Empreintes de l’Expo '67 retrace un moment marquant de l’histoire du Canada et de Glendon

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La dernière exposition de la Galerie Glendon en 2007, une juxtaposition intéressante du type « hier et aujourd’hui », présente le travail de trois artistes canadiens ayant exposé leurs œuvres à Expo 67 il y a quarante ans et trace leur trajectoire artistique jusqu’à aujourd’hui.

Empreintes de l’Expo '67 a été conçue comme une rétrospective historique pour le Canada ainsi que pour Glendon. Une idée de Rafael Gomez, professeur d’économie à Glendon, en collaboration avec Kirsten Greer, adjointe à la recherche et étudiante au doctorat, le concept original consistait à établir des parallèles entre des événements et des développements s’étant produits au cours des quarante années qui se sont écoulées depuis l’ouverture d’Expo 67 et de Glendon.

Les objets qui ont pu être rassemblés – passeports pour l’Expo, programmes, catalogues, épinglettes, écharpes, même un plateau souvenir montrant les principaux pavillons – ont été exposés dans les vitrines à l’entrée de la bibliothèque Frost. Le centre d’intérêt du projet s’est toutefois déplacé exclusivement vers l’art; les artistes canadiens Ann Roberts, David Sorensen et Tony Urquhart ont alors été invités à exposer certaines de leurs œuvres couvrant la période de l’Expo jusqu’à aujourd’hui. Fait important à noter, ces artistes ont aussi mené de brillantes carrières universitaires, faisant ainsi le lien avec l’établissement d’enseignement qu’est Glendon.

Expo 67 (aussi appelée Terre des hommes) a constitué le « passage à l’âge adulte » du Canada. Notre pays a alors, pour la première fois, accueilli les pays du monde, leur art, leur artisanat, leur cuisine, leur mode, en bref leur culture. Bien avant l’époque du multiculturalisme, cette diversité et cet exotisme ont suscité l’enthousiasme et ont offert aux Canadiens une occasion unique d’en faire l’expérience par eux-mêmes. Dans ce contexte haut en couleur, le Canada a aussi eu la possibilité, pour la première fois, de se définir lui-même et de déterminer ses aspirations pour l’avenir. Cet optimisme propre à la jeunesse se retrouvait aussi dans une nouvelle institution, le collège bilingue d’art libéraux Glendon, lequel reflétait et incarnait ce que le Canada s’efforçait d’être : un lieu d’excellence, d’accueil et de collaboration en vue d’un avenir brillant.

M. Gomez, qui n’était pas encore né à cette époque, a souvent entendu ses parents parler de l’effet qu’Expo 67 a eu sur eux. « Ils arrivaient tout juste de l’Espagne et Expo 67 leur a permis de se former une identité canadienne, ce qui représentait beaucoup à leurs yeux. » Il n’a jamais oublié leur enthousiasme.


Les artistes avec la conservatrice de l'exposition, de gauche à droite: Ann Roberts, Tony Urquhart, Kirsten Greer et David Sorensen

L’idée du professeur Gomez a été développée en collaboration avec Kirsten Greer, adjointe à la recherche, ainsi qu’avec Marc Audette et Martine Rheault de la Galerie Glendon. Il en résulte une fascinante exposition de sculptures, céramiques, tableaux et dessins, organisée et préparée avec imagination par Kirsten Greer elle-même, étudiante au doctorat à l’Université Queen’s de Kingston. « En tant que géographe historique et culturelle, je m’intéresse à la manière dont les objets rappellent aux gens des endroits et des expériences spécifiques », dit-elle. « Par leurs œuvres, ces trois artistes ont revisité leurs premières expériences et leurs souvenirs de jeunesse, lesquels émergent distinctement des œuvres qu’ils ont exposées. »

Les trois artistes ont décrit la fin des années soixante comme une époque de grand optimisme et de possibilités multiples, au moment où le Canada était prêt à se définir dans le domaine artistique. Fait intéressant à noter, ils ont tous les trois produit des sculptures, des dessins et des tableaux. Leurs carrières et leurs réussites sont explorées plus en détail sur le site Web de la Galerie Glendon.

Le travail de David Sorensen, originaire de Vancouver en Colombie-Britannique, reflète son attachement profond à la nature : montagnes, cours d’eau, ainsi qu’une fascination de longue date pour les horizons. À ses premières grandes sculptures de pierre ont succédé des toiles abstraites aux couleurs vives et une série de paysages enneigés dans des tons hivernaux discrets qui rappellent les œuvres du peintre canadien David Milne. L’exposition de Glendon présente aussi quelques-uns de ses magnifiques dessins à l’encre en noir et blanc sur papier de riz représentant collines et montagnes à la manière des maîtres japonais.

Originaire de Durban en Afrique du Sud, Ann Roberts s’est installée au Canada en 1960 avec son mari, un géologue. Elle a connu une longue et brillante carrière comme céramiste, contribuant à un grand nombre d’expositions et de collections muséales. L’association de l’eau à la femme, qui lui vient de l’enfance et des cultures africaines, est présente dans plusieurs de ses sculptures, comme Floating Woman (Femme qui flotte) et Ice Floe with Immigrant Fruit (Banquise avec fruit immigrant), exposées toutes deux à la Galerie Glendon. « Le thème de la survie, très présent dans mon œuvre, est particulièrement évident dans la série River Riders », a affirmé Mme Roberts. « Le déplacement des populations, la violence ethnique et les dures réalités quotidiennes constituaient des aspects visibles de la vie en Afrique du Sud. »

Tony Urquhart est originaire de Niagara Falls en Ontario. D’abord peintre, puis sculpteur, M. Urquhart a été un pionnier de l’art abstrait dans les années 50 et 60. Son travail a évolué vers la création d’œuvres multidimensionnelles réunissant des éléments surréalistes, mythiques et symboliques. Pendant un certain temps, il a surtout créé une grande variété de boîtes articulées. L’exposition de Glendon en présente un merveilleux exemple intitulé Pile of Rocks 2000-2001 (Tas de cailloux 2000-2001), une boîte rappelant un château magique avec des portes qui s’ouvrent de façons inattendues, un relief aux techniques mixtes d’huile sur bois avec des cailloux. Son Histoire naturelle (huile sur toile, 1980), aussi exposée à Glendon, montre une grande armoire de style ancien remplie d’objets rappelant les musées de province de la campagne française : oiseaux empaillés, serpents en formaldéhyde, vaisselle ancienne. Histoire naturelle évoque des images et des odeurs qui rappellent des endroits et des moments passés, un clin d’œil à la première bouchée de madeleine de Proust dans À la recherche du temps perdu. L’œuvre de Tony Urquhart comprend aussi des photocollages, des aquarelles, des dessins à la plume et de grandes huiles sur toile de paysages dont les couleurs rappellent Gauguin. Au cœur de l’œuvre de Tony Urquhart se trouve son intérêt pour « les souvenirs des lieux et des gens, ainsi qu’un désir de ne faire qu’un avec la nature. »

En arrière-plan de l’exposition était projetée en continu la vidéo officielle d’Expo 67, entrecoupée de la vidéo maison de la famille de Rafael Gomez – une note charmante, rehaussée encore davantage par la présence de la mère de M. Gomez, qui était manifestement touchée et enthousiasmée par le projet.

La soirée d’ouverture du 27 novembre a accueilli un nombre record de membres de la communauté de Glendon, d’anciens élèves et d’autres visiteurs, dont certains étaient venus de loin pour y assister. Il y avait un murmure constant de conversations enthousiastes, de retrouvailles, de découvertes. Pourquoi cette exposition a-t-elle autant attiré l’attention? Pour de nombreuses personnes présentes, il s’agissait manifestement d’un retour en arrière leur permettant de se remémorer de merveilleux souvenirs et de revivre une époque de grandes aspirations. Pour les étudiants qui assistaient à l’ouverture, il s’agissait d’une fenêtre ouverte sur l’histoire de leur pays qui leur donnait l’occasion d’approfondir leur compréhension de la jeunesse du Canada ainsi que de celle de Glendon.

Empreintes de l’Expo '67 est présentée à la Galerie Glendon jusqu’au 21 décembre. Pour les heures d’ouverture et l’emplacement de la galerie, et pour plus de renseignements au sujet des prochaines expositions, veuillez visiter le site Web de la Galerie Glendon à l’adresse www.glendon.yorku.ca/gallery.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon.

Publié le 10 décembre 2007