Conférence John Holmes : le directeur des activités de HRW auprès de l’ONU parle du pouvoir des ONG

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Le directeur des activités de promotion d’intérêts de Human Rights Watch auprès des Nations Unies, Steve Crawshaw, était l’invité de la conférence John W. Holmes, le 17 novembre, à Glendon. Devant une salle comble, il a fait état des nombreux moyens dont disposent les organisations non gouvernementales (ONG) pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin sur la planète.

Dans son mot de bienvenue, le principal Kenneth McRoberts a rappelé le point de vue unique de Glendon, un collège d’arts libéraux axé sur les affaires et les services publics. « Quarante-trois ans après l’inauguration de ce collège, nous aspirons toujours aux mêmes buts [que ceux déterminés par le premier principal, Escott Reid], et les conférences John Holmes sur les affaires publiques et les événements phares de l’actualité sont devenues, chez nous, une institution. »


G-d : Le principal de Glendon, M. Kenneth McRoberts ; M. Steve Crawshaw, directeur des activités de HRW auprès de l'ONU ; Stanislav Kirschbaum, professeur en Études internationales à Glendon ; et M. Mark Hyatt, petit-neveu de John W. Holmes

Stanislav Kirschbaum, professeur aux Études internationales, présidait la conférence intitulée Making an Impact: The Role of Non-Governmental Organizations in a Changing World [« Un rôle efficace : l’impact des organisations non gouvernementales dans un monde en mutation »]. M. Kirschbaum a fait un historique révélateur de la série de conférences John W. Holmes, qui célèbre cette année son 20e anniversaire, ainsi que de la personne exceptionnelle qui a donné son nom à l’événement. (Pour plus de détails sur la conférence commémorative John Holmes à Glendon, voir ci-dessous.)

Dans son exposé, Steve Crawshaw a fait un survol du rôle des ONG et du travail de celle qu’il représente, Human Rights Watch. « Tout au long de l’histoire, certaines organisations particulières ont posé des gestes importants pour protéger les droits humains », a-t-il dit. Il a donné l’exemple de la Congo Reform Association, fondée en 1904 par Edmund Morel dans le but de faire avancer la cause de la main-d’oeuvre exploitée, réduite à l’esclavage, dans ce qui était à l’époque le Congo belge. L’association a obtenu l’appui de plusieurs grands écrivains tels Joseph Conrad, Anatole France, Arthur Conan Doyle et Mark Twain, qui ont fait connaître la cause au public au moyen de leur production littéraire.

Human Rights Watch (HRW) a été fondée en 1978 sous le nom de Helsinki Watch, avec mission de veiller au respect par l’ancienne Union soviétique des Accords d’Helsinki. Ces Accords avaient été signés par 35 États, dont le Canada, dans le but d’améliorer les relations entre le bloc communiste et les pays de l’Ouest. Ils ont permis aux opposants du régime, dans les pays d’Europe de l’Est et plus tard dans d’autres régions du monde, de faire entendre leur voix.

À gauche : G-d : Stanislav Kirschbaum ; Jennifer Bush, une des gagnantes de la bourse Edward R. et Caroline Appathurai ; et Mme Caroline Appathurai

À la suite des Accords d’Helsinki, nombre d’organisations sont nées, comme Americas Watch, Asia Watch, Africa Watch et Middle East Watch, que l’on connaît collectivement sous le nom de « Watch Committees » – les comités de surveillance. Tous ces groupes ont été réunis sous le nom de Human Rights Watch en 1988.

HRW poursuit son mandat de dénoncer à la face du monde les atteintes aux droits humains et, par le biais de rapports fondés sur des faits, d’en faire état devant des organismes comme la Cour pénale internationale. Les massacres de masse au Cambodge, le génocide rwandais, le génocide bosniaque, les violations des droits humains en Chine, entre autres, ont tous été documentés et dénoncés par HRW. « Les ONG ont le pouvoir de faire connaître ces crimes à l’ensemble du monde, et ultimement à la justice, d’une façon qui demeure impossible pour la diplomatie, a expliqué M. Crawshaw. En rassemblant tous les faits et au moyen de ce qu’on pourrait appeler une “triangulation”, c’est-à-dire en s’appuyant sur d’autres organisations alliées, les ONG ont le moyen d’exercer de la pression et de traduire les criminels en justice. » Steve Crawshaw a loué le rôle déterminant des organisations canadiennes, qui n’hésitent pas à dénoncer devant la Cour pénale internationale ceux qui violent les droits humains. Les accusations de crimes de guerre portées contre le Darfour et le Rwanda pour diverses raisons (usage de mines antipersonnel et d’armes contre des civils, viol, génocide) ont atteint leur but grâce au travail d’ONG canadiennes.

« Nous vivons dans un monde où les choses changent rapidement, et les défis que doivent relever les ONG changent au même rythme », a-t-il ajouté. Les événements du 11 septembre 2001 ont eu un effet direct sur HRW : les bureaux new-yorkais de l’organisation sont situés dans l’Empire State Building et le personnel a cru qu’il serait la prochaine cible. « Il était clair cependant que les règles devaient être respectées, même au cœur d’une telle urgence. Nous avons compris à ce moment-là que nous ne devions pas nous laisser emporter par “le court terme”, mais que nous devions respecter, quelles que soient les circonstances, les lois qui protègent les droits de la personne. Il ne devrait jamais y avoir de mauvais moment pour s’inquiéter du respect des lois. »

Le conférencier a cité maints exemples de cas où la diplomatie était arrivée au bout de ses arguments, mais pas les ONG, qui ont pu dénoncer publiquement de graves atteintes aux droits humains et forcer des organisations et des gouvernements à agir. « Le dialogue public et le soutien accordé aux droits humains sont nécessaires pour que les sociétés comprennent la réalité des principes de la primauté du droit et de la responsabilité, précise-t-il. Human Rights Watch a des partenaires partout autour du monde; c’est un bon endroit pour agir socialement et contribuer activement au changement. »

À droite : La nouvelle biographie de Holmes par le Dr. Adam Chapnick

Plusieurs invités spéciaux ont été honorés lors de cette soirée, dont Mark Hyatt, petit-neveu de John Holmes, qui assistait à la conférence. Le biographe de J. W. Holmes, Adam Chapnik, était également présent. Son ouvrage intitulé Canada’s Voice: The Public Life of John Wendell Holmes (« La Voix du Canada : la vie publique de John Wendell Holmes ») vient tout juste de paraître aux presses de la UBC (novembre 2009).

Caroline Appathurai était présente également pour remettre les bourses Edward R. et Caroline Appathurai en Études internationales aux gagnantes de cette année, qui ont obtenu les moyennes les plus élevées pour leur troisième année dans le programme d’Études internationales. Jennifer Bush, maintenant en quatrième année, a remercié Mme Appathurai à la fois pour l’honneur qu’on lui faisait et pour la somme, qui couvre une part importante de ses dépenses universitaires. L’autre récipiendaire d’une bourse, Mélissa Gélinas, étudie en Espagne cette année et recevra sa bourse là-bas. (Pour de plus amples renseignements au sujet des bourses en Études internationales Edward R. et Caroline Appathurai, voir ci-dessous.)

Au sujet de Steve Crawshaw

Steve Crawshaw s’est joint à Human Rights Watch en 2002, à titre de directeur de la branche londonienne de l’organisation. Il en est devenu, en 2006, le directeur responsable des activités de promotion et de défense d’intérêts auprès des Nations Unies. Avant cela, Steve Crawshaw avait été journaliste pour The Independent, et ce, dès le lancement de ce quotidien. Il y a occupé les postes de chef d’antenne en Allemagne, de correspondant principal à l’étranger et de rédacteur en chef de l’actualité étrangère. Parmi les événements qu’il a couverts, notons les révolutions des pays d’Europe de l’Est, l’effondrement de l’empire soviétique et la guerre dans les Balkans. Il a étudié le russe et l’allemand à Oxford et à l’Université de Leningrad.

Il est l’auteur de Goodbye to the USSR (1992) et de Easier Fatherland: Germany and the Twenty-First Century (2004). Il a coanimé Germany Inside Out, une série télévisée produite par la BBC, et coécrit un ouvrage à paraître en 2010, Small Acts of Resistance: How Courage, Tenacity and a Bit of Ingenuity Can Change the World.

Au sujet de la conférence commémorative John Holmes 2009

La Conférence annuelle John Holmes à Glendon commémore feu John W. Holmes, O.C., diplomate canadien, écrivain, administrateur et professeur de relations internationales à Glendon de 1971 à 1981. John Holmes fut l’infatigable champion du Canada, au pays comme à l’étranger, dans les milieux politiques, diplomatiques et éducatifs. Il prit part à la fondation des Nations Unies et assista à la première Assemblée générale de l’organisme en 1945.

Peu après sa mort, en 1988, un fonds a été doté à Glendon grâce à l’initiative du professeur Albert Tucker, principal du collège de 1970 à 1975 et directeur du département d’Histoire à cette date, afin d’organiser à la mémoire de Holmes une série annuelle de conférences parrainées par le programme d’Études internationales du Collège. La série a été inaugurée en 1989 par feu Edward Appathurai, fondateur des Études internationales à Glendon, Albert Tucker lui-même et trois diplômés de Glendon, Jim Dow, Marshall Leslie et Martin Shadwick, qui avaient suivi l’enseignement de Holmes sur la politique étrangère et la politique de défense du Canada.

La première Conférence commémorative John Holmes a été prononcée par Sir Brian Urquhart, secrétaire général adjoint des Nations Unies (à la retraite), en 1989. Au rang des prestigieux conférenciers figurent également l’ancienne première ministre du Canada, Kim Campbell; l’ancienne vice-secrétaire générale des Nations Unies, Louise Fréchette; les ambassadeurs canadiens Geoffrey Pearson et Anne Leahy; John Ralston Saul, auteur renommé et figure importante de la vie publique canadienne; Peter deCarteret Cory, juge de la Cour suprême (à la retraite); l’ancien secrétaire général adjoint d’Amnesty International (et diplômé de Glendon), Vincent del Buono; Thomas R. Berger, O.C., c.r., O.B.C., avocat et juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique (à la retraite); et d’autres encore.

Au sujet des bourses en Études internationales Edward R. et Caroline Appathurai

Ces bourses ont été dotées à la mémoire du professeur Edward Appathurai, ancien diplomate du Ceylan arrivé en 1968 à l’Université York, où il a enseigné les relations internationales et la diplomatie et créé le programme d’Études internationales de Glendon, devenu depuis le département d’Études internationales. Comme le soulignait le professeur Kirschbaum lors de la conférence, « John Holmes prenait un immense plaisir à côtoyer les étudiants de l’Université, et il était particulièrement enthousiaste quand il enseignait à de jeunes gens motivés et travailleurs. Il ne fait aucun doute pour moi qu’il aurait trouvé tout à fait appropriée l’idée de récompenser les meilleurs étudiants du département d’Études internationales à l’occasion de cette conférence. » Les bourses d’études sont donc remises chaque année, à l’occasion de la conférence John Holmes, aux deux étudiants inscrits en quatrième année d’études internationales qui ont obtenu la moyenne la plus élevée pendant leur troisième année dans ce programme.

Un article de Marika Kemeny, agente de communications au Collège universitaire Glendon


Publié le 8 décembre 2009