis les histoires se sont agenc&eacute;es et ciment&eacute;es pour former le roman que l&rsquo;on conna&icirc;t. <em>La Pivoine de jade</em> raconte, par les yeux des trois cadets, l&rsquo;histoire d&rsquo;une famille d&rsquo;immigrants chinois, les Chen, qui vit &agrave; Vancouver pendant la Deuxi&egrave;me Guerre mondiale. Apr&egrave;s avoir figur&eacute; pendant six mois sur la liste des meilleurs vendeurs du <em>Globe and Mail</em>, le roman remporte en 1996 le prix du livre de la Ville de Vancouver. La m&ecirc;me ann&eacute;e, Wayson Choy partage le prix Trillium avec <a href="http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0000390" target="_blank">Margaret Atwood</a>.</p>
<p>&laquo; Enfant, je ne savais pas que je vivais entour&eacute; de h&eacute;ros &raquo;, dit-il, faisant r&eacute;f&eacute;rence aux difficult&eacute;s et aux peines incroyables qu&rsquo;ont endur&eacute;es sa famille et les immigrants de la communaut&eacute; chinoise. Il ajoute que les &eacute;crivains doivent agir comme des survivants de leur &eacute;poque et de leur milieu et qu&rsquo;ils doivent tirer parti de toutes les occasions qui leur sont offertes. En tant qu&rsquo;homosexuel, il s&rsquo;est toujours senti un peu &agrave; l&rsquo;&eacute;cart, mais, dit-il, &laquo; les livres sont des ponts &raquo; dans un monde o&ugrave; des gens de races et d&rsquo;orientations diff&eacute;rentes se c&ocirc;toient.</p>
<p>Son deuxi&egrave;me ouvrage, une &oelig;uvre autobiographique intitul&eacute;e <em>Paper Shadows: A Chinatown Childhood</em> (1999) lui a m&eacute;rit&eacute; le prix Edna Staebler de &laquo; l&rsquo;essai cr&eacute;atif &raquo;, en 2000, en plus de compter parmi les finalistes des prix du Gouverneur g&eacute;n&eacute;ral. Le <em>Globe and Mail</em> en avait fait l&rsquo;un de ses &laquo; livres remarquables &raquo; de l&rsquo;ann&eacute;e, lors de sa parution.</p>
<p>Un troisi&egrave;me livre, <em>All That Matters</em> (2004; <em>La Montagne d&rsquo;or</em>, 2010), se penche &agrave; nouveau sur l&rsquo;histoire de la famille Chen, mais cette fois-ci en empruntant le point de vue du fils a&icirc;n&eacute;. En 2004, <em>All That Matters</em> recevait le prix Trillium et figurait parmi les finalistes du prix Giller de la Banque Scotia.</p>
<p>En 2000, Michael Glassbourg r&eacute;alise un documentaire sur la vie de l&rsquo;&eacute;crivain : <em>Wayson Choy: Unfolding the Butterfly</em>. Puis, en 2005, l&rsquo;&eacute;crivain troque sa plume pour la voix dans <em>Searching for Confucius</em>, un film sur la vie du grand philosophe. Wayson Choy vit &agrave; Toronto depuis 1962. Il est m&eacute;daill&eacute; de l&rsquo;Ordre du Canada depuis 2006.</p>
<p>En 2009, des arr&ecirc;ts cardiaques r&eacute;p&eacute;t&eacute;s ajout&eacute;s &agrave; des probl&egrave;mes d&rsquo;asthme et de diab&egrave;te l&rsquo;am&egrave;nent aux portes de la mort. Cette m&ecirc;me ann&eacute;e, dans une conversation avec le chroniqueur <a href="http://allangregg.com/?page_id=3" target="_blank">Allan Gregg</a>, Wayson Choy explique qu&rsquo;il avait &eacute;t&eacute; en quelque sorte forc&eacute; de prendre cet &eacute;v&eacute;nement comme objet d&rsquo;&eacute;criture pour le comprendre et en revenir, affirmant que l&rsquo;&eacute;criture est pour lui le seul moyen d&rsquo;acqu&eacute;rir un savoir sur les choses. Le produit de cette r&eacute;flexion est <em>Not Yet: A Memoir of Living and Almost Dying</em>, publi&eacute; par RandomHouse en 2009.</p>
<p>Wayson Choy est un homme qui respire le calme et la paix int&eacute;rieure auxquels seules la maturit&eacute; et une grande d&eacute;licatesse permettent d&rsquo;acc&eacute;der. Il rayonne d&rsquo;une spiritualit&eacute; profonde, t&eacute;moin de la conviction que les al&eacute;as de l&rsquo;existence ont une raison d&rsquo;&ecirc;tre &ndash; et que la chance est parfois la bonne &eacute;toile qui guide toute une vie.</p>
<p><em>Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon</em></p>

Publié le 29 mars 2011