Une première à York : une série de conférences sur « La cognition en contexte » offerte sur les deux campus

Share

Dans l’étude du comportement animal, l’imposition de notre perception humaine du monde à d’autres groupes d’animaux est une voie sans issue. Par exemple, nous, les humains, sommes focalisés visuellement, mais c’est par l’odorat que beaucoup d’animaux font l’expérience du monde. De sorte que si un paquet de viande est caché derrière une porte, nous ne saurons pas qu’il est là, tandis qu’un chien ou un ours le sentira et détectera sa présence, même si la viande est complètement dissimulée. Étant donné de telles différences entre les univers de chaque groupe animal, le défi pour nous consiste à mettre au point des méthodes adéquates d’étudier le fonctionnement de leur psyché… à eux.

C’est ce défi que veut relever la toute nouvelle série de séminaires et conférences intitulée « La cognition en contexte », subventionnée par une bourse pour séminaire de recherche avancée de l’Université York. Commandité conjointement par le département de psychologie de Glendon et par les programmes de sciences cognitives, de philosophie et de lettres de York, ce projet comprend des séminaires et des conférences publiques. Les séminaires ont pour but de discuter les publications récentes des professeurs invités, qui donneront aussi, chacun leur tour, une conférence publique sur un sujet connexe.

« Nous souhaitons donner la parole à des spécialistes des différents domaines de l’étude des capacités cognitives des animaux », de dire Anne Russon, professeure de psychologie à Glendon et l'une des deux organisatrices de ce projet. Ces domaines comprennent l'informatique, la philosophie, la psychologie et la linguistique. Les informaticiens conçoivent et construisent des animats (des animaux artificiels), dans le but de modéliser les capacités cognitives, en commençant par les systèmes les plus simples. Les philosophes étudient les aspects théoriques et méthodologiques de la nature des psychés non humaines et les processus scientifiques qui sous-tendent la supposition de l’existence de telles psychés. Les psychologues observent et étudient le comportement animal et font des expériences pour éprouver certaines capacités, en particulier les mécanismes cognitifs qui les sous-tendent. Les linguistes étudient les systèmes de communication des animaux; ils aident à construire et à analyser des langages artificiels qui peuvent être enseignés aux animaux non humains dans le but de faciliter la communication entre les espèces. A. Russon ajoute : « York a beaucoup de chance d’avoir attiré des chercheurs de ces quatre disciplines parmi nos professeurs, et c’est ce qui nous permet d’offrir des séminaires de recherche avancée sur la cognition animale ».

A. Russon travaille en collaboration avec Kristin Andrews, professeure adjointe de philosophie et coordonnatrice du programme de sciences cognitives sur le campus Keele. K. Andrews s’intéresse à la psychologie populaire, à la psychologie morale et à la cognition comparée. A. Russon est une éminente primatologue, spécialiste de l’intelligence des grands singes, dévouée à la cause des orangs-outangs, les singes orange menacés de disparition. « Le champ des sciences cognitives est multidisciplinaire, mais, trop souvent, les aspects les plus intéressants du travail interdisciplinaire tombent entre les mailles du filet. Au lieu de penser les sciences cognitives comme de simples études parallèles de l’esprit, nous entreprenons [avec cette série de conférences] des études de cognition comparée. » Plusieurs autres universités se sont engagées à participer à la série de séminaires. Des professeurs et des chercheurs postdoctorants de York, de l’Université de Toronto, de l’Université de Buffalo et d’ailleurs sont inscrits comme participants réguliers.

La série de conférences « La cognition en contexte » vise à promouvoir la méthodologie de la cognition comparée, en réunissant des philosophes, des psychologues, des linguistes et des informaticiens pour étudier en profondeur les habiletés d’au moins quatre espèces animales différentes. Les éminents invités apporteront les outils et les acquis de leurs disciplines respectives, afin d’alimenter la réflexion au sujet des capacités cognitives de différents animaux. A. Russon et K. Andrews sont certaines qu’un précieux enrichissement mutuel sera le fruit de cette quête des ressemblances et dissemblances entre les sujets de recherche.

Un geaie à gorge blanche en train d'apprendre de nouvelles compétences

La première conférence de la série a eu lieu à Glendon, le 27 octobre dernier. Nathan Emery, professeur au sous-département du comportement animal de l’Université de Cambridge, en Angleterre, a offert une causerie et un séminaire intitulé How to Build a Scrub-Jay That Reads Minds (« Comment fabriquer un geai à gorge blanche qui lit les esprits »). Chercheur émérite à la Royal Society, N. Emery travaille actuellement à un projet intitulé Social Reasoning: Evolution, Cognition and Neurobiology (« Le raisonnement social : évolution, cognition et neurobiologie »). Il est spécialiste de l’intelligence sociale des corvidés, notamment des comportements de cache, de la théorie de l’esprit et du regard social. Parmi les conférenciers à venir : Susan Perry, du département d’Anthropologie de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), dont la conférence du 2 février 2007 est intitulée : Social Learning in Wild Capuchin Monkeys (« Apprentissage social chez les singes capucins en liberté »); et Tetsuro Matsuzawa, de l’Institut de recherche sur les primates de l’Université de Kyoto, au Japon, qui animera une causerie sur le développement cognitif des chimpanzés, le 29 mars 2007.

Cet article est proposé par l’agente de communication de Glendon, Marika Kemeny.


Publié le 16 novembre 2006