John Ralston Saul donne la conférence John Holmes 2004 au Collège Glendon

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Comment une puissance moyenne peut-elle se faire entendre, reconnaître et estimer dans un monde dominé par un voisin qui est aujourd’hui la plus puissante présence impérialiste sur la scène internationale? Cette question à la fois captivante et pertinente a été abordée par Son Excellence John Ralston Saul dans une allocution intitulée « Une puissance moyenne dans un ordre impérial » présentée dans le cadre de la conférence John Holmes du Collège Glendon le 25 février dernier.

Accueilli par Kenneth McRoberts, principal de Glendon, M. Saul a été présenté par Stanislav Kirschbaum, professeur au programme d’études internationales du Collège. Celui-ci a fait un historique de la conférence Holmes et a parlé du Canadien qui l’a inspirée, le regretté John W. Holmes, O.C., diplomate, écrivain, administrateur et professeur de relations internationales au Collège Glendon de 1971 à 1981. Holmes a été un infatigable promoteur du Canada dans les milieux politiques, diplomatiques et éducatifs, au Canada comme à l’étranger. John Ralston Saul n’aurait donc pu choisir un événement plus approprié pour explorer des moyens de promouvoir Canada auxquels Holmes aurait certainement souscrit.

Dans un style admirablement limpide et direct et enchaînant avec aisance les passages en anglais et en français, M. Saul a présenté des arguments qui démontrent qu’un pays comme le Canada peut être un agent de changement et qu’une occasion lui est offerte de développer une image culturelle et politique moderne, appréciée et admirée par le reste du monde. « Avec la création des Nations Unies, le Canada est sorti des coulisses, a expliqué Saul, et est passé du statut de puissance sans importance à celui de puissance moyenne. » Il estime que l’armée canadienne est l’une des plus instruites et des plus expérimentées au monde à l’heure actuelle, qu’elle possède une expertise confirmée dans des domaines plus complexes et sophistiqués que la guerre en tant que telle : maintien de la paix, génie, aide médicale, éducation, aide au développement de structures dans des sociétés qui en ont besoin pour fonctionner. Saul a fait remarquer que les Canadiens « maintiennent la paix avec assurance, qu’ils vont vers les gens et leur parlent au lieu de les menacer avec des armes. Nous ne sommes pas une nation colonialiste. »

Saul a parlé du débat qui a eu lieu au gouvernement en 1984 sur la création d’une identité canadienne, notre image à l’extérieur du pays. Selon lui, il en a résulté la conviction que c’est en démontrant continuellement notre différence et notre capacité de réussir que nous pourrons le mieux gagner l’attention du monde. Trois des composantes importantes de cette image sont notre approche de l’immigration, la citoyenneté et le fédéralisme – des secteurs dans lesquels nous sommes au premier rang des pays du monde. Saul a également indiqué d'autres facteurs qui prouvent notre succès : notre postmodernisme, le fait que le Canada soit une société non monolithique, notre complexité en tant que nation et l’évolution constante de notre pays : « le Canada, une expérience qui se poursuit ».

Saul a parlé de la décision du gouvernement fédéral en 1998 de redéfinir le format et les objectifs de la visite d’État officielle. La nouvelle formulation la décrit comme « un instrument servant à présenter notre pays à l’étranger » par la délégation de personnalités de premier plan, des esprits les meilleurs et les plus créatifs produits par ce pays : universitaires, artistes, environnementalistes, écrivains, poètes, etc. « Ce genre d'effort est extrêmement mobilisateur et générateur de nouveaux contacts et d’occasions [uniques] pour les représentants du Canada qui sont déjà sur place. »

John Ralston Saul a soutenu l’idée que les visites d’État officielles, comme celles qu’a faites la Gouverneure générale du Canada, Son Excellence Adrienne Clarkson, résultent d’une politique du gouvernement et non d’un choix personnel de Mme Clarkson. Il a confirmé que même si cette dernière a une grande influence sur les détails de tels événements, c’est le gouvernement qui a le dernier mot sur la question. L’auditoire a très bien accueilli l’explication selon laquelle ces visites créent des liens importants et proposent une image publique du Canada en tant que lieu de très grande activité, effervescence et créativité sur les plans culturel et intellectuel et ont, de ce fait, une inestimable valeur sur le plan diplomatique. Cette défense publique des actions de la Gouverneure général a permis au conférencier d'enchaîner de façon logique et naturelle avec l’objectif des conférences Holmes – créer une identité culturelle canadienne qui se démarque de celle de nos voisins, les pays de l’hémisphère nord, et des autres pays du monde.


Afin de favoriser la reconnaissance d’une identité canadienne positive à l’étranger, J.R. Saul a fait une autre suggestion, celle-ci directement liée aux universités et aux étudiants. Selon lui, le Canada doit se doter d’une politique nationale sur les échanges d’étudiants internationaux, au lieu de continuer à improviser dans ce domaine comme il le fait présentement. Car les Canadiens qui étudient à l’étranger et les étudiants étrangers qui viennent au Canada sont l’un des meilleurs moyens dont nous disposons pour informer le monde de qui nous sommes et de ce que nous avons réalisé.

Dans son mot d’ouverture, le professeur Stanislav Kirschbaum a fourni des détails tirés de son expérience personnelle sur l’origine de ces conférences et sur Holmes en tant que professeur et être humain. « … Il y a quinze ans, en 1989, feu mon collègue et ami très cher, Edward Appathurai, Albert Tucker, l’ex-principal [de Glendon] et trois diplômés du Collège se sont réunis pour lancer cette série de conférences annuelles sur les affaires publiques et l’actualité à la mémoire de […] John W. Holmes, décédé l’année précédente. » Les trois diplômés, Jim Dow, Marshall Leslie et Martin Shadwick, avaient suivi le cours de Holmes sur la politique étrangère et de défense du Canada, un cours très populaire parce que John Holmes était non seulement « très bien informé sur le sujet, [mais également] un homme très spirituel et intelligent ». À l’occasion, il tançait les étudiants de sa classe parce « qu’ils se trompaient tout bonnement dans leur interprétation d’un événement ». Il ajoutait généralement avec un sourire : “Voyez-vous, j’y étais!”, commentaire qui mettait un terme à toute discussion quant à l’erreur commise. »

Le professeur Kirschbaum a ajouté que « John Ralston Saul était une figure bien connue de la vie publique canadienne longtemps avant que son épouse devienne Gouverneure générale. (…) Beaucoup voient en lui un homme de lettres, un intellectuel public engagé et un auteur de best-sellers, et je suis tout à fait d'accord avec eux. Cependant, en me basant sur ses romans et essais, je me permettrai de le définir non seulement comme un enfant intellectuel légitime [de Voltaire], mais aussi comme un homme de la Renaissance. Je ne sais pas… ce que penserait Voltaire d’être désigné comme le père illégitime de la philosophie politique de notre monde moderne présentée avec éclat par notre conférencier dans Les bâtards de Voltaire – La dictature de la raison en Occident. Toutefois, je soupçonne qu’il applaudirait vigoureusement à la nécessité de questionner et de critiquer, ce que fait John Ralston Saul dans son ouvrage avec beaucoup de profondeur intellectuelle et de clarté logique. »

Remplie à déborder de quelque 400 participants et arborant pour l’occasion quantité de drapeaux de toutes les couleurs, la salle à manger, le plus vaste espace public de Glendon, était l’endroit tout désigné pour que Son Excellence John Ralston Saul présente ses idées sur l’importance de la face publique du Canada et sa stature internationale. Il a fait l’éloge du Collège et de son principal, Kenneth McRoberts, pour leur engagement soutenu envers le bilinguisme et l’excellence reconnue de l’éducation dispensée par l’établissement. Il a encouragé le principal McRoberts à poursuivre ses efforts en vue de la création d’une école bilingue d'affaires publiques à Glendon – établissement qui serait le mieux placé au pays pour produire les diplomates, éducateurs et membres de haut niveau de la fonction publique, mission qu’avait envisagée le premier principal de Glendon, Escott Reid, il y a presque quarante ans.


Article soumis par Marika Kemeny, conseillère en relations publiques et communications à Glendon


Publié le 26 février 2004