L’ONU est-elle la réponse aux besoins du monde du 21e siècle?

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Quel est le rôle du Canada au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU)? Sommes-nous suffisamment efficaces? Comment le monde perçoit-il notre contribution aux activités des Nations Unies? Telles étaient certaines des questions auxquelles a répondu l’Ambassadeur John McNee (à droite), représentant permanent du Canada auprès des Nations Unies et diplômé de Glendon, à l’occasion de la conférence « Le Canada aux Nations Unies » organisée le 12 décembre dans le Manoir Glendon.

M. McNee a déclaré que le rôle traditionnel de maintien de la paix assuré par l’ONU est un élément fondamental de l’identité nationale canadienne. Cependant, il a souligné la nécessité de se baser sur des « faits et non sur des émotions » pour évaluer les 60 années d’activités de l’ONU et la participation du Canada à celles-ci. « Il ne faut pas simplement chercher à savoir si le Canada sert bien l’ONU, mais aussi à savoir si l’ONU sert bien le Canada », a dit M. McNee. Deux questions auxquelles il a répondu par un « oui » sans équivoque. Il a expliqué qu’à une époque marquée par la mondialisation, il existe un besoin fondamental d’institutions internationales, comme les Nations Unies, pour promouvoir des valeurs démocratiques, offrir de l’expérience et de l’expertise, et mettre en place une infrastructure chargée de la gestion des événements majeurs, de la paix et du rétablissement de celle-ci. Il a souligné le rôle important joué par les Nations Unies dans les missions d’aide après le tsunami asiatique en 2004, dans la gestion de la menace d’une pandémie de grippe asiatique et dans l’organisation de discussions internationales de haut niveau sur les changements climatiques. « L’ONU a un rôle accru à jouer au 21e siècle, a dit M. McNee. La véritable question est de savoir si elle sera à la hauteur des défis qui l’attendent. »

M. McNee a présenté les quatre volets du mandat fondamental de l’ONU : maintenir la paix et la sécurité internationales, promouvoir le développement social et économique, appuyer les questions liées aux droits de la personne et la primauté de la loi, ainsi que superviser les nouvelles questions transnationales, comme les changements climatiques et les pandémies, et jouer un rôle actif à cet égard.

À gauche : Le principal de Glendon, Kenneth McRoberts avec John McNee

En ce qui concerne notre réputation au sein des Nations Unies, John McNee a déclaré que le Canada jouit d’un grand respect parmi les pays membres. C’est un des membres fondateurs de l’ONU et sa contribution financière de 246 millions de dollars par an représente 3 % du budget global de l’ONU, une contribution qui est proportionnelle au PIB du Canada. Par ailleurs, le Canada est perçu comme un membre qui contribue à trouver des solutions pratiques aux problèmes qui se présentent. Il propose des idées importantes et compte une proportion élevée de diplomates remarquables, dont Louise Arbour, haut commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, et Daniel Bellemare, chef de la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies et procureur du tribunal spécial pour le Liban.


« Il n’est pas surprenant que les Canadiens soient si nombreux à occuper des postes de haut niveau [aux Nations Unies], a ajouté M. McNee. Ils ont en effet des compétences précieuses et un excellent niveau de formation; en outre, ils sont bilingues, ils ont de l’expérience et ils savent travailler avec les autres. » En échange de ce service, le Canada peut avoir une influence sur l’utilisation des fonds qu’il affecte aux Nations Unies, et sur la mise en place de nombreuses idées canadiennes, aujourd’hui à la base des activités de l’ONU. Ainsi, le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies, d’une valeur de 24 millions de dollars, est né d’une idée canadienne. Au lieu de recueillir comme par le passé des fonds d’aide pendant ou après les situations d’urgence – une tâche plus ou moins longue et à l’issue incertaine – les Nations Unies peuvent aujourd’hui répondre immédiatement et de manière équitable aux situations qui se présentent. En tant qu’initiateur de cette idée, le Canada a influé sur la conception et la définition du fonds. Le Canada a aussi de l’influence sur de nombreuses autres priorités des Nations Unies et ce, dans tous ses secteurs d’activités.

Cependant, les récents problèmes transnationaux ont fait ressortir de profondes tensions qui ont des répercussions sur les décisions prises par l’ONU. M. McNee a décrit brièvement le conflit entre la vieille doctrine des pays qui protègent leur souveraineté, et la responsabilité de l’ONU de protéger les populations dont les droits sont bafoués. « Les Nations Unis assument un rôle de leadership face à plusieurs problèmes transnationaux et internationaux, particulièrement en ce qui concerne la question des changements climatiques », a-t-il ajouté. À cet égard, il a souligné la difficulté pour les 192 pays de parvenir à un consensus, notamment de la part des principaux émetteurs de gaz à effet de serre.


John McNee avec son ancien professeur d'histoire, Albert Tucker, professeur émérite et ancien principal de Glendon

M. McNee a terminé sa conférence en revenant sur la question de la capacité des Nations Unies à faire face aux problèmes actuels. À son avis, les défis auxquels sont confrontés aujourd’hui le Canada et le reste du monde exigent une coopération internationale menée par les Nations Unies et d’autres organisations internationales. Mais les Nations Unies ont aussi de nombreux problèmes internes à surmonter. Il existe en effet de profondes divisions et des désaccords importants en ce qui concerne les priorités des pays développés et celles des pays en voie de développement. Il y a aussi des divisions sur les « valeurs », les droits de la personne et d’autres questions importantes qui font l’objet d’interprétations différentes. « Les Nations Unies peuvent et devraient être la réponse aux problèmes mondiaux actuels, à condition de pouvoir s’adapter aux besoins du 21e siècle et de se restructurer pour devenir une organisation moderne et efficace », a dit en conclusion M. McNee.

À droite : Le consul général de France à Toronto, Philippe Delacroix avec John McNee

Plusieurs anciens professeurs de M. McNee assistaient à la conférence organisée à Glendon, notamment Don Pilgrim, professeur d’histoire à la retraite qui lui avait enseigné l’histoire de la Renaissance et de la Réforme et l’historiographie; et le professeur émérite et ancien principal de Glendon Albert Tucker, qui lui avait enseigné l’histoire sociale britannique, au début des années 1970. « À l’époque, John et moi avions de longues discussions sur son avenir, a dit M. Tucker. Il était évident qu’il se destinait à un brillant avenir. » Parmi les autres membres éminents du public se trouvaient Lorna Marsden, ancienne présidente de l’Université York, et Philippe Delacroix, consul général de France à Toronto.

Au sujet de John McNee :

En tant que représentant permanent du Canada auprès des Nations Unies, John McNee représente notre pays à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité depuis le 1er juillet 2006. De 2004 à 2006, il a été ambassadeur en Belgique et au Luxembourg. Il est entré au ministère des Affaires étrangères en 1978 et a été affecté à Madrid, à Londres et à Tel Aviv. De 1993 à 1997, il a été ambassadeur en Syrie et au Liban (1993-1995).

Lorsqu’il était à Ottawa au ministère des Affaires étrangères, M. McNee a travaillé au Secrétariat pour le développement de la politique et à la Direction des relations transfrontalières avec les États-Unis. Il a également été directeur à la Direction du personnel et directeur général à la Direction générale du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord et des États du Golfe de 2001 à 2004. En outre, M. McNee a fait partie du groupe de travail du Premier ministre Trudeau sur la paix et la sécurité internationales et il a travaillé au Bureau du Conseil privé.

John McNee détient un BA en Histoire (Glendon, 1973) et une MA en Histoire de l’Université Cambridge (Royaume-Uni, 1975). Il a été boursier du Canada à Cambridge de 1973 à 1975.

Article soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 18 décembre 2007