Le dramaturge Jason Sherman lit des extraits de ses pièces dans le cadre de la série de conférences littéraires bp nichol à Glendon

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Diplômé de York, Jason Sherman (BA ’85) est l’un des dramaturges les plus prolifiques et les plus reconnus de sa génération. M. Sherman a été invité à Glendon le 28 novembre dans le cadre de la deuxième conférence littéraire bp nichol cet automne. Cynthia Zimmerman, professeure de création littéraire à Glendon, a présenté M. Sherman comme un dramaturge « connu pour l’audace politique et comique de ses pièces et pour ses personnages complexes qui ne cessent de s’affronter. Ses pièces sont vives, drôles et pleines d’intelligence ». Urjo Kareda, le regretté directeur du théâtre Tarragon et illustre critique de théâtre, avait dit que « les écrits de Sherman portent sur de grandes idées ». M. Sherman écrit à plein temps pour le théâtre, la radio, la télévision, le cinéma et les médias écrits, et a travaillé dans de petits et grands théâtres. « Jason Sherman a une prodigieuse connaissance des éléments indispensables pour faire du théâtre dans ce pays », a ajouté Mme Zimmerman.

M. Sherman a lu des extraits de trois de ses pièces :
The Retreat (1996) et Patience (1998), qui ont été mises en scène pour la première fois au théâtre Tarragon; et After the Orchard, une pièce dont la première a eu lieu en septembre dernier au Centre national des Arts à Ottawa et qui a été saluée unanimement par les critiques. M. Sherman est un maître de l’ironie et du sarcasme; ses personnages sont tridimensionnels et confrontés à des problèmes réels, souvent sans solution. Commandité par le Théâtre anglais du Centre national des Arts, la pièce After the Orchard est inspirée de La Cerisaie de Tchekhov à qui elle rend hommage. Se déroulant à notre époque dans la région des chalets de l’Ontario, la pièce présente le dilemme d’une famille juive qui se demande si elle doit vendre ou non sa propriété. After the Orchard porte un regard touchant et drôle sur les familles, et ses personnages sont confrontés à certaines des mêmes questions que les membres de la famille Ranevsky dans La Cerisaie.

Questionné sur son approche de l’écriture, M. Sherman a expliqué qu’ils ne planifient pas à l’avance ses personnages, mais que ceux-ci émergent du processus d’écriture. Il a ajouté qu’il ne cesse de retravailler ses textes et de les modifier, parfois même à l’étape de la répétition. À une occasion mémorable, il a apporté d’importantes modifications à quelques phrases pendant les représentations d’avant-première – heureusement avec l’appui total des acteurs concernés.

M. Sherman a expliqué que le contenu juif présent dans toutes ses pièces est parfois un obstacle à leur mise en scène, pour des raisons inattendues. Il arrive que le public juif désapprouve le regard critique de M. Sherman sur les personnages juifs et les questions politiques. « Mon objectif est d’être critique, de déranger un peu et de faire réfléchir le public », a dit M. Sherman. Quant à la manière dont les nouveaux écrivains peuvent améliorer leurs écrits, M. Sherman a répondu sans hésitation : « Il faut continuer à écrire, car ce sont nos erreurs et nos réussites qui nous permettent d’apprendre. Il faut éviter de compiler un ‘répertoire de trucs’ qu’on réutilise. Un écrivain doit se demander ‘comment puis-je améliorer cela; comment puis-je faire ceci différemment’. On doit toujours essayer d’innover.


M. Sherman a décrit la fin des années 60 comme une période de grande innovation et de créativité sur la scène du théâtre canadien : il y avait en effet un public et de l’argent pour les nouvelles pièces, et les Canadiens voulaient voir des histoires à leur sujet, plutôt que des pièces britanniques ou américaines. « Aujourd’hui les choses ont bien changé, a dit M. Sherman. Le milieu est difficile et l’esprit très conservateur parmi les critiques comme le public. » Lorsque les pièces doivent être un succès commercial et qu’il suffit d’un échec pour faire tomber l’écrivain dans l’oubli, il n’y a aucune possibilité d’expérimentation. « Le théâtre est encore une activité marginale dans ce pays, a ajouté M. Sherman, si bien que gagner sa vie comme dramaturge est presque impossible. » Il a pu continuer à se consacrer au théâtre en travaillant pour divers médias – radio, télévision, cinéma – et comme journaliste et présentateur.

Depuis qu’il a commencé à écrire pour le théâtre il y a 15 ans, Jason Sherman a reçu plus de prix que tout autre dramaturge canadien de sa génération. Il a remporté le Prix du Gouverneur général (1996) pour
Three in the Back, Two in the Head (publié en 1994), un prix Chalmers (1993) pour The League of Nathans (1992), ainsi que le prix Dora Mavor Moore 1998 pour la meilleure pièce avec Patience (1998). Ses autres pièces comprennent The Retreat (1996), None is Too Many (1996) – basé sur le livre de Irving Abella ayant le même titre – Reading Hebron (1996), It’s All True (2000) et An Acre of Time (2001). L’été dernier, M. Sherman a adapté la pièce Les frères Karamazov de Dostoïevski pour le festival de théâtre de Stratford, adaptation qui lui a valu de nombreux éloges.

La prochaine invitée à la série de conférences littéraires
bp nichol sera la dramaturge et réalisatrice Judith Thompson. La conférence, ouverte à tous, aura lieu le 26 janvier 2006 de 12 h 30 à 15 h.

Cet article a été soumis par Marika Kemeny, spécialiste en communications du Collège Glendon.


Publié le 8 décembre 2005