Faire face à la dualité : langue, culture et identité au Canada – une conférence à Glendon à l’occasion du 50e anniversaire de l’Université York

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Parmi les événements marquant le 50e anniversaire de l’Université York, la série de conférences College Masters’ Public Lecture Series a été lancée le 11 mars, la première conférence de la série étant prononcée à Glendon par Kenneth McRoberts, professeur de science politique et principal de Glendon.

Le titre de cette conférence présentée par Louise Lewin, principale adjointe, Services aux étudiants – Faire face à la dualité : langue, culture et identité au Canada – reflète l’intérêt de longue date de M. McRoberts pour les questions liées au bilinguisme et au biculturalisme canadiens, auxquelles il a consacré de nombreux travaux.

Né à Vancouver (Colombie-Britannique), Kenneth McRoberts a fréquenté l’Université de Californie à Santa Barbara au début des années 60, une époque passionnante pour les jeunes, surtout ceux qui s’intéressaient à la politique. C’était une période de grand optimisme, avec John Kennedy à la Maison-Blanche – un peu comme les espoirs et les rêves que suscite l’administration Obama en ce moment. Au cours d’un emploi d’été à Ottawa, M. McRoberts a été fasciné par le débat politique ouvert sur la nature de l’État, la langue et la culture, et a consacré l’été de 1966 à apprendre le français à l’Université Laval. Il s’est découvert un vif intérêt pour les questions liées à l’identité et à la langue et ses idées ont été profondément influencées par le mandat de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, mise sur pied en 1963 par le gouvernement du premier ministre Lester Pearson, connue affectueusement sous le nom de Commission Bi-Bi.

« Le Canada est façonné par la dualité de ses langues officielles et par ses groupes ethniques fondateurs, de dire M. McRoberts. Ces deux groupes [les Français et les Anglais] sont des communautés réelles qui ont été, en définitive, incompatibles. » Kenneth McRoberts a suivi la trace des changement dans les fondements de cette dualité – la religion au XIXe siècle, la langue au XXe siècle. Il a suivi cette trajectoire jusqu’à l’arrivée du multiculturalisme dans les années 1970, montrant que, malgré la diversité des groupes raciaux et ethniques qui composent maintenant la société canadienne, la force de cohésion repose sur la langue. « Au moment de la Confédération en 1867, l’État canadien reposait sur la notion de fédération plutôt que sur celle de dualité; la chose la plus importante pour le Canada français était toutefois d’avoir une province où sa langue et sa culture soient protégées. »


g-d : Le principal de Glendon, Kenneth McRoberts avec Louise Lewin, principale adjointe, Services aux étudiants

M. McRoberts a souligné l’impact des années Trudeau, notamment l’accent mis sur la liberté de choix individuelle et l’accès égal aux possibilités. Selon Trudeau, la dualité divisait les gens, alors que le bilinguisme les unissait. Son but était d’amener les Québécois à s’identifier au Canada plutôt qu’au Québec seulement. Depuis ce temps, la restructuration du mandat bilingue de la fonction publique fédérale et les droits linguistiques précisés dans la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 ont veillé à garantir le droit des francophones de recevoir, partout au pays, des services dans leur langue de la part du gouvernement.

« Beaucoup de choses ont changé au cours des années quant à la représentation francophone au pays, a ajouté Kenneth McRoberts. Aujourd’hui, tous les partis nationaux [canadiens] reconnaissent le Québec comme une nation, et seuls les politiciens ayant une bonne maîtrise du français peuvent aspirer à diriger les grands partis. »

M. McRoberts a souligné que depuis l’arrivée du multiculturalisme, un moins grand nombre d’anglophones apprennent le français. Les universités du pays pourraient jouer un rôle clé pour combler ce déficit linguistique, mais les ressources nécessaires pour offrir une éducation bilingue ne sont actuellement pas disponibles. « Glendon, en étant en mesure d’offrir un environnement véritablement bilingue à ses étudiants, est en situation d’exception. »

« Le parcours de Glendon [depuis ses débuts] reflète l’histoire de la progression du Canada de la dualité au bilinguisme ainsi que les idées de la Commission Bi-Bi, ajoute-t-il. Nos armoiries montrent les deux communautés fondatrices du pays, et l’esprit des années 60 était bien présent dans les premières activités de Glendon. » Aujourd’hui, au campus Glendon, on continue de mettre l’accent sur la formation en langue seconde et sur l’éducation en langue française pour les francophones de partout au Canada. « C’est aussi à Glendon que sont formés de nombreux chefs de file bilingues de la société canadienne et, à ce titre, Glendon devrait être considéré comme un centre de la dualité canadienne. »

Dans ses remerciements de la fin, Marc Lesage, professeur de sociologie à Glendon, a souligné le fait que Kenneth McRoberts est l’un des rares parmi les universitaires, chercheurs et intellectuels anglophones à être entièrement accepté et respecté au Québec par ses pairs francophones. Il est de plus l’un des seuls qui vive ses convictions et son attachement au bilinguisme à la fois dans sa vie professionnelle – en en faisant la promotion de toutes les façons possibles – et dans sa vie personnelle – en choisissant d’enseigner et de vivre dans les deux langues au quotidien. M. Lesage a terminé en signalant qu’en acceptant le poste de principal de Glendon, Kenneth McRoberts a fait preuve de son engagement envers l’idée qu’une existence véritablement bilingue continue à être possible.

À propos de Kenneth McRoberts

Kenneth McRoberts est titulaire d’un baccalauréat en science politique de l’Université de Californie à Santa Barbara (1964) ainsi que d’une maîtrise (1966) et d’un doctorat (1975) de l’Université de Chicago. Avant de devenir principal du Collège Glendon en 1999, il a été professeur de science politique à la Faculté des Arts de l’Université York et y a également dirigé le programme d’études supérieures en science politique. Il a aussi dirigé le Centre Robarts en études canadiennes et a prononcé la sixième conférence annuelle Robarts à l’Université York, laquelle s’intitulait Avoiding the Issue: English Canada and Quebec. Il a œuvré comme rédacteur en chef de la Revue internationale d’études canadiennes pendant six ans et a été président de l’Association canadienne de science politique. Il dirige actuellement la nouvelle École d’études supérieures en affaires publiques et internationales de Glendon.

Kenneth McRoberts a écrit des livres, des articles et des chapitres de livres sur une grande variété de sujets, entre autres la politique québécoise, le fédéralisme canadien et des questions d’ordre constitutionnel. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés en anglais et en français, notamment de Quebec: Social Change and Political Crisis (1re éd. Mc­Clelland & Stewart, 1976, maintenant à sa 3e éd. chez Oxford University Press et publié en français aux Éditions Boréal sous le titre Développement et modernisation du Québec), Misconceiving Canada: the struggle for national unity (Oxford University Press, 1997, également paru en version française aux Éditions Boréal en 1999 sous le titre Un pays à refaire : L’échec des politiques constitutionnelles canadiennes) et Catalonia: Nation Building Without a State (Toronto: Oxford University Press, 2001). Il a en outre dirigé Beyond Quebec: Taking Stock of Canada (McGill-Queen’s University Press) et co-dirigé (avec Patrick J. Monahan) The Charlottetown Accord, the Referendum and the Future of Canada (University of Toronto Press). Vous trouverez sur son site Web une liste complète de ses publications.

En juin 2004, le gouvernement de France l’a fait Officier de l’Ordre des Palmes Académiques. M. McRoberts a reçu un doctorat honorifique de l’Université Laval en septembre 2004.


À propos de la série de conférences College Masters’ Public Lecture Series

La conférence de Kenneth McRoberts, Faire face à la dualité : langue, culture et identité au Canada, était la première d’une série de neuf conférences s’inscrivant dans le cadre du cycle de conférences College Masters’ Public Lecture Series, offertes à l’occasion du 50e anniversaire de l’Université York. Cette série de conférences est l’occasion pour les dirigeants des collèges de l’Université York de faire le point sur un sujet d’importance pour le collège lui-même et pour l’ensemble de l’université. Présentée par Louise Lewin, principale adjointe, Services aux étudiants à Glendon, la causerie de Glendon est la seule à être prononcée par le principal lui-même.

La prochaine conférence de la série, donnée le 18 mars par le professeur émérite Paul Swarney, de Vanier College, s’intitule The War on Terror in the First Century.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon.

Publié le 24 mars 2009