Conférence à Glendon sur la renaissance cubaine

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Le Club d’économie de Glendon (CEG) et le Groupe de recherche de Glendon sur les affaires publiques et internationales (GRGAPI) ont accueilli deux universitaires cubains et un historien canadien à l’occasion d’une conférence organisée le 14 novembre sur le thème « La renaissance cubaine : l’histoire politico-économique des relations entre Cuba, les États-Unis et le Canada ».

Jorge Mario Sanchez, professeur d’économie internationale, et Raul Rodriguez, professeur d’histoire et de relations internationales, tous les deux de l’Université de La Havane (Cuba), ont participé à une table ronde animée par Robert Wright de l’Université Trent.

Professeur agrégé à l’Université Trent, Robert Wright, Ph.D., est spécialisé en histoire canadienne, en politique étrangère et dans les questions de souveraineté. Il est l’auteur de Three Nights in Havana: Pierre Trudeau, Fidel Castro, and the Cold War World (Harper Collins, 2007), ainsi que de plusieurs autres livres et de nombreux articles portant sur ses domaines de spécialisation.

À la demande de Robert Wright, Sanchez et Rodriguez ont tour à tour rappelé les grands moments de l’histoire de l’île, depuis la fin du 19e siècle jusqu’à aujourd’hui. Ils ont brièvement décrit la manière dont Cuba percevait initialement le Canada, à savoir comme un dominion au sein de l’Empire britannique représentant les intérêts de ce dernier. Il y avait alors très peu d’interaction entre les deux pays. À cette époque, Cuba était très dépendant des États-Unis, une situation qui changea brusquement après 1959, année marquant le début de la révolution cubaine et la coupure des liens avec les économies occidentales, dans le but d’assurer l’indépendance de l’île. La réaction des États-Unis, qui fut immédiate, n’a pas changé depuis cinquante ans : embargos économiques, menaces militaires et nombreuses activités d’infiltration visant à renverser le gouvernement Castro.

Raul Rodriguez a fait remarquer que, même si pendant la guerre froide qui s’ensuivit le Canada fut l’un des principaux alliés des États-Unis, il ne participa pas à l’initiative américaine d’embargo. Au contraire, le Canada maintint ses échanges commerciaux avec Cuba, bien que cela ait parfois causé de graves frictions avec les États-Unis, notamment pendant la durée du mandat de John. G. Diefenbaker comme premier ministre.

Rodriguez a déclaré que le commerce a toujours été le moteur des relations canado-cubaines, le Canada faisant preuve d’une certaine tolérance à l’égard des différences idéologiques, à une époque où les États-Unis s’opposaient vigoureusement à la participation de Cuba à diverses initiatives, comme les apports d’aide aux pays de gauche en Afrique et en Amérique du Sud.

Rodriguez a parlé des domaines offrant des possibilités de coopération entre nos deux pays, comme les relations bilatérales en matière d’investissement, de tourisme et de commerce. « Une coopération fructueuse dans ces domaines offrirait des avantages économiques concrets aux deux pays et serait un exemple pour l’Amérique latine en général », a déclaré M. Rodriguez. Selon lui, le Canada et Cuba ont plusieurs points en commun, notamment en ce qui concerne leurs efforts pour se définir comme État-nation face à leur voisin américain.

Toutefois, Rodriguez a fait remarquer que depuis le milieu des années 80 – marquées par la mise en place de l’Accord de libre-échange (ALE) – la relation entre nos deux pays s’est détériorée, si bien que Cuba cherche progressivement des partenaires commerciaux dans l’hémisphère Sud. « La question est de savoir jusqu’où le Canada est prêt à aller pour défier l’embargo américain et maintenir – voire accroître – le commerce avec Cuba », a ajouté Rodriguez.

Ensuite, Jorge Mario Sanchez a fait un tour d’horizon des perspectives concernant les relations entre le Canada et Cuba. Il a confirmé qu’un très grand nombre d’entrepreneurs canadiens se sont initialement intéressés aux possibilités de relations avec Cuba, mais que depuis que le gouvernement Harper suit de beaucoup plus près que ses prédécesseurs les directives américaines, ces relations ont connu un déclin. L’ALE a entraîné une réduction importante du commerce entre les deux pays, une baisse à laquelle il pourrait être très difficile de remédier sachant que Cuba se tourne de plus en plus vers le commerce avec l’Amérique latine. Un exemple : ses relations avec le Venezuela ont conduit à l’établissement de nombreuses coentreprises et à un essai d’intégration institutionnelle, et sont facilitées par l’utilisation d’une langue commune et le haut niveau de formation de la main-d’œuvre cubaine.


De gauche à droite: Robert Wright, Raul Rodriguez, Jorge Mario Sanchez

« La dépendance économique permanente, et accrue, entre les États-Unis et le Canada empêche parfois ce dernier de nouer des liens plus solides avec l’Amérique latine, a déclaré Sanchez. La collaboration cubaine avec le Brésil, le Venezuela, le Canada et d’autres pays comme la Chine s’inscrit dans un cadre visant à faire contrepoids à l’impact des États-Unis. »

Les questions pénétrantes du public ont porté, entre autres, sur les préoccupations suscitées par l’exigence des États-Unis de connaître l’identité des personnes qui voyagent en avion du Canada à Cuba, si leur vol passe au-dessus de l’espace aérien américain ; et la relocalisation importante des travailleurs cubains alors que l’industrie de la canne à sucre, principal produit commercial, est remplacée par l’industrie touristique. Tous les participants avaient aussi une autre question à l’esprit : qu’adviendra-t-il de Cuba à la mort de Fidel Castro? Les deux conférenciers ont répondu sans hésitation que, contrairement au stéréotype selon lequel Castro contrôle tous les aspects du gouvernement, ce sont en réalité des fonctionnaires hautement qualifiés et chevronnés et des professionnels instruits qui dirigent déjà le pays. Il n’y a donc aucune raison d’anticiper des problèmes de transition ou des changements importants en matière de politiques et d’orientation.

Rodriguez et Sanchez ont exprimé le grand désir de leur pays d’établir davantage de partenariats et de relations commerciales avec le Canada. Ils étaient à Toronto pour participer à la conférence biennale de l’Association of Canadian Studies in the United States (ACSUS), et ils en ont profité pour voyager dans la région afin de fournir des informations, d’établir des contacts et de promouvoir la collaboration.

Cette conférence sur la renaissance cubaine, organisée sous la direction de la professeure d’histoire à Glendon Gillian McGillivray, a été possible grâce à l’appui du Club d’économie de Glendon, du bureau du principal de Glendon et du Département d’histoire de Glendon.

Article soumis par Marika Kemeny, agente de communication de Glendon


Publié le 6 décembre 2007