Exposition de photos en cours à la Galerie Glendon : la création d’espaces narratifs par la conjugaison du texte et de l’image

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Heureusement qu'il y avait le monde autour de moi est le titre intrigant de la plus récente exposition de photos présentée à la Galerie Glendon. La mise en espace des œuvres de l’artiste montréalaise Josée Pellerin a été confiée au commissaire Marc Audette. Dix des douze impressions numériques grand format qui constituent l’exposition résultent de la juxtaposition de deux photos qui représentent l’une un lieu intérieur et l’autre, un lieu extérieur. Superposé sur chacune de ces oeuvres, un bref texte exprime les pensées et réactions de l’artiste à ces images.


Josée Pellerin avec deux de ses impressions numériques sur polypropylène

Il émane de l’exposition une impression de calme et d’apaisement, une ambiance contemplative qui permet au spectateur de saisir la nature binaire de chaque œuvre et de réfléchir au texte qui lui est associé. Une aura de mystère plane également sur les photos exposées – superposés sur les images, les mots de l’artiste évoquent des événements ou des situations, suggèrent que quelque chose est en train de se produire par-delà l’image, dans ces lieux pourtant désertés de toute présence humaine.


Flânerie au marché un dimanche après-midi

« Si j’ai choisi les espaces publics comme sujet, c’est qu’ils me touchent énormément, explique Pellerin, je m’y sens chez moi. » Elle aime poser sur le monde un regard qui s’apparente à celui d’un intrus. La ville lui sert de laboratoire; au gré de ses errances, elle y découvre des scènes qui captent son imagination. L’élément humain s’intègre à ses œuvres à travers le texte, des petits récits qui parlent du lieu et des événements qui pourraient s’y produire ou s’y être produits… bientôt, là, juste au coin de la rue, ou il y a à peine quelques minutes, mais pas dans l’immédiat. Pour celui qui regarde, cette rupture entre le temps et l’espace est accentuée par le fait que le texte n’est, en réalité, peut-être pas lié à la photo. La poésie textuelle de l’artiste, toutefois, évoque toujours une ambiance appropriée à l’image. « J’aime le côté surréaliste, presque dadaïste, de cette collection », fait remarquer Pellerin, qui ajoute qu’elle est préoccupée par les éléments fictionnels de l’expérience humaine, qui font contraste avec la réalité. « Au 21e siècle, nous sommes obsédés par le fait de “tout dire” et sommes constamment exhortés à “faire quelque chose” ». Ces œuvres illustrent sa réaction à ces impératifs, son effort pour fictionnaliser son monde.

Josée Pellerin prend des photos numériques haute résolution et les imprime sur des panneaux en polypropylène montés sur une couche de plexiglas. Chaque pièce est légère, dépourvue de cadre et rien ne vient distraire le spectateur des images en tant que telles. Leur surface lisse et brillante est une invitation à pénétrer dans des espaces fictifs, intemporels. « J’aime l’élément de doute qui émane de ces images, l’incertitude par rapport à ce qui est réel et à ce qui arrive », ajoute Pellerin.

À droite: Flânerie dans un palais

Dans la photo no 2, Flânerie dans une cathédrale, ce sont des pieds proéminents qui soulèvent un doute : à qui appartiennent-ils? À une personne réelle ou à une statue? Dans Flânerie dans le port (no 9), nous voyons le paysage urbain à travers une feuille de plastique, ce qui ajoute une dimension, adoucit les angles, pourrait-on dire, comme une couche de plus entre le spectateur et la réalité. L’œuvre no 11, Flânerie dans un palais, explore les dimensions spatiales par la juxtaposition de l’extérieur moderne d’un immeuble d’habitation et l’intérieur d’un palais italien inspiré de Dante. Le guide (un futur médecin selon le texte en surimpression) amène les visiteurs chaque jour en enfer, au purgatoire et au paradis. On sent chez Pellerin l’influence de la peinture, qu’elle a pratiquée à ses débuts, dans sa préoccupation pour les couleurs, les textures, les couches qui se superposent et ses états d’âme.

Le titre de l’exposition est une déclaration personnelle de l’artiste, de sa joie de découvrir le monde qui l’entoure, de pouvoir l’observer de l’extérieur tout en en faisant partie, de s’ouvrir aux expériences qu’il offre et d’être en relation avec lui par ses impulsions créatrices.

À gauche: Flânerie dans une assiette avec un couteau

Les photos présentées sont le fruit de divers voyages à l’étranger : Rome, Buenos Aires, Paris, etc. Après les avoir prises, l’artiste a associé intérieurs et extérieurs – qui souvent ne sont pas reliés l’un à l’autre – et a intégré au résultat ses observations poétiques : les émotions et réflexions que lui suggéraient ces images. La collection présentée est également incluse, avec de nombreuses autres œuvres de l’artiste, dans un livre récemment publié aux Éditions J’AI VU et intitulé Heureusement qu’il y avait le monde autour de moi / Luckily I Had the World Around Me. Josée Pellerin vit et travaille à Montréal, où elle enseigne les arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Heureusement qu’il y avait le monde autour de moi / Luckily I Had the World Around Me est présentée à la Galerie Glendon du 15 janvier au 8 février. La prochaine exposition sera l’Exposition annuelle des étudiants de Glendon, qui débutera le 26 février. La Galerie Glendon se consacre à l’art canadien contemporain et à la promotion des artistes canadiens. Pour connaître les heures d’ouverture de la Galerie et les futures expositions qui y seront présentées, visitez son site Web : www.glendon.yorku.ca/gallery.

Soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 24 janvier 2008