L’auteure primée Barbara Gowdy lit des extraits de son œuvre à Glendon

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« Je crois que je vais commencer par m’asseoir et par croiser les jambes », a déclaré la célèbre romancière canadienne Barbara Gowdy, sur le ton humoristique et informel qui la caractérise. Elle était l’auteure invitée à la série de lectures publiques Michael Ondaatje à Glendon le 26 janvier.

Gowdy s’est tout de suite lancée dans la lecture d’extraits de son roman Helpless (Harper Collins Canada, 2007) [Sans personne, Actes Sud, 2008], captivant immédiatement l’auditoire très nombreux. Sans personne est un roman audacieux qui met en scène une fillette kidnappée, les personnes à sa recherche et le pédophile qui l’a enlevée. Il s’agit d’une histoire provocante, car le ravisseur n’est pas présenté comme un monstre : il pense être gentil envers la fillette effrayée en l’enfermant dans le sous-sol de sa maison, où il lui a aménagé une pièce comme dans un conte de fées.


Barbara Gowdy à la lecture Michael Ondaatje à Glendon
(Photo par Brian Desrosiers-Tam)

Gowdy examine une situation que la plupart des auteurs préfèrent éviter, et crée des personnages multidimensionnels confrontés à de vrais dilemmes, par exemple une perte inexplicable ou des désirs tabous. Ses personnages ne sont ni des monstres, ni des gens biens.

Gowdy est maître dans l’art de créer une intrigue, de maintenir le suspense et de recourir parfois à un style lyrique. Durant la lecture publique Michael Ondaatje à Glendon, elle a pris la voix unique de chaque personnage et a donné vie à l’histoire grâce à des descriptions merveilleusement détaillées et à une dose parfaite d’émotions.

À gauche : (de gauche à droite) Barbara Gowdy avec Ann Hutchison, directrice du département d'Études anglaises à Glendon (Photo par Brian Desrosiers-Tam)

Dans toute son œuvre, Gowdy accorde une place importante à l’examen des nombreuses facettes de l’amour, aussi bien dans sa collection de nouvelles We So Seldom Look on Love (Steer Forth Press, 1992) ) [On pense si peu à l’amour, Actes Sud, 2002] portant sur un nécrophile que dans The White Bone (Harper Collins, 1999) [Un lieu sûr, Actes Sud, 2000] dont les personnages principaux sont des éléphants. Ce thème est aussi traité par le biais des relations familiales dans Falling Angels (Harper Collins, 1989) [Anges déchus, Éditions du Seuil, 1995] qui a fait l’objet d’un film portant le même titre réalisé en 2003. L’amour non réciproque est au cœur du roman The Romantic (Harper Collins, 2003) [Les romantiques, Actes Sud, 2004].

En ce qui concerne sa technique d’écriture, Gowdy a expliqué qu’elle révise au fur et à mesure qu’elle écrit, réécrivant et peaufinant chaque paragraphe jusqu’à ce qu’elle en soit satisfaite. « Pour moi, l’écriture est comparable à la génétique, lance Gowdy d’un air malicieux. Il vaut mieux que tout soit réussi dès la première fois. » Elle a toutefois reconnu qu’il existe de nombreux styles d’écriture efficaces, prenant l’exemple de Michael Ondaatje qui écrit différentes sections d’un livre, en se disant que si elles ont valu la peine d’être écrites, il finira par trouver une façon évidente de les relier.

(Photo par Brian Desrosiers-Tam)

D’autres commentaires sur sa technique d’écriture ont révélé que Gowdy accorde une grande importance à l’honnêteté dans l’écriture et que bien terminer une histoire est une chose des plus difficiles. « Je sais qu’un livre est vraiment fini quand j’arrive à un point où je ne veux plus entendre parler de l’histoire et où je n’ai plus rien à dire. »

Gowdy a aussi souligné qu’avant de commencer à écrire, l’auteur doit avoir prévu l’histoire et avoir réfléchi aux personnages. Même si ceux-ci peuvent évoluer lors du processus d’écriture pour cadrer avec l’histoire en cours, ils doivent découler d’une idée importante pouvant potentiellement mener à la création d’individus à part entière. « J’ai besoin d’avoir une idée générale de l’histoire et des personnages avant de commencer à écrire. Toutefois, une grande partie de ce qui se passe ensuite est une question de confiance, comme un pont que l’on construirait à partir d’un seul côté. »

Au sujet de Barbara Gowdy
Les œuvres de Barbara Gowdy ont été publiées dans 27 pays. L’auteure a fait partie des finalistes du Commonwealth Writers’ Prize et, à plusieurs reprises, des finalistes du Prix Giller, du Prix du Gouverneur général et du Rogers' Writers’ Trust Fiction Prize. Elle a reçu le Prix Trillium. En 2003, elle a fait partie de la longue liste des écrivains en lice pour le prix Booker. En 2007, elle a été nommée au sein de l’Ordre du Canada. Elle travaille actuellement sur son prochain livre qui sera publié d’ici un an.

Au sujet de la série de lectures publiques Michael Ondaatje
La série de lectures publiques Michael Ondaatje est commanditée par le romancier de réputation internationale Michael Ondaatje, qui a enseigné la littérature anglaise à Glendon pendant de nombreuses années, ainsi que par le département d’études anglaises de Glendon. Elle met en vedette des écrivains et des poètes canadiens contemporains qui lisent des extraits de leurs ouvrages récents et discutent de leur expérience du processus de création.

Parmi les auteurs qui ont participé à la série, notons Michael Winter, Gil Courtemanche, David Adams Richards, Susan Musgrave et Michael Ondaatje lui-même.

Le prochain auteur invité à la série de lectures publiques Michael Ondaatje sera Nino Ricci, le 2 mars à 16 h dans le salon Albert Tucker (Senior Common Room) de Glendon, 3e étage, Pavillon York.

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon

Publié le 26 février 2010