Pénitence et dévotion pour inaugurer la saison à la Galerie Glendon

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La question de l’environnement est sur toutes les lèvres par les temps qui courent. Mais peu de gens éprouvent envers la nature la ferveur quasi religieuse manifestée par Gareth Bate dans l’exposition inaugurée le 7 octobre à la Galerie Glendon, la première de la saison.

Gareth Bate est un artiste émergent qui vit à Toronto. En véritable enfant de son époque, il s’exprime dans une grande variété de médias : peinture, performance, photographie, installation et vidéo. Pénitence et dévotion, l’exposition de certaines de ses œuvres présentée à Glendon, combine deux d’entre eux, la vidéo et la peinture. Il y explore la superposition de matériaux naturels autant que celle de la pensée.


L'artiste devant une des peintures de la série Lament

Gareth Bate se dit complètement irréligieux. Mais d’emblée, dans le choix du titre de l’exposition, dans son art et dans le vocabulaire qu’il emploie pour le décrire, il recourt à certains des symboles religieux parmi les plus prégnants de l’histoire. Le plus remarquable de ceux-ci est un acte de contrition, filmé dans une vidéo de huit minutes et présenté en boucle pendant l’exposition. On y voit l’artiste en train de ramper sur les trottoirs les plus achalandés du centre-ville de Toronto, portant sur le dos une parcelle d’herbe plantée dans un sol artificiel, version contemporaine du cilice médiéval. Les cilices étaient fabriqués de poils de chèvre très rudes, et les dévots s’en servaient pour faire pénitence, en mortifiant leur corps afin d’expier leurs péchés. Dans son mot de présentation, l’artiste explique qu’il a choisi « ... cet acte bizarre d’autopunition et d’humiliation pour racheter la faute de la destruction environnementale ».

À gauche : Gareth Bate fait pénitence sur un trottoir au centre-ville de Toronto

Et vraiment, la tristesse est pour lui inspirante et belle. En même temps que la vidéo Pénitence, il expose des tableaux tirés de la série Lament : trois grands, qui appartiennent à une suite qui en comprend 16, et quatre autres plus petits. Ces peintures – acrylique sur contreplaqué monté sur un cadre de bois de ½ cm – représentent des paysages herbeux, battus par le vent, dans les teintes naturelles d’or sombre, de marron et de beige qui baignent les champs à la fin de l’été. Elles traduisent une atmosphère mélancolique et pleine d’appréhension. « J’aime la façon dont la peinture se répand et tourbillonne sur les surfaces de bois, dit le peintre. L’effet est très différent de celui d’une toile, plus doux. »

L’œuvre la plus frappante montrée à Glendon est le Trypique dans le marais [Marsh Triptych] (2008), qui attire instantanément l’attention du visiteur. Les teintes naturelles et les larges coups de pinceau donnent à cette peinture un effet tridimensionnel qui vous attire dans les couches épaisses et profondes d’un silence et d’une solitude non formulés. Dans cette oeuvre comme dans toutes celles présentées à Glendon, aucun être humain n’est visible, et pourtant on est toujours conscient de leur présence implicite et de leur effet sur le paysage montré.

À droite : Tryptique dans le marais (Marsh Triptych)

Gareth Bate a peint la suite Lament pendant son séjour annuel chez un ami, sur l’île du Prince-Édouard. « Pour moi, chaque peinture était empreinte d’une étrange mélancolie, d’une présence humaine ressentie mais jamais vue », explique-t-il, en ajoutant que le paysage en lui-même n’était jamais sombre ou triste, mais que ce sont ses propres sentiments de perte et de tristesse, la destruction de l’environnement et l’aliénation de l’humanité à l’égard de la nature qui se sont infiltrés dans son travail.

L’artiste reconnaît l’influence de la cinéaste belge Agnès Varda et de son film le plus récent, Les glaneurs et la glaneus, un voyage très personnel vers des lieux où les gens vivent des déchets des autres, par le glanage des champs après la moisson, la collecte de meubles, de vêtements ou d’autres biens jetés aux rebuts. Certains des paysages de Bate, dénués de tout objet ayant une utilité ou une valeur quelconque, font écho au film de Varda.

À gauche : Une membre du public contemplant une peinture de l'exposition

Comme l’a voulu la conservatrice Colette Laliberté en présentant une partie seulement de Lament, l’exposition de Glendon est minimaliste. La disposition clairsemée des œuvres sur le vaste fond blanc qui les entrecoupe en est d’autant plus dramatique. Elle-même artiste visuelle bien établie, Colette Laliberté a exposé ses peintures et ses installations partout autour du monde. Titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université de Windsor, elle est professeure agrégée au Ontario College of Art and Design (OCAD), où elle enseigne le dessin, la peinture, l’art des installations et les interventions artistiques contextuelles.

Parmi les nombreux visiteurs de la soirée d’ouverture se trouvait Philippe Crevoisier, consul général de la Suisse à Toronto. M. Crevoisier a exprimé son admiration pour le mélange fascinant de médias employés dans les œuvres de l’exposition, et a dit s’être senti aspiré par l’inquiétante atmosphère de destruction que diffusent les peintures. « J’ai plusieurs raisons de voir cette exposition, a-t-il commenté par ailleurs. Je souhaite entretenir un lien avec les activités culturelles de la francophonie torontoise. Et, sur le plan personnel, maintenant que mon fils étudie à Glendon, je souhaitais vivre de plus près l’expérience de la vie culturelle sur le campus. »

À droite : Il y avait du monde au vernissage

C’était passionnant d’observer l’intense concentration des nombreux étudiants qui ont visité l’exposition, l’attention soutenue avec laquelle ils écoutaient les explications de l’artiste et leurs échanges sur leurs impressions au sujet des œuvres exposées. Visiblement, ils étaient profondément touchés.

Pénitence et dévotion, une sélection d’œuvres de Gareth Bate, est présentée à la Galerie Glendon jusqu’au 1er novembre. Pour obtenir des indications routières ou connaître les heures d’ouverture de la Galerie et les expositions à venir, visitez le site Web de la Galerie Glendon, ou téléphonez au 416-487-6721.

Au sujet de Gareth Bate

Gareth Bate est diplômé du Ontario College of Art and Design (OCAD) depuis 2007. Il a remporté le prix 401 Richmond Career-Launcher, qui consiste en un studio d’artiste de 500 pieds carrés offert pour un an à un diplômé du programme de beaux-arts de l’OCAD. Gareth Bate a gagné plusieurs prix pour ses peintures et ses écrits sur l’art et a reçu une subvention du Conseil des arts de l’Ontario. Il a exposé dans un grand nombre de galeries torontoises – Loop, Bau-Xi, Gallery 44 et Gladstone Hotel – et pendant la Nuit blanche.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 17 octobre 2008