Tutti Frutti à la Galerie Glendon : regard contemporain sur des thèmes bucoliques

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Difficile de ne pas remarquer la thématique nutritionnelle à la Galerie Glendon ces temps-ci! En septembre, les photographies d’Eye Candy 3 montraient de célèbres paysages canadiens… recréés à partir d'aliments traités. L’exposition actuelle, qui porte le titre alléchant de Tutti Frutti (« tous les fruits »), prend cette fois encore la nourriture comme source d'inspiration artistique. Si vous êtes comme moi, l’expression « tutti frutti » évoque le plaisir des gâteries enfantines, celui des bonbons mous et collants, aigres-doux, à saveur de fruits – tous les fruits.


Andrée Préfontaine et la fraise

Mais bon, il ne s’agit décidément pas de ça dans l’exposition d’Andrée Préfontaine! Elle a installé deux images, qui combinent la nature (des fruits et des légumes) et la technologie de pointe. En entrant dans la galerie, vous êtes captivé par l’image, projetée sur un mur, d’une énorme fraise qui bat, comme un cœur dans une poitrine – ce qui n’est pas sans éveiller chez le spectateur, par ailleurs et de façon inévitable, certaines associations sexuelles. La seconde installation interactive mélange couleur, son et projection, avec l’aide d’un ordinateur et d’une caméra. Les visiteurs sont invités à déplacer des morceaux de poivron, de concombre, de tomate et des haricots verts sur une surface de verre éclairée par en dessous, dont l’image est projetée sur le mur d’à côté.

Avec Tutti Frutti, l’artiste revoit des thèmes « bucoliques » d’une façon qui lui est propre, en utilisant des installations audiovidéographiques interactives. « L’utilisation de thèmes campagnards se veut un éloge de la beauté et du temps qui passe, de dire A. Préfontaine. Les artistes combinent fréquemment les représentations de la nature avec des éléments sonores et visuels. En nous rappelant que le temps fuit, ces éléments nous incitent à nous raccrocher à quelque chose qui dure, puisque nos plaisirs sont éphémères. » L’artiste invite donc les visiteurs à jouer différents rôles dans le processus créatif : ceux de cuisinier, de compositeur et d’artiste, par la création d'une nature morte rendue vivante grâce aux images et aux sons.


On s'amuse bien avec l'art intéractif

A. Préfontaine n’est pas avare d'explications sur la technologie qui sous-tend ses installations : photographie automatique, manipulations sonores, reconnaissance informatique d’ondes sonores et d’ondes de couleurs précises, création de sons texturés, pistage, bouclage et autres procédés électroniques. Elle a affiné ces habiletés au cours de sa vaste formation, qui recoupe la musique, la technologie et les arts visuels. Issue d’une famille de plusieurs générations de musiciens, elle est violoncelliste de formation. Mais elle voulait sortir du moule familial et a toujours été fascinée par les autres formes d’art. Après avoir obtenu son baccalauréat en interprétation du Conservatoire de musique de Montréal, en 1977, elle a poursuivi des études en arts visuels et obtenu un bac de l’Université du Québec à Hull, en 1994, et une maîtrise de l'Université du Québec à Montréal, en 1998.

À propos de l’image de la fraise, elle déclare : « Je voulais représenter la temporalité de l’image et de la vie. » Et c’est exactement ce qu’elle a réussi à faire, en filmant sans interruption le fruit sur vidéo, jusqu’à ce qu’il sèche et se dégénère. Elle a ensuite accéléré la vidéo et rabouté les images du déroulement habituel à celles du rebobinage, d’où l’effet de pulsation.

« Cette œuvre me permet d’aborder l’art contemporain par le biais de son raffinement, a commenté Martine Rheault, coordonnatrice des affaires artistiques et culturelles de Glendon. Elle me permet de comprendre à quel point les façons de concevoir l’art moderne sont variées. »

Tutti Frutti est à l’affiche à la Galerie Glendon du 7 novembre au 15 décembre, du mardi au vendredi, de 12 h à 15 h et le samedi, de 13 h à 16 h. De plus amples renseignements sont disponibles sur le site Web de la galerie, au www.glendon.yorku.ca/gallery.

Cet article est proposé par l’agente de communication de Glendon, Marika Kemeny.


Publié le 9 novembre 2006