Enveloppes du corps/ works on paper and slate : une exposition fascinante à la Galerie Glendon

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La Galerie Glendon présente, depuis le 27 octobre, les peintures et dessins au fusain de Lorène Bourgeois. Mise en oeuvre par le conservateur de la Galerie, le professeur en arts visuels et artiste des nouveaux médias Marc Audette, cette exposition marquante explore les aspects formels et matériels du vêtement et de son rapport au corps.

Les quatorze œuvres présentées entraînent le spectateur à la découverte d’habits et de parties du corps – humain, et même parfois du corps animal – grâce à une technique qui leur insuffle une vie propre. Dans le passé, fascinée par le corps, par le visage surtout, Lorène Bourgeois a travaillé surtout avec des sujets humains. « J’allais dans les musées regarder les sculptures, dit-elle, et j’avais l’impression que, par mes dessins et mes peintures, je donnais une vie nouvelle à des gens d’il y a longtemps. »


Lorène Bourgeois explique son oeuvre au vernissage

Elle en vint à réaliser que les vêtements drapés sur les sculptures possédaient leur propre beauté, et qu’ils arrivaient à rendre sensibles la texture et le poids d’un tissu particulier, ou encore d’une période de l’histoire. En 2007, elle a reçu une bourse qui lui a permis de se rendre en Angleterre, à Londres, et de passer plusieurs semaines à étudier la façon dont le vêtement était représenté dans les peintures, les dessins et les sculptures. « J’ai passé le plus clair de mon temps au Victoria and Albert Museum et au musée de la Guerre, mais aussi dans les cimetières, à observer les monuments. » Elle a été stupéfiée par la façon dont le vêtement, sa texture et ses plis peuvent raconter l’histoire d’une autre peau – en d’autres mots, révéler ce qu’ils sont censés cacher.

À droite : Mains au repos

En fait, les œuvres exposées à Glendon sont l’expression concrète d’une métaphore – d’une synecdoque, plus précisément, c’est-à-dire qu’elles expriment le tout au moyen d’une de ses parties. Un œil, des lèvres, deux mains ou une chemise symbolisent ainsi la personne entière et ses traits physiques. Par exemple, le dessin au fusain d’une chemise de l’époque victorienne, dont l’ouverture déchire le devant en diagonale : le dessin s’intitule Cicatrice (2009) et il traduit les rudesses que le propriétaire sans doute a éprouvées durant sa vie.

Camisole (2007) nous dit l’histoire de la femme vaillante qui portait cette blouse de lin aux plis lourds grossièrement tissés. Sans voir ni ses mains, ni son visage, on imagine son corps en dessous. Même la texture du papier reflète la facture maison du tissu.

À gauche : Stay (Baleines de corset)

Les Mains au repos (2007) sont manifestement des mains qui ont connu le dur labeur : des mains de fermier, peut-être, ou de vigneron – et voilà qu’une histoire se tisse au sujet de ces mains et de leur propriétaire, des gestes accomplis au cours d’une vie.

Un dessin très émouvant et dérangeant représente une infirmière de la Première Guerre mondiale en uniforme. Intitulé Dark Cross (« Sombre Croix », 2009), il parle de la tragédie et des horreurs que les femmes comme elle ont vécues, et des blessés et des morts dont elles se sont occupées.

Stay (« Baleines de corset », 2008) vous fait presque sentir l’étouffement de ce corset victorien qui, en les serrant cruellement, servait à mouler le corps des femmes dans des formes artificielles afin qu’ils correspondent aux canons de beauté de l’époque. On peut y voir un commentaire critique de ce que les femmes devaient endurer.

À droite : Dark Cross (Sombre croix)

Buttons (comme dans belly-buttons, « nombrils », 2005) montre une veste dont les boutons ressemblent à des nombrils, tandis que Night Cap (« Bonnet de nuit », 2009) nous montre un personnage qui semble tiré d’une pièce de Molière, affublé d’un bonnet couronné d’une espèce de vague – la touche comique de l’artiste.

L’œuvre qui donne son titre à l’exposition est la plus récente de Lorène Bourgeois, qui y a mis la touche finale juste avant le vernissage. Enveloppes du corps montre un mouton enveloppé d’une couverture d’un genre particulier, avec des trous pour les yeux, les oreilles et le museau, semblable à celles qu’on utilise dans les foires agricoles pour empêcher les animaux de se salir. Sur le dessin, le mouton fait face à un garçon qui porte un masque à gaz. « Ce que ce dessin me fait voir, a commenté la principale adjointe de Glendon, Rosanna Furgiuele, c’est l’humanisation des animaux par opposition à la déshumanisation des personnes. »

À gauche : G-d : Directeur général de Glendon Gilles Fortin, Principal adjointe (Services aux étudiants) Rosanna Furgiuele et technologiste de médias Duncan Appleton

Lorène Bourgeois travaille parfois à partir de photos, mais ses œuvres sont des créations indépendantes, entièrement personnelles. La production de ces dessins et peintures est selon elle un travail extrêmement rigoureux, qui prend beaucoup de temps; maintes tentatives, moult remodelages ont lieu avant qu’une œuvre soit terminée. « Ces dessins sont la source de grands moments d’enthousiasme et de joie, mais aussi de déception et de désespoir, ajoute-t-elle. Finalement, il faut avoir la foi, et croire que ça va marcher. »

La professeure Véronique Tomaszewski, du département de Sociologie de Glendon, qui siège au comité consultatif de la Galerie, explique pourquoi les œuvres de cette artiste ont été retenues. « Lorène maîtrise les techniques du dessin [au fusain] d’une façon telle qu’elle élève ce médium bien au-dessus de ses limites. Grâce à son travail délicat, minutieux, elle nous entraîne au-delà de la réalité, dans le domaine du fantastique et du surréel. Grâce à son intelligence et à son sens de l’humour, elle crée un jeu visuel entre la surface et ce qui se trouve dessous, et cela donne de la profondeur à notre perception visuelle et attise notre imagination. »

À droite : Night Cap (Bonnet de nuit)

Enveloppes du corps/ works on paper and slate est à l’affiche à la Galerie Glendon depuis le 27 octobre et le restera jusqu’au 11 décembre. Pour les heures d’ouverture et les indications routières, visitez le site Web de la Galerie. La Galerie Glendon est administrée par le Bureau des services aux étudiants du collège Glendon de l’Université York, sous la direction de la principale adjointe, Rosanna Furgiuele.


Au sujet de Lorène Bourgeois

Née en France, Lorène Bourgeois vit au Canada depuis 1984. Elle a fait son apprentissage à Paris, à Philadelphie et à Halifax (MFA, NSCAD University, 1986). Ses dessins, peintures et gravures ont fait l’objet de nombreuses expositions partout au Canada, ainsi qu’en France, en Corée, en Russie et aux États-Unis. Ses œuvres figurent parmi de nombreuses collections publiques et privées, dont celles de la Banque d’œuvres d’art du Conseil des Arts du Canada, du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, d’Ernst & Young, du Musée d’art contemporain canadien (MACC), de la Banque Nationale du Canada et de l’Université de Toronto.

L'artiste devant Enveloppes du corps


Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 3 novembre 2009